Victoire de Dalila Awada

Les petites victoires sont souvent plus grandes qu’on ne le croit

La militante Dalila Awada a remporté sa poursuite en diffamation
Photo: Toby Hudson

Cinq ans après avoir établi des liens fictifs entre Dalila Awada et des organisations islamistes de tendance «khomeiniste», le blogueur Philippe Magnan se trouvera délesté de 60 000 dollars et des poussières suie à une décision de la cour récemment rendue.

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Dalila Awada a finalement remporté son combat contre un de ses bourreaux, et a, pour l’occasion, souligné sa victoire en organisant une soirée amicale.

Contrairement à l’usage habituel, l’arrière-salle du pub l’Île Noire s’est remplie dès le début de la soirée. Les premiers invité.e.s à la fête étaient attablé.e.s dès 18 h 30, et c’est la célébrée qui finalement s’est offerte une entrée remarquée, quelques minutes après le début de son propre évènement, entourée d’un large éventail de qui-fait-quoi de la gauche québécoise et de femmes voilées, ces «intégristes» qui pourtant ne se formalisent pas de se trouver dans un débit de boisson où l’alcool se boit de manière fort généreuse. Fashionably late, disent les anglos.

Le blogueur «citoyen» Philippe Magnan opère le très douteux site Poste de veille, une collection d’«analyses» bâclées, de graves raccourcis intellectuels et de demi-vérités qui résultent d’un processus d’enquête dangereusement superficiel. Ce qui, cela dit, n’a jamais empêché des chroniqueurs influents comme Lise Ravary, Éric Duhaime et Richard Martineau de s’y référer et de promouvoir le site web qui, au final, n’est qu’une pâle copie, le cousin bâtard, des blogues d’extrême-droite européens.

Et déjà, les «résistants» en culottes courtes de l’extrême-droite québécoise s’organisent pour aider Magnan à appeler de la décision de la juge Carole Julien et non Bastien, Mme Ravary, accompagnés du propagandiste officiel de la Meute André Pitre en tête de peloton avec une campagne GoFundMe pour financer un éventuel appel qui serait inévitablement futile tellement Magnan s’est embourbé dans le filet tissé serré de ses propres mensonges.

Ce n’est pas comme si ces croisés du clavier s’embarrassaient des faits et de ce qu’on appelle la réalité observable, de toute façon.

Et ils n’ont évidemment pas conscience de l’ironie de leur «combat pour la liberté d’expression» — la victoire de Dalila Awada est plutôt un gain pour celle-ci. Une petite victoire à première vue, mais celles-ci sont parfois plus grandes qu’on ne le croit. Celle de la jeune femme pourrait représenter une victoire pour l’assainissement de la liberté d’expression, concept qui semble de moins en moins bien compris dans de nombreux cercles.

La défense «Je ne suis pas journaliste»

On a qu’à passer quelques minutes à surfer sur des sites web louches et les sections commentaires des grands médias pour nous convaincre d’une vérité qui dérange : l’Humanité en général n’était pas prête à cette révolution de communications que représente l’expansion d’internet, dont la fréquentation de certains racoins transforme des adultes en enfants de maternelle. L’expression libre d’une opinion n’est pas un problème en soi. Le problème avec les blogueur.euse.s et autres intervenant.e.s citoyens sur les plateformes publiques, c’est qu’ils s’imaginent immunisés contre les poursuites pour une raison des plus fantaisistes : ils ne sont pas journalistes, donc pas soumis aux règles et aux codes d’éthique et de déontologie.

Le problème avec les blogueur.euse.s et autres intervenant.e.s citoyens sur les plateformes publiques, c’est qu’ils s’imaginent immunisés contre les poursuites pour une raison des plus fantaisistes : ils ne sont pas journalistes, donc pas soumis aux règles et aux codes d’éthique et de déontologie.

Du moins, dans leur esprit.

Pire, ils ont compris le jeu des algorithmes des réseaux sociaux et, ne s’encombrant pas dans les dédales d’une analyse et d’un traitement rigoureux de l’information, ils peuvent produire et publier leur fiel à très grande vitesse. Ceci leur confère un avantage sur les médias indépendants (comme Ricochet). Ils repiquent aussi sans vergogne les textes produits par d’autres médias (vers lesquels ils profèrent leur haine) pour leur donner un spin qui cadre avec leur idéologie malade.

Malgré tout, plusieurs d’entre eux s’affichent comme «journalistes» ou «experts», ou du moins, essaient d’en adopter le titre sans les codes, à leur convenance.

Je dis souvent que les réseaux sociaux sont comme une taverne un peu avant la fermeture — les poivrots gueulent fort et ne se gênent pas pour raconter n’importe quelle connerie issue de leur cerveau imbibé. Sauf pour un détail crucial — les réseaux sociaux rejoignent des millions de personnes qui ont le loisir de commenter et, surtout, de forger leurs perceptions et leurs opinions sur n’importe quoi qui stimule leur biais de confirmation.

Résultat : l’équivalent médiatique des Écuries d’Augias, ce qui inclut les derniers-nés de ces goglus paranoïaques, héritiers du Fasciste canadien et du Combat national où Adrien Arcand inondait les pages à même le puits sans fonds de sa propre haine. Des sites comme Horizon Québec Actuel et Le Peuple reprennent actuellement le brûlant flambeau du racisme camouflé sous un vernis craquant de «patriotisme». Des organes de propagande qui s’alimentent des craintes et des appréhensions — parfois légitimes même si non-fondées — de citoyen.ne.s pour qui la société se transforme un peu plus vite que ce que les limites de leur propre conception du monde peut contenir.

Espérons que la victoire de Dalila Awada agira comme l’Alphée du mythe herculéen et videra nos Écuries médiatiques de leur fumier depuis trop longtemps accumulé.

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