Élections provinciales 2018

Que pensent les Anglos?

On les considère peu dans les campagnes politiques québécoises. Ils sont pourtant une part non négligeable de l'électorat.
Site web de McGill

Dans le cadre de chaque campagne électorale, les journalistes (et les chefs eux-mêmes) s’attardent sur le mystérieux «vote anglophone», souvent présenté comme une bloc homogène. «On regarde tous Coronation Street, on trinque à la santé de la Reine en mangeant nos pâtés de rognon et en buvant notre bière tiède», ironise le journaliste Christopher Curtis dans un tweet récent.

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Dans un autre gazouillis, il promet, à la blague, d’encourager les Anglos à «laisser tomber» le référendum de 1995. «J’en parlerai à notre prochaine réunion. Toujours dans le même bunker à Westmount?...Si vous amenez à manger, assurez-vous d’en avoir assez pour 600 000 personnes!»

C’est effectivement impossible de généraliser sur une population aussi grande et diversifiée que celle des anglophones du Québec. Les jeunes anglophones, majoritairement bilingues et, pour certains, né — es après le référendum, sont particulièrement bien placés pour démontrer la fragilité des vieux clichés. Nous avons fait passer notre mini-sondage électoral à sept jeunes anglo-montréalais — es progressistes sous forme de table ronde. Voici ce qu’ils avaient à dire.

Vous identifiez-vous à un des partis actuels? Lequel?

Joel Bergman, membre de Socialist Fightback McGill-Concordia : Pour moi, Québec solidaire (QS) est la seule vraie option de gauche. L’enthousiasme dans cette campagne est du jamais-vu pour QS et ils ont des propositions audacieuses, comme les soins dentaires gratuits et l’éducation gratuite. Ça fait 11 ans que je suis membre de QS. Je ne suis pas d’accord avec toutes leurs positions — ils ont un peu mal géré la question des couvre-chefs religieux, et des fois ils focalisent trop sur la souveraineté.

Beth McKenna, 28 ans, musicienne : J’hésite entre QS et le Nouveau Parti Démocratique du Québec (NPDQ). Je vote NPD au fédéral. QS a un super programme et j’essaie d’oublier le fait qu’ils appuient l’indépendance du Québec, parce qu’ils ont des meilleurs chances d’avoir des sièges (que le NPDQ).

Joel Verkaik, 34 ans, doctorant : Moi aussi je soutiens le NPD au fédéral, mais je suis plutôt QS au provincial. Je suis irrité par le NPDQ parce que je ne pense pas que c’est le moment de diviser la gauche à cause de questions linguistiques. Aussi, le NPDQ a peur du mot «socialisme,» ce qui n’est pas le cas pour QS. Cela dit, je vote tout sauf Libéral.

Julia Sutera, 22 ans, étudiante : Je suis toujours en train de regarder ce que chaque parti propose. J’aimerais que les partis s’adressent plus aux jeunes. On s’intéresse vraiment aux enjeux, et c’est encourageant d’avoir l’impression d’être écouté-es.

Farnell Morisset, 30 ans, avocat : Je m’identifie plus aux personnes qu’aux partis en tant que tels; les positions des partis changent en fonction des personnes qui sont là!

À vos avis, quel est le plus grand enjeu pour la communauté anglophone en ce moment?

Malcolm Lewis-Richmond, 24 ans, organisateur communautaire : Une étude l’année dernière a montré que plus que la moitié des jeunes anglophones aimeraient quitter la province après leurs études. Il y a un grand travail à faire pour que ces jeunes se sentent intégrés. Même chez les jeunes anglophones qui ont grandi au Québec, qui sont bilingues et qui ont étudié dans des écoles francophones, ils ont encore l’impression que quelque chose les empêche de trouver du travail et de s’épanouir. Quant à ceux et celles qui ont étudié en anglais, ils n’ont pas l’impression d’avoir un niveau de français adéquat.

B.M. : En tant qu’ancienne prof dans le système scolaire anglais, je pense qu’il faudrait mieux financer les écoles anglophones, qui sont vraiment appauvries, ce qui fait que de plus en plus de parents anglophones envoient leurs enfants au privé.

J.V. : Le nombre d’anglophones unilingues au Québec est tragique. On devrait se concentrer sur l’apprentissage des langues. Idéalement, j’aimerais que le système scolaire anglophone soit aboli et que tous les élèves aillent à l’école francophone avec un programme d’anglais renforcé, parce que tout le monde devrait pouvoir bénéficier du bilinguisme.

J.S : L’accès aux services de santé en anglais est un enjeu majeur. Si les anglophones pouvaient être certain-es de pouvoir parler à un médecin dans leur langue chaque fois qu’ils allaient à l’hôpital, ça leur faciliterait la vie.

F.M : Les changements climatiques! La dégradation de l’environnement fait déjà monter les prix de la nourriture... et la famine se fout de la langue dans laquelle tu parles.

Comment vous positionnez-vous par rapport à la question de la souveraineté?

