Politique

Faire voter les enfants ?

Les bonnes idées de François Blais
Photo: Matty Simpson

Parmi la tribu des professeurs de science politique du Québec devenus politologues, François Blais, de l’Université Laval, était surtout connu pour ses recherches sur «l’allocation universelle», qui prévoit un revenu pour tout le monde. Ce projet, discuté aussi en Europe, est encensé et critiqué également par la droite et par la gauche.

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François Blais n’a pas été capable de réaliser ce projet une fois élu et nommé ministre. Cet échec en dit sans doute moins sur l’idéalisme des universitaires que sur les calculs politiciens et les rapports de force et les blocages au sein des partis.

Votation universelle

Cette idée originale n’est pas la seule que François «le prof» Blais a développée à l’université, mais que François «le ministre» Blais n’a pas réalisée une fois au gouvernement.

François «le prof» Blais a aussi proposé d’accorder le droit de voter à tout le monde dès la naissance. Cette idée, beaucoup plus originale que «l’allocation universelle», prend tout son sens ces jours-ci, avec les mobilisations d’élèves contre les armes à feu, dans les high schools des États-Unis. Ainsi donc, les jeunes peuvent se constituer en sujet politique collectif, se mobiliser et porter des revendications.

C’est en 2006 que François «le prof» Blais exposait son idée au Devoir, lors d’une entrevue au sujet de la simulation [«Électeurs en herbe»] (http://www.ledevoir.com/politique/canada/100393/ecoles-secondaires-les-electeurs-en-herbe-ont-vote-conservateur), menée dans près de 2 500 écoles secondaires lors de l’élection fédérale. L’exercice avait révélé une préférence pour le Parti vert bien plus marquée chez les jeunes (17 %) que dans l’électorat adulte (4,5 %). Au Québec, bien plus de jeunes que d’adultes appuyaient le Nouveau Parti démocratique (NPD), soit 18 % pour les premiers et seulement 7,5 % pour les seconds. Mais la préférence pour certains partis était parfois identique chez les jeunes et les adultes, les deux cohortes appuyant par exemple à 42 % le Bloc québécois.

L’exercice avait révélé une préférence pour le Parti vert bien plus marquée chez les jeunes (17 %) que dans l’électorat adulte (4,5 %). Au Québec, bien plus de jeunes que d’adultes appuyaient le Nouveau Parti démocratique (NPD), soit 18 % pour les premiers et seulement 7,5 % pour les seconds.

Deux conclusions peuvent être tirées de ces résultats. D’une part, que plus de jeunes que d’adultes se reconnaissent dans l’écologie et le progressisme. Cela peut sembler logique, puisque les jeunes seront affectés plus longtemps que les adultes par la pollution et parce que l’État providence est plus important pour les jeunes, considérant leur statut de mineur. Mais, d’autre part, il convient aussi de souligner qu’un nombre non négligeable de jeunes auraient voté comme les adultes (et vice versa). En d’autres mots, les jeunes n’apparaissaient pas comme un électorat irrationnel ou insensé, dans la mesure où leurs choix électoraux correspondent à leurs intérêts ou aux mêmes choix que les adultes (en postulant que les adultes ne votent pas de manière trop irrationnelle et insensée…).

François «le prof» Blais expliquait de plus, en 2006, que «les jeunes sont en général assez critiques des partis traditionnels, c’est assez normal qu’ils soutiennent davantage le NPD et les Verts. L’environnement, on commence à leur en parler dès la garderie.» En octroyant le droit de vote dès la naissance, selon le politologue, «toutes les plateformes des partis devraient s’adapter pour aller chercher cet électorat. S’ils s’adaptent, les jeunes seraient plus intéressés» à la politique et aux élections.

Cette proposition avait donc pour objectif de contrer le décalage entre les préoccupations des jeunes et les priorités des vieux partis. Cette proposition avait aussi pour but de réduire le taux d’abstention chez les jeunes électeurs, une véritable obsession pour nombre de politologues.

Cette proposition avait donc pour objectif de contrer le décalage entre les préoccupations des jeunes et les priorités des vieux partis. Cette proposition avait aussi pour but de réduire le taux d’abstention chez les jeunes électeurs, une véritable obsession pour nombre de politologues.

Cela dit, François «le prof» Blais proposait aussi que ce soit les parents qui exercent le droit de voter de leur enfant, en attendant l’atteinte de la majorité. Malheureusement, l’article dans lequel il exposait cette idée ne proposait que de courts extraits de son entrevue. Il n’était donc pas précisé comment ce vote par procuration serait mis en place. Il n’était pas très clair non plus pourquoi les enfants et les jeunes devaient céder leur vote à leurs parents. Après tout, on autorise bien l’entrée à 9 ans pour le programme des cadets de la Ligue navale, pour se préparer à être militaire. Pourquoi donc attendre 18 ans avant de voter?

Et si les jeunes peuvent voter lors de simulacres comme «Électeurs en herbe» ou les élections des Conseils d’élèves, pourquoi ne pas tout de suite leur accorder le droit de voter (et de s’abstenir) lors des élections fédérales et provinciales?

Le PLQ et le vote des jeunes

Pourquoi le ministre Blais ne propose-t-il pas un droit de vote réellement universel, maintenant qu’il est au pouvoir? Peut-être parce que le PLQ ne séduit pas les jeunes? Et pourtant…

[Un récent sondage] (http://www.ledevoir.com/documents/pdf/Sondage-intentions-27-janvier.pdf) révélait que le PLQ récolte le plus haut taux d’intention de vote chez les plus jeunes électeurs de 18 à 34 ans, soit 34 %, pour 22-21 % à la CAQ et au PQ et seulement 15 % à QS. En fait, l’électorat du PLQ compte plus de jeunes (34 %) que de personnes ayant entre 35 et 54 ans (26 %) ou ayant plus de 55 ans (26 %).

Si le PLQ est le parti qui attire le plus de jeunes, pourquoi ne pas revenir à cette idée originale d’accorder le droit de vote dès la naissance?

Même si je préfère l’abstention aux élections, je suis tout de même curieux de voir le débat à l’Assemblée nationale, au sujet du droit de voter dès la naissance. Qu’aurait alors à dire Québec solidaire, qui prétend être le parti de la jeunesse? Et Jean-François Lisée, qui prétend que le PQ n’est pas le parti de la génération des baby-boomers? Et surtout François Legault, qui prétend que la CAQ défend l’intérêt des familles?

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