Première année de Trump au pouvoir

Trump, toujours radical après sa première année en fonction

Comme en témoigne le récent «shutdown» du gouvernement américain, le bilan de la première année au pouvoir de Donald Trump est loin d'être reluisant.
Photo: Michael Vadon

Au lendemain de l’entrée en fonction de Donald Trump en janvier 2017, on disait que les responsabilités présidentielles adouciraient ses penchants excessifs. Pour l’heure, comme en témoigne le récent «shutdown» gouvernemental, le constat est tout autre.

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C’était un processus inévitable, pensait-on : le candidat Trump, impulsif et sulfureux, laisserait place à une figure plus modérée une fois confronté aux réalités de la fonction présidentielle. Freiné par sa bureaucratie, raisonné par les élus du Congrès, contraint par la structure du système international, Donald Trump n’aurait d’autres choix que de normaliser son comportement. Un an après son assermentation, la métamorphose s’est-elle accomplie?

Les plus optimistes répondraient certainement par l’affirmative. Après tout, contrairement à ce qu’il évoquait durant sa campagne, le 45e président américain n’a pas (du moins pas encore) réautorisé les méthodes de torture de la CIA, ni établi un registre des musulmans américains, ou armé nucléairement le Japon et la Corée du Sud. Peut-être faut-il déjà s’estimer heureux.

Passées ces énormités, toutefois, le bilan exécutif d’un an de présidence Trump est à mille lieues de dessiner une tendance à la normalisation. Au rythme des «shithole» et des «bigger button», il suffirait d’observer sa rhétorique pour s’en convaincre. Le shutdown (fermeture des services gouvernementaux) qui vient de frapper Washington en atteste également : entêté, mais pas engagé, un Trump confus a brouillé plus que canalisé les négociations budgétaires bipartisanes, dirigeant ainsi son parti (qui contrôle pourtant les deux chambres du Congrès) droit dans le mur… frontalier. De fait, de nombreux autres éléments, moins spectaculaires, mais peut-être plus inquiétants, démontrent à quel point Donald Trump demeure le jusqu’au-boutiste qui défrayait la chronique en 2016.

Le shutdown (fermeture des services gouvernementaux) qui vient de frapper Washington en atteste également : entêté, mais pas engagé, un Trump confus a brouillé plus que canalisé les négociations budgétaires bipartisanes, dirigeant ainsi son parti (qui contrôle pourtant les deux chambres du Congrès) droit dans le mur… frontalier.

Trump et l’Alt-right : Best Friends Forever

Si la tradition fait du président américain une figure rassembleuse, Donald Trump ne démontre à ce jour aucune intention d’être le «président de tous les Américains» qu’il décrivait dans son discours de victoire électorale. Il continue au contraire de s’afficher comme le porte-étendard des mouvances d’extrême droite, telle l’alt-right (« droite alternative »), et ce, en dépit de l’éviction de son controversé conseiller politique Steve Bannon.

En effet, si les occasions n’ont pas manqué, le président n’a pour le moment jamais vraiment cherché à se distancer de militants nationalistes ou suprématistes blancs. Qu’il s’agisse du discours de Charlottesville, de la controverse sur les joueurs de football afro-américains, ou de l’amnistie du shérif Joe Arpaio, il a au contraire régulièrement cherché à en suivre la ligne. Il conserve d’ailleurs plusieurs personnalités de droite radicale dans son administration (tels Stephen Miller, Katharine Gorka ou Frank Wuco) et retweete volontiers les écrits de sympathisants de l’alt-right.

On ne le soulignera jamais assez, le «phénomène Trump» est loin de se limiter à des dynamiques identitaires. Toutefois, la carte nationaliste demeure à l’évidence l’un de ses jokers favoris. L’utilise-t-il par pur opportunisme électoral afin de conserver le soutien de la classe ouvrière blanche rurale? Le doute est permis : nombre d’observateurs pointent du doigt un long passé d’attitudes douteuses de la part du milliardaire, débutant avec le rejet de locataires afro-américains dans les années 1970.

