Manifestations du G7

Les arrêté-es du G7 : des conditions de libération disproportionnées

Retour sur la première audience
Toma Iczkovits

Une première manche s’est jouée le 19 juillet dernier à la Cour municipale de Québec pour huit des treize militant.e.s arrêté.e.s lors des manifestations contre le Sommet du G7 qui ont eu lieu à Québec en juin dernier.

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Représentés par leurs avocats, ils ont tenté en vain de faire tomber leurs conditions de remise en liberté, demande rejetée par le tribunal.

Conditions douteuses

C’est d’un veston noir et d’une chemise dont Benoit Valiquette s’est vêtu pour sa comparution devant le tribunal — un look d’une sobriété qui détonne avec l’attirail que le militant arborait il y a un peu plus d’un mois lors des manifestations contre le sommet du G7 à Québec : vêtements colorés, équipement de premiers soins pour soulager les yeux en cas de poivrage ou de gazage par les policiers de l’escouade antiémeute, casque protecteur, slogans incendiaires.

Une panoplie avec laquelle lui, ses camarades de lutte ont dénoncé la tenue du Sommet du G7 en juin dernier à La Malbaie, où l’élite politique occidentale se réunissait dans le confort d’une véritable forteresse (ironiquement érigée autour d’un manoir jadis théâtre d’une lutte syndicale qui avait fait un mort parmi les grévistes) pour décider, entre eux, de la conduite des affaires mondiales, protégés par quelques 8000 policier.ère.s.

Outre le caractère sévère des conditions de remise en liberté des arrêté. e. s — caution de 500 $, interdiction d’entrer en contact entre eux et obligation de rester hors d’un périmètre qui correspond à l’ensemble du centre-ville de Québec —, ces règles d’austérité sociale menace le quotidien de plusieurs d’entre eux.

Une chose semble cependant chez lui immuable : sa certitude que les conditions de libération imposées aux huit militant. e. s arrêté. e. s qui se présentaient devant la Cour municipale de Québec représentent un effort de muselage des dissident. e. s politiques, voire de l’intimidation pure. Outre le caractère sévère des conditions de remise en liberté des arrêté. e. s — caution de 500 $, interdiction d’entrer en contact entre eux et obligation de rester hors d’un périmètre qui correspond à l’ensemble du centre-ville de Québec —, ces règles d’austérité sociale menace le quotidien de plusieurs d’entre eux.

«Pour moi c’est clair qu’on veut décourager le monde de manifester et, pour nous, ces conditions-là sont inacceptables», dit-il, tout en restant discret en présence des représentants des grands médias présents.

«Comment suis-je censé chercher un emploi à Québec si je ne peux pas aller au centre-ville pour, entre autres, passer des entrevues? Devoir expliquer ça à des employeurs potentiels, ça risque de me fermer des portes.»

Entraves… à la vie quotidienne

Jeune homme discret, Marc-André Chapados se tient légèrement en retrait du reste du groupe à la sortie du palais de justice

Le jeune diplômé en gestion de l’Université Laval et originaire de Québec dénonce le fait que ces conditions hypothèquent son avenir rapproché. «Comment suis-je censé chercher un emploi à Québec si je ne peux pas aller au centre-ville pour, entre autres, passer des entrevues? Devoir expliquer ça à des employeurs potentiels, ça risque de me fermer des portes», déplore-t-il.

Même son de cloche du côté de Yannick St-Jacques-Lauriault. Le jeune homme arborait quant à lui un veston rouge, le dos orné d’un imprimé évoquant le Printemps Érable. «Je suis résident de Québec et je n’ai pas le droit de circuler dans la plus grosse portion de la ville. Tout ça pour exercer un droit», explique-t-il en soulignant du même fait le caractère anormal d’une telle exigence habituellement restreinte au secteur où les faits reprochés se sont produits et dénonçant ce qui ressemble à des conditions exemplaires.

Des «armes prohibées»… légales

Citoyenne militante qui s’implique dans différentes luttes depuis 2012, Lynda Forgues a été arrêtée — de manière fort musclée — le 8 juin dernier à l’intérieur d’une souricière organisée autour d’une ruelle dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, entre les rues Lockwell et Crémazie. Outre l’accusation commune d’attroupement illégal, elle fait aussi face à des accusations de méfait pour moins de 5000 $, d’avoir gêné l’emploi d’un bien de moins de 5000 $ et de port d’arme dans un dessein dangereux.

L’"arme" en question : un répulsif à chien en aérosol, trouvé dans son sac lors de son arrestation.

«Je suis une femme seule dans une ville comme Québec. C’est sûr que je traine ça avec moi, comme bon nombre de femmes qui se déplacent seules le soir», dit-elle.

Un produit qu'on retrouve facilement dans plusieurs magasins de plein air (dont Latulippe, à Québec) et sur internet, de manière complètement légale, et dont l'action n'aurait aucun effet sur l'équipement de protection des policier.ère.s, conçu pour résister aux gaz lacrymogènes de calibre militaire.

Un resserrement inquiétant

Yannick St-Jacques-Lauriault a de son côté fait écho aux impressions de Benoit Valiquette concernent le resserrement des conditions imposées aux manifestant. e. s accusé. e. s

«Quand c’est le temps de manifester pour des mesures précises, pas de problèmes, on nous laisse faire. Quand on s’en prend directement à l’État et à ses institutions, c’est là que ça frappe», explique-t-il.

Le procès débutera le 13 septembre prochain.

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