G7

La matraque des images

À la veille de la tenue du G7, le chroniqueur Marc-André Cyr anticipe déjà la couverture médiatique de l'événement.
Photo: Spenser

On sait déjà ce qui sera dit à propos des manifestations entourant le G7. En gros, les journalistes et les politiciens vont répéter la même chose que le service des communications de la police. C’est leur travail, après tout. Et ils le font avec passion. Pressurisés par le temps médiatique, ils vont assister aux conférences de presse policière – on y trouve, paraît-il, des beignes et du café succulent.

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Violence! Il faut dénoncer les «forces vives de la subvention», ces «imposteurs» et ces «contestataires de carrière», affirme Michel Hébert du Journal de Montréal.

Violence! «Bien sûr, bien sûr, bien sûr, il faut la condamner», affirme Gabriel Nadeau-Dubois, trois fois plutôt qu’une.

Violence! Affirme l’ensemble des journalistes et des politiciens du Québec et d’ailleurs.

L’objectif des journalistes n’est pas d’analyser les événements. La nouvelle a pour fonction de remplir le vide entre deux publicités.

La machine médiatique roule à la vitesse de la communication. Toujours trente secondes en retard. Pas le temps de faire enquête ou de questionner les manifestant-e-s. Pas le temps de faire des recherches sur les groupes participants. Consulter le service des communications de la police reste ainsi la solution la plus efficace et rapide.

La pub

L’objectif des journalistes n’est pas d’analyser les événements. Les publicités constituent plus de 75% des revenus des entreprises médiatiques. Ce sont elles qui règnent et qui chapeautent le tout. Les entreprises médiatiques cherchent le profit. Elles vendent du temps d’antenne. C’est pourquoi les nouvelles ne sont pratiquement jamais liées entre elles ou au contexte de leur élaboration. Chacune est autonome, collée sur l’instant.

La finalité n’est pas de lier les événements entre eux, mais de les lier à l’assistance. Il faut créer une émotion, faire vibrer le public afin qu’il garde le poste en attendant la prochaine pause publicitaire qui viendra lui dire que même si les «nouvelles sont mauvaises», il y a de l’espoir, car «la saison des rabais est commencée chez Club Piscine». Les nuances, l’analyse et les points de vue marginaux n’y ont pas leur place au sein d’un tel espace.

Le jour du souvenir

Le tout fonctionne également parce que les journalistes partagent les mêmes valeurs que les forces policières. Les uns se croient les protecteurs des citoyens, les autres de la vérité, mais tous deux sont choyés par le statu quo. Le respect de la loi est pour eux sacré. Il est donc «normal» que les policiers interviennent («ils ont été dans l’obligation d’intervenir»). La propriété doit être respectée. On vit en démocratie…

Si les journalistes n’avaient pas la mémoire aussi courte, ils se souviendraient sans doute – et prendraient peut-être même soin de nous rappeler – que les services de police n’en sont pas à leurs premiers mensonges.

Si les journalistes n’avaient pas la mémoire aussi courte, ils se souviendraient sans doute – et prendraient peut-être même soin de nous rappeler – que les services de police n’en sont pas à leurs premiers mensonges.

Ils nous rappelleraient le cas de ces trois «Black bloc» montrant leur badge de policier afin d’entrer dans un cinéma pour y pourchasser des manifestants lors du 15 mars 2007; ou encore des agents provocateurs pris en flagrant délit, pierres à la main, lors du Sommet pour le partenariat sur la sécurité et la prospérité à Montebello, en 2007.

Ils pourraient également nous rappeler le cas du groupe Germinal lors du Sommet des Amériques (2001). Les membres de ce groupe ont été arrêtés 48 heures avant les manifestations. Tout le temps du sommet, les journalistes ont parlé de «terrorisme» et de «groupe armé», ce qui a participé à justifier la répression. (On apprendra lors du procès que Germinal était lourdement infiltré par la police et n’avait aucunement l’intention de mener des actions violentes…)

On aimerait également que les journalistes nous parlent des abus policiers dénoncés par diverses organisations des droits de la personne lors des manifestations contre le G20 de Toronto (2010) et du Printemps étudiant (2012). On aimerait qu’ils nous parlent des propos sexistes et racistes des policiers, des coups de poing, des coups de pieds, des gifles, des crachats…

On aimerait qu’ils accordent moins d’importance aux vitrines et plus aux êtres vivants, et qu’ils dénoncent les campagnes de peur au lieu d’y participer.

On aimerait qu’ils se souviennent des mensonges formulés par le SPVM lors du procès de Freddy Villanueva, de ceux du commandant Durocher qui brandissait des bouteilles de plastique en affirmant qu’il s’agissait de cocktails Molotov en 2002, ou encore de la catapulte à toutous saisie avec bravoure en 2001.

On aimerait qu’ils nous parlent des jugements de la cour qui donnent pratiquement tous raison aux manifestants étudiants arrêtés injustement en 2012 et en 2013.

On aimerait, finalement, qu’ils accordent moins d’importance aux vitrines et plus aux êtres vivants, et qu’ils dénoncent les campagnes de peur au lieu d’y participer.

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