Un an en politique

Le bilan de Gabriel Nadeau-Dubois

Il y a un an jour pour jour, Gabriel Nadeau-Dubois faisait son entrée en politique en se présentant pour Québec solidaire dans Gouin. Bilan et avenir avec le député solidaire.
Toma Iczkovits

Qu’on l’aime ou non, difficile de réfuter que l’entrée de Gabriel Nadeau-Dubois au Salon bleu en mai de l’an dernier a quelque chose de rafraichissant. Son talent oratoire évident et sa fougue contrastent vivement avec la platitude soporifique des technocrates qui défilent sur la scène politique québécoise depuis trop longtemps.

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Son bureau de circonscription se situe au milieu d’un quartier en constante mutation, à l’intersection des rues Beaubien et Fabre. Un coin de l’arrondissement Rosemont-la-Petite-Patrie où la mixité sociale et économique est d’une éloquente évidence.

Il y a ainsi quelque chose de symbolique à ce que le bureau du jeune député de Québec solidaire y trouve pignon sur rue. Sa première année en politique partisane en fut une qui a amené un vent de changement tant au sein du parti politique que de l’Assemblée nationale et n’a laissé personne indifférent, chez ses sympathisant-es comme chez ses adversaires et détracteurs.

Mais comment le principal intéressé a-t-il vécu cette première année?

«Je pense que mon arrivée en politique active a confirmé que Québec solidaire était un parti politique viable, même avec le départ de Françoise David», explique-t-il, citant également le nombre record de nouvelles adhésions au parti (4000 en cinq jours, selon un article du Journal de Montréal du 14 mars 2017) dans la foulée de son investiture de mars 2017. «Comme je l’avais annoncé l’an dernier, le parti se transforme actuellement et tend à devenir un véritable mouvement politique, ce qu’on a démontré notamment avec le lancement de la plateforme Mouvement et la récente manifestation contre Gaétan Barrette. Nous avons démontré que nous sommes dans l’action politique concrète».

Toma Iczkovits

Se considère-t-il aussi radical que le GND «communiste d’extrême-gauche» présenté comme tel par de nombreux commentateurs dans certains médias depuis son entrée sur la scène militante lors de la grève étudiante de 2012? L’image est difficile à combattre en cette ère de renouveau du Péril rouge, mais Nadeau-Dubois ne se soucie que très peu de ces jacasseries. «J’ai de grandes ambitions, j’ai de grandes idées, mais ma pensée politique reste profondément pragmatique. Mais c’est évident que mon ton a changé, que j’ai beaucoup changé au fil des années — heureusement!», dit celui qui, de toute façon, ne cherche pas à faire l’unanimité. «Même que ça m’inquièterait que tout le monde m’aime», ajoute-t-il.

J’ai de grandes ambitions, j’ai de grandes idées, mais ma pensée politique reste profondément pragmatique.

L’importance d’une diversité médiatique

S’il sent ce vent de changement dans la perception du public à son endroit, il reconnaît aussi l’importance de parcourir le terrain médiatique et de maximiser sa visibilité, malgré l’absence quasi totale d’émissions politiques dans les médias grand public. Contrairement à d’autres figures publiques de la gauche québécoise, il ne refuse pas les invitations dans les émissions à saveur plus populaire où dans les espaces médiatiques qui sont carrément hostiles à la gauche.

Une nécessité, selon lui, s’il veut aussi réussir à défaire l’image d’un parti largement considéré comme essentiellement urbain et déconnecté des réalités régionales.

«Mon but, c’est d’amener le message de Québec solidaire dans le plus de maisons possibles», explique-t-il. «L’important, c’est que le message ne change pas, que le ton ne change pas», explique-t-il en parlant de la plateforme résolument progressiste du parti. Il faut parler à tout le monde au Québec. Aller partout, ça fait partie de mon travail».

