Coupures

Une austérité sur le dos des régions

Mickaël Bergeron

Trois maires de trois régions différentes avec le même discours : les politiques actuelles du gouvernement libéral freinent le développement régional. L'occupation du territoire serait-elle devenue un luxe que le Québec n'a plus les moyens de se payer?

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Abordées avant tout pour avoir un aperçu de l'impact des fermetures des Centres locaux de développement (CLD) auprès des régions du Québec, toutes les entrevues pour cet article ont débordé vers les récentes mesures mises en place par l'équipe de Philippe Couillard et qui auront toutes d'importantes conséquences sur le développement économique des régions. « Il y a un abandon des régions », lance sans hésiter le maire de Baie-Comeau, Claude Martel.

« Il y a un abandon des régions », lance sans hésiter le maire de Baie-Comeau, Claude Martel.

Selon le maire de Gaspé, Daniel Côté, cet abandon était visible lors de la signature du pacte fiscal, le 5 novembre dernier. « À la signature, tout le monde avait la tête basse, sauf les maires de Montréal et de Québec. » C'est ce pacte qui a signé la mort des Conseils régionaux des élus (CRÉ) et des CLD, en plus d'une amputation de 300 millions de dollars dans le budget des municipalités.

Occuper les régions éloignées

« À Baie-Comeau, on est en mode survie, on gère une ville en décroissance, explique Claude Martel. Ça va être dur de remonter la pente du côté de la création d'emplois. On veut que les gens investissent, créent des emplois, mais il faut un levier. » La situation est telle qu'une manifestation est organisée le 1er décembre prochain afin de sensibiliser le gouvernement à l'industrie du bois qui va de mal en pis. L'an dernier, une centaine d'emplois ont été perdus. Ce mois-ci, c'est 125 autres. « La morosité s'installe », ajoute le maire baie-comois.

Au cours de la dernière année, Baie-Comeau a aussi perdu la direction régionale du ministère de la Culture et des Communications. Hydro-Québec y a aussi diminué ses effectifs. Sans parler de ce qui s'en vient dans le réseau de la santé, dans les commissions scolaires, dans la fonction publique.

En Gaspésie, entre les années 1990 et le milieu des années 2000, c'est tour à tour l'industrie de la pêche, l'industrie de la foresterie et l'industrie minière qui se sont écroulées. Le maire de Gaspé est furieux. « Le secteur privé s'est effondré et on est devenu dépendant du secteur public. Ça fait 10 ans qu'on sort la tête de l'eau, qu'on diminue notre dépendance au gouvernement. Comment continuer à se développer sans les outils? Ça nous recale dans le fond! »

Michel Lagacé, maire de Saint-Cyprien et préfet de la MRC de Rivière-du-Loup, insiste sur le fait que les situations changent selon la région. « La recette des CLD est peut-être moins intéressante à Montréal ou à Québec, mais ce n'est pas le cas dans nos régions. » Un point de vue partagé par Daniel Côté. « Nous, chaque dollar que notre CLD investissait en créait 10. C'est comme si on perdait 21 millions de dollars dans notre région. »

« Il y a un problème avec les emplois qui seront supprimés, ajoute M. Côté. Les spécialistes en développement économique, s'ils ne travaillent pas dans un CLD, en Gaspésie, où vont-ils aller? Ils devront partir vers les grands centres. On va perdre non seulement des budgets, mais aussi une expertise et des familles. »

Quel est le plan?

Les trois maires se demandent où s'en va le gouvernement avec ses mesures d'austérité. « Je ne comprends pas le plan du gouvernement, admet Claude Martel. Il prend des décisions, mais sans lois, sans réponses, avec plein d'inconnus. » Michel Lagacé se montre plus dur encore. « Je suis élu depuis 25 ans, il y a des feux partout autour de moi, je n'ai jamais vu ça. Il y a des gestes irréfléchis. »

« À l'époque de Lucien Bouchard, ça n'a pas été facile non plus, se rappelle le maire de Saint-Cyprien, mais il a fini par y avoir consensus parce qu'il avait un plan clair. Là, il n’y a aucune analyse des impacts des soustractions. Ce sont des gestes à courte vue. »

En Gaspésie, plusieurs citoyens et citoyennes ont déjà déclaré la guerre aux mesures d'austérité qu'ils considèrent antirégionales.

En Gaspésie, plusieurs citoyens et citoyennes ont déjà déclaré la guerre aux mesures d'austérité qu'ils considèrent antirégionales.« Félix Leclerc chantait que le cri de la Gaspésie allait faire peur à tout le monde, c'est peut-être ça qui se passe, là », lance, non sans humour, le maire de Gaspé. Puis, reprenant son sérieux, il ajoute : « Je crois que la gronde va se propager et que les autres régions aussi vont se lever. »

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