Humour

Trentenaire et célibataire

Être célibataire à Montréal, ce n'est pas toujours évident, selon Daniel Pinet.

Ça fait officiellement cinq ans que je suis à Montréal, et maintenant cinq ans que je suis célibataire. Quelque chose dont ma mère ainsi que la moitié de mon village n'est pas fier.

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J’aimerais prendre la peine de dire que j’ai aucun problème avec une soirée de plaisir. C’est juste qu’une en devient deux, pis peu à peu, ça me fait souffrir.

Depuis longtemps, j’rêve de passer de beaux moments avec la mère de mes enfants. Mais pour une raison ou une autre, malgré que ce soit un peu de ma faute, tout ce que j’trouve en attendant c’est des rencontres qui me font perdre mon temps.

Mais j’ai l’impression que dans la métropole, on attend toujours quelque chose qui ne viendra jamais.

C’était moins compliqué en région. Tu connais tout le monde qui est là pis quand tu vis dans un trou, tu sais que les chances sont minces de croiser une mannequin millionnaire qui adore ta bedaine de la trentaine pis tes titines qui auront bientôt besoin d’une brassière. Donc, tu choisis la meilleure pour toi et tu fondes une famille parce que de toute façon, tu sais que t’échangeras pas ta job à la mine pour devenir un humoriste international.

C’est la progression logique et naturelle de ta mort éventuelle.

Mais j’ai l’impression que dans la métropole, on attend toujours quelque chose qui ne viendra jamais. Chaque sortie dans un bar pourrait être la soirée où tu rencontres le joueur du Canadien de tes rêves ou l’Instababe avec trois millions de likes avec des fesses capable de briser une noix de coco en se forçant.

Pis, plus tu vieillis, moins ces probabilités-là sont de ton côté. Sauf que la majorité des gens continue de jouer comme une grand-mère qui dépense sa pension au Casino avec une couche remplie d’espoir.

J’ai été élevé en pensant que la sexualité était liée à l’intimité. Mais les gens de ma nouvelle communauté semblent pas partager cette idée.

On me dit que j’suis lourd quand j’suis intense pis que j’suis intense quand je suis lourd. Mais la seule chose que je recherche, c’est l’occasion d’être en amour.

J’me retrouve dans une ville où les gens veulent du sérieux avec quelqu’un qui s’en câlice, et qui se câlicent du gars sérieux. Tout le monde veut passer du temps avec moi, mais personne sous entend que je serai le seul dans l'équation.

Donc je m’adapte. Je joue le jeu. J’rencontre le plus de gens que j’peux. Du sexe ici, du sexe par là. Des fois j’attrape la chlamydia.

J’pop les pilules comme de l’ibuprofen en me disant qu’au pire j’pourrais dire aux femmes que j’suis dans ma semaine.

J’rêve du mépris à la pharmacie. J’me trouve mal propre, j’me trouve stupide, le sexe est censé être splendide... J’présente ma prescription au comptoir avec une honte du regard que j’vais recevoir. Ce que je ne pouvais pas savoir c’est que les pilules j’peux pu en avoir parce que trop de gens sont venus les voir.

Fait que j’fais la tournée des Pharmaprix pour trouver ce qui me donnera mon instant de répit. J’pop les pilules comme de l’ibuprofen en me disant qu’au pire j’pourrai dire aux femmes que j’suis dans ma semaine. J’annonce à mes partenaires découragées l’infection que j’ai attrapée. Elles me répondent: «C’est chill» décontractées, on dirait même qu’elles sont habituées.

J’me rends compte que j’suis pas le seul à Montréal qui a mal en faisant pipi. Statistiquement au Canada, je suis la une personne sur trois. Pis, si tu penses que j’ai exagéré, va faire un tour au CLSC. Tu vas constater que y’a ben du monde qui l’ont pognée.

Mais là j’m’éloigne de mes moutons à force de parler d’endroits où j’devrais pas avoir de boutons. J’voulais juste partager une observation; que je suis pas le seul à m’être senti con.

J’trouve que le temps est intéressant parce qu’il demeure un concept qu’on a créé pour illustrer notre propre mortalité. Chacun a son propre calendrier personnalisé qui a commencé le moment où on est né. On célèbre notre fête chaque année parce qu’on a peur que ce soit la dernière. C’est une dur eréalité que la jeunesse réussit à oublier.

Pour les vieux, je suis jeune. Et pour les jeunes, je suis vieux. Je suis rendu à l’entre-deux.

J’ai peur qu’il commence à être tard pour trouver quelqu’un qui aime mon âme plutôt que mon corps. J’me rends compte qu’à mesure que je vieillis, l’amour est difficilement ressenti.

J’ai peut-être plus d’expérience et de vécu, mais j’me rends compte que de la patience, j’en ai pu.

Je me surprends à juger les gens en me basant sur quelques brefs moments durant une date. Personne semble me surprendre comme avant.

J’ai l’impression d’être pris à regarder la première émission de la série Friends en perpétuité. Toutes les dates sont rythmées par les mêmes conversations, qui révèlent les mêmes informations sur les mêmes personnages que je connais par cœur depuis trop longtemps.

Une fille a juste besoin de dire une chose qui me correspond pas et je la tasse plus vite qu’une statue de la Vierge Marie dans une vente de débarras.

J’étais différent au Nouveau-Brunswick, mais ça fait longtemps que j’suis parti. J’suis devenu un Sex Addict dans mon quotidien, trop habitué à vivre ma solitude en compagnie.

J’souhaiterais faire un retour aux sources puis vivre de monogamie sur le bord d’la mer. Mais ça fait longtemps que mon bateau a coulé pis j’trouve pu la force de remonter la rivière.

Aujourd'hui, j’me retrouve à envier ma jeunesse. Pas pour mon corps plus serré, mais pour ma naïveté face à la vie et les gens qui la remplissaient.

J’me retrouve pris dans mes vieilles habitudes de vieux célibataire qui se contente seulement de ce qu’il veut faire.

J’ai passé ma jeunesse à la vivre pleinement, mais je questionne maintenant la possibilité d’avoir des enfants.

Parce que mes standards sont peut-être rendus trop élevés pour un gars aussi âgé. Mais j’ai pas envie de me «caser». J’ai pas envie de me «contenter». J’ai pas envie de prendre la première perche qui passe parce que ce sera peut-être ma dernière.

J’veux être avec la femme de mes rêves sans me rendre au point où je rêve tout simplement d’avoir une femme.

J’veux échanger ma sexualité pour de la sérénité et mon air charmeur pour un peu de bonheur.

À tous ceux et celles qui m’envient d’avoir échangé la vie d’campagne pour celle de la ville, sachez que mes folies de fin de semaine deviennent pesantes et me rendent sénile.

À tous ceux et celles qui s’identifient au style de vie un peu facile devenu stérile, j’nous souhaite un jour de trouver la personne qui nous inspirera à rester plus tranquille.

Parce que cette nouvelle société nous a amenés à penser que le gazon était plus vert de l’autre côté. Mais on a réalisé trop tard que tout ce qu’on voulait vraiment, c’était d’être aimé.

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