Mais justement, Québec solidaire se préoccupe-t-il réellement des enjeux concrets qui touchent une grande partie de la population comme la lutte contre la corruption (Nadeau-Dubois a déjà affirmé en entrevue avec Bernard Drainville que la classe politique actuelle avait trahi le Québec) ou la saine gestion des finances publiques?

«Un des grands défis de Québec solidaire a toujours été de traduire ses projets de grandes réformes en propositions politiques concrètes. Mais c’est certain qu’il demeure difficile de construire un discours de gauche sur des enjeux qui sont principalement défendus par la droite», dit-il à propos, notamment, de la gestion des finances publiques, trop souvent associée aux politiques d’austérité et à l’opulence gouvernementale.

Les remous de l’idée d’indépendance

L’arrivée d’un indépendantiste convaincu, avec son discours aux tonalités un peu plus nationalistes qu’on a l’habitude d’entendre au sein d’un parti aux idéologies diverses et parfois opposées historiquement à l’idée de l’indépendance du Québec, n’a certes pas fait l’unanimité au sein de la formation politique. Gabriel Nadeau-Dubois ne croit toutefois pas à cette perception externe du parti.

Peu surpris de la décision de Jean-Martin Aussant de retourner au Parti Québécois, il reconnaît d’emblée, à regret, que le parti de Jean-François Lisée possède un monopole de fait sur le projet indépendantiste. Mais pour le député solidaire, l’arrivée d’Option nationale au sein de QS apporte un angle différent, un nouvel argumentaire en faveur de l’indépendance — une force, considérant justement que le parti forme une coalition.

Mais pour le député solidaire, l’arrivée d’Option nationale au sein de QS apporte un angle différent, un nouvel argumentaire en faveur de l’indépendance — une force, considérant justement que le parti forme une coalition.

Force est de constater la transformation du PQ en parti essentiellement identitaire, à une époque où les nationalismes à saveur ethnique, certains se réclamant même de l’extrême-droite, reprennent de la vigueur un peu partout en Occident. GND ne croit toutefois pas que le parti souverainiste se mérite un aller simple vers le musée des partis politiques pour autant, même si le clivage sur la question identitaire sépare les deux partis de manière pour ainsi dire irrémédiable.

Toma Iczkovits

«Le PQ reste capable de contributions importantes. J’ai moi-même mené des combats aux côtés d’Alexandre Cloutier et de Véronique Hivon», dit celui qui trouve par ailleurs agaçant le fait que les députés de QS soient constamment interpelés au sujet du PQ.

Et selon lui, l’essentiel du combat indépendantiste, l’élément le plus fédérateur, c’est la démonstration que le fardeau de la preuve que l’indépendance n’est qu’une lubie repose sur les épaules des fédéralistes, incluant ceux de gauche, qui attendent toujours le progressisme coast-to-coast. «À eux de nous démontrer que le Canada est une bonne chose», explique-t-il. «Ce que nous voulons, nous, les indépendantistes de gauche, c’est de rénover complètement l’édifice institutionnel, avec une nouvelle base constitutionnelle sur laquelle construire le Québec», dit Nadeau-Dubois évoquant la proposition historique d’assemblée constituante.

«Ce que nous voulons, nous, les indépendantistes de gauche, c’est de rénover complètement l’édifice institutionnel, avec une nouvelle base constitutionnelle sur laquelle construire le Québec»

L’avenir politique

«Contrairement à plusieurs, je n’ai pas de plan de carrière et je considère que la politique partisane n’est qu’une façon comme une autre de faire de la politique. Vais-je rester quatre ans, huit ans, vais-je retourner aux études ou carrément faire autre chose? Aucune idée», dit-il.

D’ici là, la bataille électorale d’octobre se prépare déjà dans le petit bureau de la rue Beaubien et dans toutes les instances du parti. Québec solidaire présentera notamment une proposition au sujet du financement des médias, des mesures qui viendront en aide tant aux grands médias qu’aux médias indépendants, ces derniers souvent laissés de côté et dont Nadeau-Dubois déplore la rareté.

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