Manifestations du G7

Les «solidaires» et l’anti-G7

Dénoncer la violence
Toma Iczkovits

Le Sommet du G7 en 2018 a offert l’occasion d’une innovation médiatique de la part des «solidaires», à savoir la dénonciation préventive de la «violence» avant le début du Sommet, même si aucun appel à former un Black Bloc n’avait été lancé (et même s’il n’y aura, finalement, aucune «casse»).

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Une semaine avant le sommet, le député Gabriel Nadeau-Dubois a confirmé aux médias qu’il allait «bien sûr, bien sûr» condamner la « violence » des manifestantes et manifestants. La veille du Sommet, il a tout de même déploré les excès du dispositif policier. Merci!

Trois jours avant le sommet, deux autres «solidaires» ont condamné publiquement les «casseurs» imaginaires.

Catherine Dorion, candidate de Québec solidaire dans la circonscription de Taschereau, à Québec, a ainsi signé une lettre ouverte dans Le Devoir. Elle y inventait l’histoire d’une Révolution tranquille dénuée d’affrontements et de turbulence, et déplorait que les manifestations soient aujourd’hui identifiées comme «le terrain de jeu d’une gang de débiles violents». La «solidaire» appelait finalement à participer «le plus dignement du monde, avec toute la beauté de notre refus» à la manifestation du samedi 9 juin, organisée par les syndicats et quelques groupes communautaires.

Curieusement, elle ne mentionnait pas la manifestation «festive» du 7 juin, pourtant organisée par des groupes communautaires de la circonscription dont elle désire être députée, comme le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste, et d’autres collectifs, dont le Réseau de résistance anti-G7 (RRAG7) qui respecte le principe de la diversité des tactiques.

Cet oubli n’a pas empêché la politicienne de reprendre mot pour mot un passage du communiqué annonçant cette manifestation qui expliquait que «les rencontre du G7 sont déterminantes pour l’organisation mondiale de l’économie en fonction des intérêts des banques, des industries pétrolières, agroalimentaires, pharmaceutiques, technologiques, de l’armement et autres» Catherine Dorion écrivait que «[l]es rencontres informelles du G7 sont très importantes pour le déploiement de l’économie en fonction des intérêts des banques, des industries pétrolières, agroalimentaires, pharmaceutiques, technologiques, de l’armement et autres». Y a pas à dire : cette politicienne est très proche du mouvement social…

Solidaire contre la liberté et la diversité

Le même jour, dans le média indépendant Presse-toi à gauche!, l’intellectuel Pierre Mouterde, de Québec solidaire, signait un texte intitulé «Manifester contre le G7, bien sûr! Mais comment? — De la diversité des tactiques». L’intellectuel «solidaire» résumait ainsi l’argument principal du respect de la diversité des tactiques : «chacun peut librement choisir son mode d’opposition». Or, selon ce lui, cet «argument» est «dénué de toute réflexion approfondie sur ce qu’il en est de la conjoncture actuelle». Cette remarque arrogante et méprisante fait l’impasse sur toutes les discussions à ce sujet lors des réunions d’organisation de la mobilisation, y compris entre militantes et militants de Montréal et de Québec.

L’intellectuel «solidaire» prétendait aussi déterminer «la seule question importante», soit rassembler le plus de gens possible. Or personne ne devrait vouloir imposer un seul et unique objectif à un mouvement social ou une manifestation.

L’intellectuel «solidaire» prétendait aussi déterminer «la seule question importante», soit rassembler le plus de gens possible. Or personne ne devrait vouloir imposer un seul et unique objectif à un mouvement social ou une manifestation. Le principe du respect de la diversité des tactiques a d’ailleurs aussi pour but de favoriser une mobilisation la plus englobante possible, du côté des forces anticapitalistes et antiautoritaires, soit des manifestations familiales, des actions carnavalesques, de la désobéissance civile et, possiblement, des frappes contre des symboles du capitalisme et de l’État.

C’est que nous savons que toute mobilisation peut servir plusieurs objectifs en même temps ou à différents moments, soit attirer l’attention de «l'opinion publique» locale et internationale, développer des alliances dans les réseaux militants, exprimer sa solidarité ou sa colère, révéler la diversité du mouvement d’opposition et sa combattivité, perturber l’ordre des choses et défier les forces répressives le plus «dignement du monde» et «avec toute la beauté de notre refus», etc.

Enfin, se désolidariser d’imaginaires «casseurs» plusieurs jours avant un sommet international participait de la campagne de peur menée par les autorités et par les polémistes les plus réactionnaires et faisait le jeu de la répression policière.

Cette dénonciation préventive était tout, sauf solidaire.

Pour information : paraît ces jours-ci en France, aux éditions Libre, la version française d’un livre de Peter Gelderloos intitulé Comment la non-violence protège l’État : essai sur l’inefficacité des mouvements sociaux. Ce livre traite sérieusement de la diversité des tactiques.
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