Élections provinciales 2018

Travailleurs et travailleuses autonomes : un électorat à séduire

Le travail autonome est de plus en plus présent dans la société québécoise. Que proposent les partis pour s'adapter à cette nouvelle réalité?
Photo: Lukas

Par nécessité ou par soif de liberté, un nombre grandissant d’employé-es à travers la province troquent le confort d’un salaire pour l’aventure de la pige. Toutefois, plusieurs travailleurs et travailleuses autonomes peinent à se retrouver dans les discours politiques actuels. Comment le nouveau gouvernement pourrait-il mieux encadrer la «gig economy» québécoise? Les partis se prononcent.

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Il faut avoir vécu dans une bulle pour ne pas avoir constaté dans les dix dernières années la vague de bouleversements qu’a traversé le domaine de l’emploi au Québec. Plus de 500 000 Québécois-es travaillent à leur compte actuellement et le nombre ne fera qu’augmenter dans les prochaines années. Sans compter qu’avec la précarisation de l’emploi, les salariés seront amenés à changer plusieurs fois d’emploi dans une vie.

Alors qu’ils s’apprêtent à remplir le scrutin, quelles solutions concrètes les pigistes peuvent-ils et elles espérer de la part des différents partis?

CAQ : Le réseau Internet haute vitesse à travers le Québec

La CAQ dit vouloir donner un second souffle à l’entrepreneuriat québécois à travers un soutien aux nouvelles technologies. «La CAQ va cultiver les compétences relatives à l’économie du savoir, car de plus en plus de jeunes pigistes œuvrent dans la sphère des hautes technologies», note Sonya Cormier, candidate de la CAQ dans la circonscription de Rosemont. Alors que les bureaux à frais partagés et que le travail à la maison gagne en popularité, le parti mise sur l’accessibilité et la performance des réseaux Internet, notamment en injectant 400 millions de dollars dans l’Internet haute vitesse des régions. «Le modèle du travail est complètement éclaté, donc nous voulons faciliter le travail à distance. Les régions recèlent beaucoup de talent, que ce soit en matière de commerce en ligne, en design ou en montage télé», indique l’ancienne contractuelle.

Bien que l’assurance-emploi soit primordial pour la CAQ, le parti n’encourage pas l’instauration d’une assurance collective exclusive aux travailleurs et travailleuses autonomes.

«La mesure deviendrait trop coûteuse pour le gouvernement, sans compter qu’il existe déjà des structures en place pour bénéficier d’avantages sociaux par l’entremise d’associations», assure Sonya Cormier. Par exemple, les Chambres de commerce permettent aux PME d’accéder à plusieurs avantages sociaux, de la même manière que des associations comme l’ADISQ ou l’UDA proposent des contrats types pour outiller ses pigistes. «On ne peut pas dire qu’il n’existe rien pour se couvrir et nous comptons faire connaître et encourager ces initiatives», conclut-elle.

QS : Le régime d’assurance collective universel

La reconnaissance de nouvelles formes de travail en fiscalité fait partie du programme de Québec solidaire, notamment en modifiant la Loi sur les normes du travail. «Le nouveau code inclurait ce qui est appelé le travail invisible, c’est-à-dire celui effectué par les femmes au foyer, les aidants naturels et aussi certains contractuels. Ces derniers recevraient des rentes prédéterminées et indexées au coût de la vie grâce à un régime de retraite public et universel», détaille Milan Bernard, candidat de Québec solidaire dans la circonscription de Gatineau. L’assurance dentaire pour tous s’appliquerait naturellement aux travailleurs et travailleuses autonomes. «Dans un idéal de répartition des richesses, on parle de garantir un filet social où personne ne passe entre ses mailles, incluant une retraite décente pour tous et toutes», ajoute le candidat.

Milan Bernard ne se dit pas inquiet quant au budget important que nécessitent de telles mesures. «Il y en a de l’argent dans le système. C’est l’enveloppe qui constitue la déficience. On parle actuellement d’une gestion axée sur la performance et le laisser-faire», explique-t-il. Par exemple, avec la proposition de Pharma-Québec, le parti estime que le régime d’assurance-médicaments pourrait réaliser 2 milliards $ d’économies par année.

PQ : Une association pour tous les travailleurs autonomes et «le droit à l’erreur»

Le Parti Québécois se voit l’allié d’une association de travailleurs et travailleuses autonomes encore à fonder. Son chef Jean-François Lisée aiderait cette nouvelle entité à négocier des ententes à bas prix — assurances maladie et médicaments inclus — avec les compagnies privées pour ses membres. Les pigistes pourraient s’inscrire sur une base volontaire.

Choisi pour représenter le PQ dans la circonscription de Gouin, Olivier Gignac est convaincu que les primes resteraient relativement basses, car la majorité des travailleurs autonomes sont jeunes et en bonne santé.

Si les conditions d’éligibilité demeurent encore à définir, le parti espère englober le plus grand nombre possible de contractuels pour offrir des tarifs optimaux en matière d’assurance collective.

Une telle association faciliterait également la tâche d’épargner pour la retraite, une responsabilité que le travailleur autonome moyen doit habituellement gérer lui-même, notamment au moyen de fonds collectifs avec des paramètres de cotisation spécifiques.

Le parti compte enfin soutenir l’élan entrepreneurial québécois en allégeant les procédures pour le nouveau propriétaire, souvent submergé par les pressions financières et humaines que le démarrage d’entreprise entraîne. «J’appelle cette mesure “le droit à l’erreur”. C’est normal de se tromper dans les premières années d’un lancement d’entreprise et l’État doit être indulgent dans la reddition de comptes.», observe-t-il.

Le Parti Libéral du Québec et le Parti Vert du Québec n’ont malheureusement pas donné suite à nos demandes d’entrevue.

À défaut d’un consensus, les organisations vont continuer à chercher une flexibilité dans la mobilisation de ressources promises par les travailleurs et travailleuses autonomes et le désir d’entreprendre n’est pas prêt de s’effacer. Ce seront aux électeurs et électrices et à ses représentant-es que reviendra la tâche de dessiner les contours du bureau de demain.

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