Rentrée théâtrale

Le temps d’une promesse

Le théâtre québécois a-t-il vraiment retenu quelque chose des scandales de SLĀV et Kanata?
Photo: Jeangagnon

Le théâtre est le lieu d’innombrables promesses. Sa scène fait rêver, ses textes nous transportent encore, mais surtout, le jeu qui lui semble irréductible nous nargue et nous targue de son infatigable légèreté.

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La prochaine saison théâtrale montréalaise ne lui fait pas défaut et c’est du côté du Théâtre du Rideau Vert qu’une promesse des plus franches est énoncée en toutes lettres : place aux femmes. J’aimerais sincèrement souligner que cette promesse n’en reste pas au voeu pieux. La preuve en est qu’un classique féministe comme Les Fées ont soif de Denise Boucher ouvre la 70e saison de l’institution et que les chiffres parlent d’eux-mêmes — tous les spectacles programmés seront mis en scène par des femmes.

Malheureusement, après un été de débats polarisés autour des annulations de SLĀV et Kanata, il y a un raté à cette promesse. Cette fois-ci parce que les chiffres ne se taisent plus — tous les artistes annoncés dans la programmation sont blanc.he.s, qu’ils soient des femmes ou pas.

Malheureusement, après un été de débats polarisés autour des annulations de SLĀV et Kanata, il y a un raté à cette promesse. Cette fois-ci parce que les chiffres ne se taisent plus — tous les artistes annoncés dans la programmation sont blanc.he.s, qu’ils soient des femmes ou pas.

J’écris ce papier et je sens bien que cette observation est violente. Puisque je ne suis pas le premier à observer la blanchitude d’une programmation du Théâtre du Rideau Vert, j’anticipe déjà qu’on entendra dans mon propos une accusation pleine d’amertume, si ce n’est un cri de haine ou de la mauvaise volonté. Après tout, la programmation de ce théâtre a été annoncée avant la polémique.

Cela dit, je veux m’arrêter sur ce point : c’est le fait que mon observation porte sur le racisme qui la rend violente. À part ça, elle s’attarde à un effet observable d’un phénomène social sur une institution, dans ce cas l’exclusion d’artistes racisés d’une programmation d’un théâtre. Sauf que le racisme, comme le sexisme, sont des formes de violences sociales et quand on s’attarde à de tels problèmes, il n’y a pas d’échappatoire à la tautologie suivante : la violence sociale, c’est violent.

Il est vrai que pour s’éviter le stress provoqué par des thèmes violents comme le racisme ou le sexisme, les médias et les institutions mettent en avant des mots d’ordre plus positifs et consensuels comme ceux de «diversité» et de «dialogue». Seulement, dans la publication On Being Included. Racism and Diversity in Institutional Life (2012, Duke University Press), la chercheuse féministe Sara Ahmed observe que ces mots d’ordre sonnent rapidement creux lorsqu’on perd de vue les problèmes qu’ils devaient régler. J’ajouterais même qu’au Québec, du moins juridiquement, nous en sommes déjà à un consensus : celui qui veut que le racisme et le sexisme soient inadmissibles en tant que discriminations. Par contre, je peine à comprendre ce que serait une diversité sans réserve et encore moins un dialogue qui contreviendrait à lui seul à des phénomènes de violence sociale.

Il est vrai que pour s’éviter le stress provoqué par des thèmes violents comme le racisme ou le sexisme, les médias et les institutions mettent en avant des mots d’ordre plus positifs et consensuels comme ceux de «diversité» et de «dialogue».

Mais pour en venir à la prochaine saison théâtrale montréalaise, je préciserais que mon observation cherche d’abord à tenir compte d’une déclaration de Lorraine Pintal. En entretien avec Le Devoir en juillet dernier, la directrice artistique et générale du Théâtre du Nouveau Monde affirmait qu’«il y aura un avant et un après SLĀV». Que ça ait été une remarque lancée dans le cadre d’une stratégie de gestion de crise ou pas, je dois avouer que j’adore les déclarations sur l’ère du temps, et ce qu’elles soient exagérées ou vraies. Mi-prophétie, mi-promesse, la prédiction de Pintal m’inspire : elle a de l’envergure tout comme elle tombe à plat. En dernière analyse, la tournée de SLĀV à Saint-Jérôme, Sherbrooke, Saguenay et Québec nous laisse dans un interstice jusqu’à la fin 2019.

