politique municipale

Budget Plante: les propriétaires doivent-ils presser le bouton «panique»?

Premier budget de l'administration Plante
Josie Desmarais

Je lisais les grands titres sur le site de mon quotidien préféré ce matin. Entre «Budget de Montréal: Valérie Plante brise une première promesse» et «Premier budget de l’administration Plante: promesse non tenue», j’avais presque envie de renier mon vote. Partout, des chiffres alarmistes sur la hausse des taxes municipales beaucoup plus élevée que l’inflation. En effet, les Montréalais.es verront leur facture haussée en moyenne de 3,3% cette année, contre un taux d’inflation projeté de 2,1%. Relativement, c’est donc 50% de plus que promis par la mairesse pendant sa campagne.

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Moi-même propriétaire dans deux des trois arrondissements les plus touchés par les hausses, je cherchais nerveusement le bouton «panique» à proximité de mon poste de travail et comptais tout arrêter pour me jeter sur mon budget afin de le charcuter davantage. Après plusieurs décisions difficiles cette année, quel sera donc le prochain poste à passer au tordeur: la psy ou le yoga? Clairement, ce ne sera pas l’année des investissements en santé mentale. Les propriétaires vont-ils mourir de stress en 2018?

Cependant, après avoir pris le temps d’inspirer, d’expirer et de repasser un à un mes traumatismes d’enfance, j’ai aussi pris le temps de lire les articles complets. Ce qui est intéressant avec les chiffres, c’est qu’on peut les regarder en termes relatifs (CINQUANTE POURCENT DE PLUS QUE PROMIS) ou en termes absolus. Or, dans le cas du budget Plante, si l’on prend quelques secondes avant d’appuyer sur le bouton «panique», on se rend compte que le ou la propriétaire d’une maison de 427 524$ paiera environ 118$ de plus par année.

Cent dix-huit dollars.

J’entendais hier un commentateur de Radio-Canada tourner au ridicule les propos du président du comité exécutif de Projet Montréal, Benoît Dorais, qui «ne voi[t] pas en quoi les 118$ d’augmentation [moyenne] vont faire mal aux Montréalais. Pour les 118$ qu’ils vont débourser de plus […], les Montréalais auront davantage de services. Des services concrets.» Selon cet animateur, il faut être vraiment déconnecté de la réalité terrain pour minimiser ainsi l’impact de 118$ par année sur un budget de la classe moyenne.

Mais quelle classe moyenne?

Franchement, je ne sais pas de quelle réalité terrain cette personne parle. De toute évidence, nous ne vivons pas sur le même «terrain». Si l’on a réussi à accéder à la propriété sur l’île de Montréal, c’est qu’on est plutôt privilégié économiquement. Une maison de 427 524$, c’est près d’un demi million de dollar, faut-il le rappeler. Nous ne parlons donc pas de n’importe quelle classe moyenne, mais bien de la partie «élevée» de ce grand paquet mou dans lequel on se complait à refourguer tous les individus, comme s’ils connaissaient tous les mêmes genres de difficultés.

Cela ne veut pas dire qu’aucun propriétaire ne vit de stress financier. Bien au contraire, un tel prix des propriétés justifie tous les stresses du monde. J’en vis quotidiennement depuis plus de deux ans. Mais il est justement impossible, avec des telles hypothèques, de rouler sur un budget qui est à 118$ de passer ou casser.

Et entendons-nous, je n’ai pas de liquidités qui me sortent par les oreilles. Cette année, mon budget réno est de… 0$. Cependant, ce n’est certainement pas avec 118$ que je pourrai faire quoi que ce soit. Si, grâce à cette économie colossale, je voulais changer ma porte d’entrée par laquelle je réchauffe le dehors chaque hiver, je devrais attendre… 10 ans. 118$ par année, c’est un dixième de mon budget yoga, 3% de mon budget psy et 7% des hausses de frais de scolarité que l’on voulait enfoncer dans la gorge des étudiant.e.s en 2012. Vous vous rappelez, ces mêmes hausses que tout le monde convertissait en nombre de cafés pour nous convaincre que ce n’était pas grand chose sur le budget d’une personne qui ne travaille pas à temps plein et, dans la vaste majorité des cas, n’a aucune possession...

118$ par année, c’est un dixième de mon budget yoga, 3% de mon budget psy et 7% des hausses de frais de scolarité que l’on voulait enfoncer dans la gorge des étudiant.e.s en 2012.

Et quel projet de société?

Si un lousse budgétaire de 118$ pour les gens qui ont des actifs de près d’un demi million de dollar, c’est le projet de société qui motive mes concitoyen.ne.s, j’abandonne mes études et toute implication militante. Cette hausse non significative par rapport à leurs moyens n’aura concrètement aucun impact sur la qualité de vie de propriétaires montréalais. C’est une insulte à la concrétude de leur budget et au stress financier que qu’ils et elles peuvent vivre que de prétendre le contraire. De mon côté, je dépenserai probablement ce montant en une seule heure en racontant à ma psy combien mon nihilisme a atteint des profondeurs abyssales.

C’est une insulte d’autant plus grande pour les gens qui n’ont pas accès à la propriété sur l’île de Montréal et qui attendent de l’administration Plante qu’elle leur fournisse davantage de services. Le projet de ligne rose compte par exemple relier Montréal-Nord, un des quartiers les plus défavorisés du Canada, au centre-ville de Montréal. Quel type de propriétaire véreux veut garder 118$ pour lui et nier à de larges pans de la population montréalaise le droit à la mobilité et à sa part de développement économique? Tout ça pour économiser un dixième de la valeur d’une porte d’entrée!

Le projet de ligne rose compte par exemple relier Montréal-Nord, un des quartiers les plus défavorisés du Canada, au centre-ville de Montréal. Quel type de propriétaire véreux veut garder 118$ pour lui et nier à de larges pans de la population montréalaise le droit à la mobilité et à sa part de développement économique?

Contenir le plus possible les contributions des individus les plus privilégiés à la collectivité, ce n’est – par définition – pas un projet de société. Alors, de grâce, chers propriétaires de l’île de Montréal, épargnez-moi vos jérémiades. Je sais que vous avez les moyens.

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