Politique américaine

Élections de mi-mandat : quatre courses cruciales pour les progressistes

Photo: Inconnu

À quelques jours des élections américaines de mi-mandat, les démocrates tempèrent quelque peu leur prophétie d’une grande vague bleue le 6 novembre. Pour autant, des gains significatifs sont escomptés et l’aile gauche du parti peut espérer marquer des points dans certains scrutins localisés.

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Une révolution? Non sire, une simple révolte. En dépit de primaires démocrates très disputées entre mars et octobre, les progressistes américains approchent les générales de novembre avec des perspectives modestes : seule une poignée de leur candidat.e.s figurent au sein de la centaine de courses réputées compétitives. Ceci étant, à travers les 50 États et les multiples niveaux d’administration concernés, où regarder dans les jours à venir?

À l’évidence, à la seule Chambre des représentants, près d’une dizaine d’élections mériteraient a priori une attention particulière. A New York, une victoire de la jeune socialiste Alexandria Ocasio-Cortez en ferait la plus jeune femme jamais élue au Congrès, et mettrait sur les rails une future leader démocrate. Au Nouveau-Mexique, le succès de Deb Haaland en ferait la première législatrice autochtone à siéger à Washington. Au Minnesota et au Michigan, des victoires de Ilhan Omar et Rashida Tlaib feraient entrer les deux premières femmes musulmanes au Congrès.

Ce sont toutes là des perspectives éminemment intéressantes, seulement voilà : les districts en question étant tous bleu foncé, ces courses sont pratiquement déjà gagnées pour les progressistes.

Pour qui entend mesurer la performance de l’aile gauche démocrate ces prochains jours, il sera donc probablement plus judicieux de se concentrer sur des élections compétitives. On peut en identifier au moins quatre qui risquent d'être particulièrement significatives.

1) Andrew Gillum (Floride, gouverneur)

C’est, de l’avis général, le meilleur espoir des progressistes américains. Andrew Gillum, 39 ans, ancien maire de Tallahassee et protégé de Bernie Sanders, est en lice pour devenir le premier gouverneur afro-américain de Floride. Faisant notamment campagne sur une assurance maladie universelle et le développement d’une économie verte, il affiche actuellement une moyenne de 3,2% d’avance dans les intentions de vote face au républicain Ron DeSantis (selon le site RealClear Politics).

Au-delà d’une emprise progressiste sur le troisième État le plus populeux du pays, une victoire de Gillum serait intéressante à plusieurs égards. D’une part, contrairement aux courses par district, les élections de gouverneurs livrent un diagnostic assez fidèle de l’humeur électorale d’un État dans son ensemble. Si un démocrate devait s’y imposer, cela signalerait une reconfiguration notable de l’électorat d’une Floride perdue en 2016 par Hillary Clinton. D’autre part, jeune, issu des minorités et devenu gouverneur du plus gros des swing states, Gillum s’imposerait du jour au lendemain comme une personnalité politique américaine de premiers plans. Il constituerait, entre autres exemples, un colistier de choix pour une candidature présidentielle en 2020…

2) Stacey Abrams (Géorgie, gouverneure)

Elle aussi alliée de Bernie Sanders, Stacey Abrams pourrait également devenir la première afro-américaine à gouverner son État (en vérité, la première gouverneure noire tout court). Grosse différence, toutefois, l’État en question est la Géorgie, bastion conservateur du Sud. Qu’à cela ne tienne, elle affiche actuellement moins de 1% de retard dans les intentions de vote face à son adversaire Brian Kemp. Un tour de force suffisant pour que le Time Magazine place Stacey Abrams en une de son édition du mois d’août.

Ici aussi, une victoire en Géorgie présenterait un caractère particulier pour les démocrates. Le sud, territoire globalement acquis aux républicains depuis les années 1960, subit une lente, mais profonde transformation démographique : actuellement, un quart de sa population a moins de 20 ans, et de plus en plus de «nordistes» viennent s’y établir, attirés par son faible coût de la vie et ses villes en rapide expansion. La campagne à succès de Stacey Abrams pourrait bien constituer une première fissure dans la carapace conservatrice du Sud.

3) Beto O’Rourke (Texas, sénateur)

Jadis bassiste d’un groupe punk, Beto O’Rourke est, au sens figuré comme littéral, la nouvelle rockstar démocrate. Candidat comme sénateur au Texas, il a défié tous les pronostics en s’approchant jusqu’à 3% du candidat sortant, l’ultra-conservateur Ted Cruz (rival de Donald Trump à la primaire républicaine de 2016). Les mauvaises langues diront sans doute que c’est parce que Ted Cruz est l'un des politiciens les plus détestés d’Amérique. Reste que faire campagne au Texas en critiquant la militarisation de la frontière et la fracturation hydraulique relève malgré tout de l’exploit.

Si O’Rourke contribue aux (maigres) espoirs démocrates de reprendre une majorité au Sénat, il demeure pour l’heure en position difficile. L’un des défis majeurs pour lui est de déjouer la rhétorique du vote ethnique, autrement dit réussir à mobiliser l’électorat latino (force montante au Texas) sans pour autant s’aliéner les indépendant.e.s blanc.he.s. S’il y parvient, sa campagne livrera d’intéressantes leçons aux progressistes d’États à fort potentiel comme l’Arizona ou le Nevada.

4) Richard Cordray (Ohio, gouverneur)

C’est peut-être l’une des courses étant, à tort, la plus passée sous le radar médiatique. Au cœur de la Rust Belt, Richard Cordray est en position de tête pour devenir le prochain gouverneur de l’Ohio : il affiche une moyenne de 2,7% d’avance dans les sondages. Cordray, un protégé de l’influente sénatrice progressiste Elizabeth Warren, a dirigé pendant 7 ans le Consumer Financial Protection Bureau, organe fédéral crée au lendemain de la crise de 2008 pour protéger les citoyen.ne.s des abus de l’industrie financière.

Si le candidat n’apparait que peu charismatique, sa campagne n’en est pas moins hautement intéressante. Remporté haut la main par Donald Trump en 2016, l’Ohio est un de ces États industriels du Midwest où la fameuse figure du angry white man donne des migraines aux démocrates. Misant sur son image de croisé anti-Wall Street et faisant campagne sur des enjeux touchant directement la classe moyenne blanche (notamment la crise des opioïdes), Cordray pourrait détenir une recette efficace pour remobiliser la base ouvrière démocrate.

En-dehors de l’arène représentative, les progressistes américains pourraient également enregistrer d’importantes victoires dans le domaine des idées et politiques publiques le 6 novembre.

En Floride (encore elle), les citoyen.ne.s se prononceront sur un projet de loi visant à redonner le droit de vote à plus d’un million d’ex-détenu.e.s. En Arkansas et au Missouri, deux des États américains les plus pauvres, un referendum décidera de l’augmentation du salaire minimum (à 11$ et 12$ de l’heure respectivement). Moins couverts médiatiquement, de tels scrutins n’en livreront pas moins un aperçu intéressant de l’attractivité de certaines idées progressistes dans des régions réputées modérées voire plutôt conservatrices.

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