D’ici là, je profite de cet entre-deux pour inviter les lecteurs et les lectrices de Ricochet qui passent par Montréal à aller au théâtre, en gardant à l’esprit les mots d’une grande dame. Voici donc, au lieu d’une revue plus orthodoxe des spectacles de la prochaine saison théâtrale, une liste de productions prometteuses. Elles laissent une place visible à des artistes (et des vies) issues de communautés marginalisées — par leur race et leur sexe, mais aussi leur classe, leur sexualité ou leur santé mentale. J’ai tenu à le souligner.

Propositions théâtrales :

Aux Écuries

Fiel de Marilyn Perreault avec la participation de Harou Davtyan et Lesly Velásquez.

Centre du théâtre d’aujourd’hui

Neuf de Mani Soleymanlou avec la participation de Mireille Métellus.

Aujourd’hui je passe à l’histoire avec le Black Theatre Workshop.

Aalaapi d’Audrey Alasuak, Daniel Capeille, Laurence Dauphinais, Mélodie Duplessis, Caroline Jutras Boisclair, Samantha Leclerc, Louisa Naluiyuk, Marie-Laurence Rancourt et Akinisie Novalinga.

Denise Pelletier

Prouesses et épouvantables digestions du redouté Pantagruel d’après Rabelais et adapté par Gabriel Plante, mise en scène par Philippe Cyr avec la participation de Paul Ahmarani et Cynthia Wu-Mayeux.

La société des poètes disparus de Tom Schulman, mise en scène par Sébastien David et avec la participation de Mustapha Aramis, Étienne Lou et Anglesh Major.

Le scriptarium 2019 avec pour commissaire invité Didier Lucien et tiré de textes d’adolescents.

Espace GO

Le reste vous le connaissez par le cinéma de Martin Crimp, mise en scène par Christian Lapointe avec la participation de Florence Blain Mbaye et Mélissa Larivière.

Quartett de Heïner Muller, mise en scène par Solène Paré.

Espace Libre

Pôle Sud d’Anaïs Barbeau-Lavallette et Émile Proulx Cloutier avec la participation d’habitant.e.s de Centre Sud : Serge Blais, François Julien, Johanne Larose, Mélissa Michaud, Vanessa Michaud, Cybèle Pilon, Marc Ouimet et Jacqueline Vigneault.

Mythe de Mykalle Bielinski avec la participation de Florence Blain Mbaye et Émilie Monnet.

HOME DÉPÔT d’Anne Sophie Rouleau et Marie-Eve Fortier avec la participation de Marilou Craft, Elkahna Talbi, Dany Boudreault et Marie Louise Bibish Mumbu.

La Chapelle

Intersections de Mireille Camier et Ricard Soler Mallol.

Hidden Paradise d’Alix Dufresne et Marc Béland.

Loss d’Ian Kamau présenté dans le cadre d’Actoral Montréal.

La Licorne

Huff de Cliff Cardinal.

La foirée montréalaise du Théâtre Urbi et Orbi avec Geneviève Labelle, Mélodie Noël Rousseau et Tatiana Zinga Botao.

La maison aux 67 langues de Jonathan Garfinkel avec Ariel Ifergan et Mounia Zahzam.

Maison Théâtre

Edgar Paillettes de Simon Boulerice.

Trilogie d’une émigration de Philippe Soldevila.

Prospéro

Omi Mouna de Mohsen El Gharbi.

Ombre Eurydice Parle d’Elfriede Jelinek, mise en scène de Louis-Karl Tremblay avec la participation de Pierre Kwenders.

Quat’sous

Les barbelés d’Annick Lefebvre, mise en scène par Alexia Bürger avec la participation de Marie-Ève Milot.

Chapitres de la chute de Stefano Massini, mise en scène par Marc Beaupré et Catherine Vidal avec la participation de Didier Lucien.

Usine C

Fléau de Dave Saint-Pierre, avec la participation d’Angie Cheng et présenté dans le cadre d’Actoral Montréal.

Windigo de Lara Kramer avec la participation de Jassem Hindi et Peter James.

Théâtre du Nouveau Monde

Le Mystère Carmen d’Éric-Emmanuel Schmitt, mise en scène par Lorraine Pintal avec la participation de Marie-Josée Lord.

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