Natalia Garcia, membre de Socialist Fightback McGill-Concordia : Je comprends d’ou vient le désir d’indépendance, mais il faut être conscients de qui met ces idées sur la table et de quels sont leurs intérêts. Si, après l’indépendance, des capitalistes québécois-es continuent à contrôler l’économie et la société, ce n’est pas idéal pour les ouvriers québécois-es, qu’ils soient francophones, anglophones ou allophones.

J.B. : Je suis souverainiste, mais je ne suis pas nationaliste. Dès mon enfance, le symbolisme nationaliste m’a toujours mis très mal à l’aise. Le nationalisme canadien n’est pas progressiste. Mais un référendum sur la souveraineté, ça n’arrivera pas. (Les souverainistes) ont eu leur tour.

B.M. : Je ne suis pas souverainiste...Entre autres raisons, en tant que Néo-Écossaise d’origine, si jamais le Québec se sépare, on est coupés du reste du pays!

F.M : Je suis un nationaliste québécois et un fédéraliste canadien. Je n’y vois pas de contradiction — la Constitution est faite pour permettre à la nation québécoise de s’épanouir dans un Canada uni. L’idée d’un référendum ne m’inquiète pas plus que ça, parce qu’il n’y a aucun parti qui propose d’en faire un lors de leur premier mandat.

La question de la Charte de valeurs et de l’accommodement dit raisonnable a joué un rôle prépondérant dans la dernière élection et continue d’y jouer un rôle cette fois. Est-ce que la question de l’«accommodement raisonnable» est importante pour vous?

M.L-R. : On vit dans une société ouverte et il faut que ceux et celles qui nous représentent comprennent ça! J’étais très déçue de l’ampleur du débat sur les signes religieux en 2014. Pour moi, l’environnement et la fin de notre dépendance du pétrole sont des priorités infiniment plus grandes.

Les partis semblent tous être d’accord sur le fait qu’on a besoin d’un système de transport plus efficace, mais leurs visions pour le faire sont très différentes. Qu’est-ce qu’un système de transport efficace pour vous?

B.M. : J’aime bien la politique de QS sur les voitures électriques. Ça ne me dérange pas qu’ils interdisent (graduellement) des voitures à essence afin de favoriser les voitures électriques. Les services de train sont aussi horribles à l’heure actuelle; je suis assez optimiste pour ce qui est du nouveau REM (Réseau express métropolitain).

J.S. : Je passe environ quatre heures par jour dans le transport public. J’aimerais voir un plan de mobilité qui est respectueux envers l’environnement et utilise des ressources existantes. J’aimerais que la province collabore avec la ville pour faire construire la ligne rose du métro, qui me changerait vraiment la vie.

Croyez-vous qu’une consultation sur le racisme systémique est nécessaire ou utile?

J. B. : Ça dépend. Beaucoup de communautés demandent une telle consultation, et c’est clair que le racisme systémique existe, mais on a besoin de plus qu’une commission. On a besoin d’action... mais on n’en aura pas des partis établis, parce que ça ne les intéresse pas!

F.M. : Oui, pourvu que les personnes qui la dirige soient non partisans ou issues de divers partis. Il faut en finir avec le tabou qui entoure toute discussion du racisme et accepter que des accusations de racisme ne sont pas par définition des accusations de faute morale. C’est possible pour une personne de se comporter d’une façon raciste, ou de faire partie d’un système raciste, sans en avoir l’intention. C’est même très fréquent. Il ne faut pas se sentir personnellement heurté par des allégations de racisme.

Quels sont les grands enjeux oubliés de cette élection, à vos avis?

N.G. : On ne parle pas assez de l’enjeu de classe et de l’impact que ça peut avoir sur l’accès à l’éducation, aux bons emplois et aux services... mais les récentes propositions et interventions de QS commencent enfin à aborder la question, et les électeurs et électrices s’y intéressent de plus en plus.

J.B. : Au cours de l’été, il y avait une vague de grèves et de lockouts, sans beaucoup d’attention de la part des politicien-nes, sauf de quelques candidat-es QS. C’est une grande opportunité pour QS de se présenter comme le parti de la classe ouvrière.

M. R. : Il n’y a aucun parti qui parle du problème des stages non payés pour les étudiant-es et les jeunes. Ça n’a aucun sens — comment les jeunes vont-ils payer leur loyer et leur épicerie s’ils ne sont pas payés?

J.V. : J’aimerais qu’on se remette à parler de la représentation proportionnelle!

J.S. : Il faudrait trouver une façon de parler non seulement de l’implication des jeunes, mais de les impliquer vraiment. Ce serait un avantage pour tous les partis. D’ailleurs, c’est génial de voir un si grand nombre de candidat-es jeunes!

B.M. : Surtout après l’été qu’on a eu, je pense que ce sera impératif de parler plus du climat.

F.M. : Les changements climatiques — parce que le reste n’a aucune importance si on ne peut plus respirer, manger ou boire — et l’évasion fiscale, parce que si des criminels continuent à voler de l’argent qui appartient à tout le monde, les promesses de campagne ne servent pas à grand-chose!

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