Une gestion arbitraire et opaque

Comme en témoigne le livre «Fire and Fury» (Wolff, 2018), l’administration Trump est loin d’avoir épousé les protocoles bureaucratiques visant à réguler le travail de la branche exécutive. Court-circuitage des processus consultatifs, mise à l’écart de conseillers clé, décisions à huis clos par un petit clan de «fidèles», l’actuelle Maison-Blanche s’illustrerait par un fonctionnement impétueux et peu transparent. À titre d’exemple, le fameux «travel ban» de janvier 2017 aurait été signé sans préavis ni consultation d’aucune agence gouvernementale chargée de l’appliquer (de quoi expliquer le chaos aéroportuaire qui s’en est suivi…).

Court-circuitage des processus consultatifs, mise à l’écart de conseillers clé, décisions à huis clos par un petit clan de «fidèles», l’actuelle Maison-Blanche s’illustrerait par un fonctionnement impétueux et peu transparent.

Même la théorie en vogue, selon laquelle les trois généraux (H.R. McMaster, James Mattis et John Kelly) agiraient comme voix de la raison de l’administration, serait fragile. Selon les témoins extérieurs, ces «gardiens du temple» vivraient plutôt dans la fébrilité, accusant perpétuellement un temps de retard sur les pulsions du maître des lieux. Leur action relèverait donc bien davantage du damage control que de l’optimisation : «Si on finit la journée dans le neutre, c’est déjà une bonne journée», aurait récemment confié le chef de cabinet John Kelly.

Un mode de gestion qui influe sans surprise sur les ressources humaines : en un an, l’administration a vu s’envoler un conseiller à la sécurité nationale, un chef de cabinet, un secrétaire à la santé, trois conseillers présidentiels et trois porte-paroles. S’y ajoutent un important exode de hauts-fonctionnaires, notamment au département d’État, où certains postes d’émissaires ont par ailleurs pris de longs mois à être pourvus. Actuellement, quelques 300 postes clés de l’exécutif attendraient encore des nominations présidentielles. La fièvre qui agite la tête du gouvernement handicape donc également les mains de celui-ci.

À l’international, «business as unusual»

Pas vraiment de normalisation non plus du côté des relations extérieures des États-Unis, au sein desquelles Donald Trump reproduit les pratiques de «business man» gros bras qu’il cultivait sur les marchés immobiliers. Il rudoie le voisin mexicain, caricature les pays qu’il connaît mal, tout en démantelant volontairement son appareil diplomatique. Si les États-Unis n’ont probablement jamais été l’«hégémon bienveillant» qu’ils se targuaient d’être, l’actuelle administration ne fait même plus semblant de collaborer avec les Nations Unies, de soutenir l’aide au développement, ou de promouvoir les droits humains.

Notons également que, de tous les partenaires que comptent les États-Unis, Trump affiche une certaine dose de dédain pour les démocraties libérales (Canada, Allemagne, Australie, voire même Grande-Bretagne), mais une générosité hors du commun pour les alliés les plus controversés, comme Israël (avec le déplacement de l’ambassade vers Jérusalem), la Turquie (avec l’arrêt des livraisons d’armes aux milices kurdes) ou l’Arabie Saoudite (avec un contrat d’armements de 110 milliards de dollars). Une Arabie Saoudite que le candidat Trump avait pourtant continuellement dénoncée durant sa campagne…

Nombreux sont ceux qui veulent croire que le jusqu’au-boutisme de Donald Trump est aujourd’hui la seule attitude susceptible de réformer des institutions américaines et internationales devenues dysfonctionnelles et injustes. Si l’argument est peut-être défendable, après 365 jours d’exercice du pouvoir, le changement providentiel se fait toujours attendre.

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