Le Festif 2018

Baie-St-Paul est une fête

Des moments rassembleurs qui se font rares
Simon Chantal

On ne se rassemble pas tous les jours. Même qu’il nous arrive d’en oublier sa nécessité. D’oublier la force qui habite le nombre, l’importance de la camaraderie dans nos vies, mais aussi, de la solidarité. À trop rester dans nos bulles, il nous apparait parfois impossible de changer le cours des choses, et ainsi nous résignons-nous à ne rien changer de l’inertie collective.

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Il y a deux semaines, dans la ville de Baie-Saint-Paul – celle-là même qui, en 1984, a vu naître le Cirque du Soleil –, 38 000 personnes se sont réunies, dans le cadre de la neuvième édition du Festif. Une fête de plusieurs jours autour de la musique.

Et elle était partout, la musique. Dans la cour arrière de cette jolie maison, la scène installée sur le balcon. L’auditoire entassé sur le gazon, dans la rue, sur les balcons voisins. Le soleil était sur son trente-six et se donnait lui aussi spectacle, tandis que dans l’air rivalisaient des relents de crème solaire et les parfums du fleuve, charriés par une brise légère.

Photo de Melinda Bastien

Elle était sur ce quai, surplombé des courbes dodues de Charlevoix et de l’Isle-aux-Coudres ancrée tout près. Depuis cette scène installée dans la baie, les chants regagnaient les cieux, accompagnés de la fête des oiseaux.

Faire partie de cet événement où la collectivité se célèbre, où les êtres mettent de côté leurs différences et respirent le même air, réapprennent à s’aimer.

Et elle y était encore à la tombée du jour, rythmée par le poing levé de Tiken Jah Fakoly et les mots de Desjardins. Les étoiles faisaient leur show, elles aussi, mais ce n’était qu’un décor pour cette foule immense qui ne faisait plus qu’un avec les artistes. Ce n’était pas qu’un spectacle, mais une œuvre universelle, une communion avec nos racines, nos ambitions et notre désir d’être ensemble.

Plusieurs n’y étaient que pour faire partie de la fête. Parce qu’il fallait être là. Faire partie de cet événement où la collectivité se célèbre, où les êtres mettent de côté leurs différences et respirent le même air, réapprennent à s’aimer. Ces chansons sont beaucoup de ce que nous sommes. Après tout, rien ne se perd, rien ne se crée.

Il ne fallait pas que ça s’arrête, jamais, comme une seconde parfaite que l’on voudrait éternelle, et c’est pourquoi, aux petites heures, nous étions encore une belle poignée d’êtres à chantonner, autour du feu de camp. Nous n’en avions pas encore assez d’être ensemble. Le Festif, site de rencontres. Dans la file au dépanneur, aux bécosses, à la caisse. Dans ces mots que nous chantions, d’une même voix.

Photo de Simon Chantal

Nous apprenions qu’à tant le désirer, il se pourrait bien que ça ne se termine jamais, en effet. Et c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés, au lever du soleil, entre le bêlement des moutons et le caquètement des poules, sur cette terre au cœur de la baie, devant cette scène improvisée, bercés par les 4-4 de Stéphane Lafleur.

La nuit m’est passée à travers. J’ai deux heures de sommeil. «Encore! Encore!», crie la lumière Qui charge ma fenêtre.

Ce n’était que quelques jours, dans une enclave du monde. Puis Baie-Saint-Paul s’est effacée dans mon rétroviseur, cachée dans le secret de ses montagnes. Mais quelque chose s’est gravé en nous. Nous emportions avec nous le souffle de l’espoir et la musique des possibles. De Montréal à Québec, à Percé comme à St-Pancrace, nous voilà gonflés à bloc. Ce n’était pas que de la musique, c’était plus qu’un rassemblement entre amis, et si cela a pris fin le dimanche dans le démontage des tentes, alors c’est que c’était le début d’autre chose.

On ne se rassemble pas tous les jours. Même qu’il nous arrive d’en oublier sa nécessité. Le feu n’est pas mort pourtant.

Une force, au moins. Un désir, peut-être. De cultiver cet être-ensemble, de continuer à bâtir des ponts, parce que nous ne sommes pas seuls et que nous n’irons qu’au bout de nous-même qu’avec solidarité. Ou alors nous ne serons plus.

On ne se rassemble pas tous les jours. Même qu’il nous arrive d’en oublier sa nécessité. Le feu n’est pas mort pourtant. Il suffit d’un film, d’une manifestation ou de l’inspiration d’un être qui se tient debout pour nous redonner l’envie de lutter. Et puis, toute manifestation ne s’orchestre pas contre quelque chose. Manifester, c’est aussi se célébrer. Chérir ce que nous sommes, ce que nous voulons mettre de l’avant, afin que les autres aient envie d’y prendre part. D’y mettre du leur, nourrissant le mouvement de leurs idées et de leur énergie.

Nous sommes une fête en travail. Il y a de la place pour ce que nous sommes dans ce monde. Il suffit de le chanter haut et fort. La musique suivra nos pas.

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