Élections américaines

Les progressistes jouent des coudes en vue des «midterms»

Les démocrates semblent bien décider à refaire leur place dans la politique américaine, à l'aube des élections de mi-mandat de l'automne prochain.
Photo: David

Alors que le parti démocrate débute ses primaires en vue des élections de mi-mandat, une vague de nouveaux candidats progressistes tente de se faire une place parmi les vétérans et les modérés.

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Ils et elles proviennent de divers horizons mais partagent une même conviction : le moment est venu pour un virage à gauche. Alors que le parti démocrate entame ses primaires à travers les 50 États en vue des élections de mi-mandat (les fameuses «mid-terms»), un ensemble de candidat.e.s résolument progressistes montent au front. Ils et elles veulent concurrencer les démocrates plus centristes ou issu.e.s de l’establishment, afin de donner un nouveau visage au parti lors des générales de l’automne.

C’est que les mid-terms de novembre représentent une très grosse mise : les 435 sièges de la Chambre des représentants, 34 sièges du Sénat, 36 fauteuils de gouverneurs et quelque 6000 sièges de législatures d’États sont à repourvoir. Si seule une poignée des districts et des postes en jeu sont véritablement concurrentiels, certains indicateurs annonceraient néanmoins d’importants gains démocrates cet automne. Une possible «vague bleue», comme l’appellent certains experts, dont les progressistes sont décidé.e.s à faire partie. La victoire récente du démocrate Conor Lamb dans une élection spéciale en Pennsylvanie (un État clé) est venue livrer des signaux très encourageants en la matière.

Si seule une poignée des districts et des postes en jeu sont véritablement concurrentiels, certains indicateurs annonceraient néanmoins d’importants gains démocrates cet automne.

À l’échelle des villes, des comtés, des États, mais aussi du fédéral, des dizaines de candidat.e.s marqué.e.s à gauche se lancent ainsi dans les primaires démocrates. Certain.e.s sont des disciples de Bernie Sanders, marchant sous la bannière de groupes d’action politique comme Our Revolution ou Justice Democrats, qui soutiennent d’ores et déjà près d’une cinquantaine de challengers progressistes, visant le Congrès ou des postes de gouverneur.e.s. D’autres, souvent jeunes, sont simplement de nouveaux venu.es, décidés à intégrer le parti démocrate par les bas échelons, en infléchissant sa ligne vers la gauche. L’organisme Run for Something, qui cherche à mobiliser et former des novices à la politique, a déjà rallié près de 130 candidat.e.s.

Si bon nombre de ces insurgé.e.s sont — pour le moment — d’illustres inconnu.e.s, leur calcul est simple : l’heure est grave pour l’Amérique, et si un individu comme Trump a pu être élu, c’est que d’autres non-initié.e.s peuvent se faire une place également. De fait, à New York, de jeunes candidat.e.s au Congrès comme Adem Bunkeddeko, Alexandria Ocasio-Cortez, ou Suraj Patel rencontrent d’ores et déjà un écho inespéré face à des vétérans du parti démocrate. Dans l’Illinois, des figures plus expérimentées comme Marie Newmann (candidate à la Chambre des représentants) et Daniel Biss (prétendant au poste de gouverneur) présentent également un sérieux potentiel face à leurs rivaux modérés.

Fronts différents, plateformes convergentes

Cette offensive progressiste s’étale sur deux fronts relativement distincts, qui reflètent l’état de l’échiquier électoral américain. D’un côté, dans les grandes villes ou dans les régions ouvertement démocrates, les insurgé.e.s font plutôt campagne sur des enjeux «identitaires», notamment la protection des droits des femmes et des minorités ethniques ou sexuelles. C’est par exemple le cas d’activistes féministes comme Ayanna Pressley, à la conquête du 7e district du Massachusetts, ou d’Antoinette Sedillo-Lopez, challenger dans le 1er district du Nouveau-Mexique.

Cette offensive progressiste s’étale sur deux fronts relativement distincts, qui reflètent l’état de l’échiquier électoral américain. D’un côté, dans les grandes villes ou dans les régions ouvertement démocrates, les insurgé.e.s font plutôt campagne sur des enjeux «identitaires», notamment la protection des droits des femmes et des minorités ethniques ou sexuelles.

En parallèle, dans les zones plus rurales ou dans les districts marqués par la désindustrialisation, d’autres candidat.e.s s’attellent à la délicate tâche de renouer avec les populations ouvrières blanches, en faisant campagne sur les inégalités économiques. Parmi eux/elles figurent par exemple John Heenan, candidat dans le Montana, ou Jess King, qui concourt en Pennsylvanie. Leurs chevaux de bataille sont notamment la protection des droits des travailleurs et le soutien aux petites entreprises.

Ceci étant, dans les centres urbains comme dans les régions rurales, tous s’avèrent partager un socle de propositions communes, qui font écho à la plateforme défendue par Bernie Sanders lors de sa campagne de 2016 : assurance maladie universelle, salaire minimum de 15 $/h, gratuité de l’éducation supérieure, ou encore réforme du système de financement politique. Plusieurs de ces insurgé.e.s partagent d’ailleurs une autre caractéristique avec le sénateur du Vermont : s’appuyant sur une multitude de petits donateurs, ils/elles ne cessent de surprendre en affichant d’impressionnants montants de collecte de fonds.

Laboratoires locaux pour stratégies globales

Cette nouvelle vague progressiste bouscule non seulement les plateformes de campagne, mais également les statistiques de diversité actuelles. À titre d’exemple, près de la moitié des candidat.e.s soutenus par Justice Democrats sont issus des minorités ethniques, et la liste consacre une exacte parité homme/femme. Un effort de représentativité qui s’inscrit d’ailleurs dans une mobilisation plus globale à l’échelle des mid-terms : avec plus de 500 candidates pour des postes majeurs, les élections de 2018 constituent en record historique en la matière.

Reste à voir si les dissident.e.s progressistes réussiront à ébranler la grosse machine de campagne de l’establishment démocrate. Bien que certaines primaires aient lieu en mars déjà, il faudra de toute évidence attendre le printemps pour le savoir. C’est en particulier dans des États clé comme l’Illinois ou la Pennsylvanie que les résultats seront les plus révélateurs. Une chose est sure, le potentiel existe : un sondage Harvard-Harris réalisé fin 2017 indiquait que 52 % de la base démocrate souhaitait un virage progressiste du parti, une majorité plus substantielle se dessinant par ailleurs chez les femmes (55 %), les minorités ethniques (60 %), et les jeunes (69 %).

Pour l’heure, en tous les cas, les campagnes de ces challengers constituent autant de laboratoires électoraux pour la gauche, qui ont le potentiel d’esquisser des stratégies à succès en vue des mid-terms de l’automne. De fait, si vague bleue il doit y avoir en novembre, peut-être les démocrates la devront-ils à leur aile gauche.

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