ISLAMOPHOBIE

«La Midinette du voile»

Quand l'islamophobie se mêle à la misogynie

Alors que l’on déchirait notre chemise dans les grands médias sur la sémantique du terme «islamophobie» (a-t-on vraiment peur et est-ce vraiment de l’islam?), la haine mise en pratique – celle qui ne s’enfarge pas dans les fleurs du langage – se déroulait depuis deux semaines au Palais de justice de Montréal. En effet, quatre ans après que Dalila Awada l’ait officiellement poursuivi pour diffamation, l’auteur désormais plus tellement anonyme de Poste de Veille, Philippe Magnan, comparaissait dans une de ces salles brunes sans fenêtre que seules les années 70 ont su nous donner.

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Il fallait entendre cet homme décrire pendant des heures, et avec la minutie irritante d’un comptable, tous les liens établis entre l’imam Ali Sbeiti, les khomeinistes iraniens, les communistes de Québec solidaire et pourquoi pas, l’équipe de hockey cosom The Animals, tant qu’à y être! Un fou, croirait-on.

Et pourtant, l’obsession qui habite ce drôle de personnage ne sort pas de nulle part. Elle n’est que le reflet grossi et caricatural d’une attitude bien répandue dans la population générale. Il fallait l’entendre répéter obstinément – sadiquement presque – l’expression «midinette du voile» pour décrire la plaignante tout au long de son témoignage. Quelques jours à peine avant la commémoration de l’attentat de Québec. Toutes les féministes de la salle saignaient des oreilles.

Deux poids, deux mesures

On sait depuis longtemps que les racistes ne réservent pas le même traitement aux vêtements des femmes «des autres» qu’aux vêtements «des leurs» – puisque c’est toujours de la femme de quelqu’un dont on parle. Eux qui sont si prompts à dénoncer le dimorphisme vestimentaire chez les musulman.e.s, lorsque vient de le temps de s’époumoner sur l’effet néfaste des talons hauts sur la colonne vertébrale ou des produits chimiques contenus dans le maquillage sur le système endocrinien, il n’y a plus personne.

Je ne les entends pas philosopher sur la symbolique de disponibilité sexuelle offerte par la jupe, un vêtement que ne portent pas les hommes. Je ne les entends pas non plus déchirer leurs chemises (c’est le cas de le dire) sur le fait que les femmes ne montrent pas leur poitrine en public, contrairement aux hommes. On dirait que leur obsession orientaliste les rend aveugle aux rapports sociaux de sexe «bien de chez nous». Or, ce traitement différentiel, c’est bien ce qu’on appelle le racisme.

On sait également que c’est la stratégie des islamophobes que d’instrumentaliser l’égalité hommes-femmes pour parvenir à leurs fins. On ne les voit jamais monter aux barricades pour défendre le droit à l’avortement ou demander la démission d’agresseurs sexuels. La raison en est fort simple: ces hommes n’ont aucun respect pour les femmes.

On sait également que c’est la stratégie des islamophobes que d’instrumentaliser l’égalité hommes-femmes pour parvenir à leurs fins. On ne les voit jamais monter aux barricades pour défendre le droit à l’avortement ou demander la démission d’agresseurs sexuels. La raison en est fort simple: ces hommes n’ont aucun respect pour les femmes.

Il ne peut y avoir d’autre raison cohérente pour laquelle ils s’acharneraient sur une partie d’entre elles de la sorte, consacrant des centaines d’heures de recherche pour les diffamer publiquement pour certains, les agressant dans la rue pour d’autres ou tentant d’empêcher leur employabilité dans la fonction publique pour d’autres encore. Si leur motivation réelle était la libération des femmes, ils ne pourraient – par définition – agir de façon coercitive. Ils les laisseraient décider pour elles-mêmes.

Un cliché vieux comme le monde

Derrière leur racisme se cache donc une profonde misogynie. Les racistes détestent le voile car ils ne peuvent supporter qu’on leur refuse l’accès au corps des femmes. Qu’est-ce que la «midinette du voile» si ce n’est une variation sur le thème de l’agace, de la tentatrice, de celle qui a fait s’effondrer le paradis des hommes? Dalila, à quoi pensais-tu, pauvre folle? Que tu pouvais circuler dans l’espace public et tenter les hommes de cette façon, sans jamais révéler ta chevelure de Jasmine si souvent fantasmée? Que tu n’étais pas venue au monde dans une société patriarcale pour te plier aux leurs désirs et répondre à leurs besoins?

Rajoutons au témoignage la «pin-up voilée» et l’«idiote utile de l’islamisme»: le moins qu’on puisse dire, c’est que l’islamophobie n’est pas aveugle au genre. Elle est au contraire spécifiquement misogyne. Dans l’imaginaire de Magnan comme bien d’autres, la belle Dalila n’a été envoyée là que pour leur faire avaler les couleuvres de l’islam politique. En aucune façon ne peut-elle agir par elle-même ni pour elle-même. Parce que dans le monde de ces hommes qui détestent les femmes, ces dernières ne sont que de vulgaires accessoires.

Dans l’imaginaire de Magnan comme bien d’autres, la belle Dalila n’a été envoyée là que pour leur faire avaler les couleuvres de l’islam politique. En aucune façon ne peut-elle agir par elle-même ni pour elle-même. Parce que dans le monde de ces hommes qui détestent les femmes, ces dernières ne sont que de vulgaires accessoires.
Divers rassemblements de commémoration à l’attentat contre la grande mosquée de Québec ont lieu à travers la province à partir d’aujourd’hui :

29 janvier 17h – Montréal - Rassemblements de quartier contre l'Islamophobie;

29 janvier 17h – VERDUN – Montréal - Rassemblement en face du métro Verdun;

29 janvier 17h – PLATEAU – Montréal - Rassemblement en face du métro Mont Royal;

29 janvier 17h30 – VILLERAY – Montréal - Rassemblement en face du métro Jean talon (sortie tour Jean talon);

29 janvier 17h30 – Montréal – Centre de recherche en immigration, ethnicité et citoyenneté de l'UQAM - Un an après l’attentat du 29 janvier: Combattre l’islamophobie;

29 janvier 18h - Chicoutimi - La place du Citoyen - Commémorons les attentats de la mosquée de Québec;

29 janvier 18h – MONTRÉAL NORD – Montréal - Rassemblement au coin des rues Henri-Bourassa et Lacordaire;

30 janvier 9h - Grande Bibliothèque – Montréal - Vivre ensemble avec nos différences.

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