Politique américaine

Élections de mi-mandat : des résultats ambigus mais quelques leçons claires

Les deux partis revendiquent la victoire de ces élections de mi-mandat. Tour d'horizon de ce qu'il en est vraiment.
Photo: AgnosticPreachersKid

Au lendemain des élections de mi-mandat aux États-Unis, difficile de lire entre les lignes : les deux partis crient victoire, certaines courses feront l’objet d’un recomptage et, si coups d’éclat il y a eu, ils ne se sont pas produits là où les sondages les annonçaient. Que retenir de ces midterms ardemment disputées ?

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«Notre verre est à moitié plein, le vôtre à moitié vide». C’est en quelque sorte la phrase que s’échangent les partis démocrates et républicains après les élections de mi-mandat : chacun revendique la victoire, souligne ses succès et minimise ses coups durs. Les médias, suivant qu’ils penchent à gauche ou à droite, affirment que la fameuse «vague bleue» a bel et bien déferlé ou au contraire brille par son absence. Pour ne rien arranger une quinzaine de courses demeurent trop serrées pour être tranchées, et certaines feront l’objet d’un recomptage (en Floride notamment).

Côté démocrate, on affirme que l’on a gagné, puisque la Chambre des représentants est reconquise (au moins 27 sièges repris sur les 23 nécessaires). Côté républicain, on dit avoir gagné aussi, puisque la majorité au Sénat n’est pas seulement maintenue, mais consolidée (de trois sièges supplémentaires, possiblement). Face à des résultats ambigus et une avalanche de statistiques parfois contradictoires, que retenir de ces élections de mi-mandat?

Il est évidemment difficile de résumer plus de 500 élections individuelles en quelques lignes, et dans l’ensemble, les constats majeurs ont déjà été soulignés par tous les grands médias. Pour qui veut lire entre les lignes, toutefois, quelques leçons importantes peuvent être identifiées de part et d’autre.

Pour les démocrates :

  • La distorsion électorale fait de gros dégâts : à la Chambre des représentants, les démocrates ont enregistré un avantage de 7 % dans le vote populaire, au Sénat ils ont cumulé 9 millions de voix de plus, pourtant, leurs gains globaux s’avèrent assez modestes. Même si la donnée n’est pas nouvelle, les midterms confirment que la structure du système électoral, et de surcroît les manœuvres républicaines des dernières années pour modeler celui-ci à leur avantage continuent de payer : le Gerrymandering et les diverses lois restreignant le droit de vote, entre autres, ont vraisemblablement privé (ou risquent de priver, puisque tous les résultats ne sont pas officialisés) les démocrates de sièges à leur portée dans des États comme la Floride ou la Géorgie. Si la démographie continue de jouer leur en faveur à l’échelle nationale, ceux-ci ont encore de vastes efforts à entreprendre pour en récolter les fruits. Ceci étant, le succès hier soir d’une initiative pour redonner le droit de vote aux anciens condamnés en Floride constitue un premier pas dans cette direction.

  • Les coups d’éclat démocrates ne se sont pas produits où on les attendait : les sondages annonçaient entre autres une reprise du siège de gouverneur de l’Ohio (un swing state), c’est finalement celui du Kansas (un État rouge) qui a créé la surprise. À la Chambre des représentants les démocrates escomptaient de gros gains dans leur fief californien, pour l’heure ce sont surtout des districts en Caroline du Sud, en Oklahoma et en Virginie qui ont fait une grosse différence. S’il est trop tôt pour en tirer de grandes conclusions, une interprétation possible de ces surprises est que l’assise électorale démocrate est désormais un peu moins tributaire de lignes géographiques nationales (Nord contre Sud, côtes contre arrière-pays) et un peu plus centrée sur la territorialité locale : les banlieues, notamment, semblent désormais présenter un potentiel intéressant, même dans des États rouges.

  • Les progressistes restent en état de siège : Andrew Gillum en Floride, Stacey Abrams en Géorgie, Beto O’Rourke au Texas, Ben Jealous au Marlyand, Kara Eastman au Nebraska… les grands espoirs progressistes ont toutes et tous subi une douche froide mardi soir. Certes, des figures comme Alexandria Ocasio-Cortez ou Ayanna Pressley ont remporté (sans surprise) haut la main leurs circonscriptions, mais le constat demeure : l’aile gauche démocrate n’est pas parvenue à s’étendre significativement au-delà des grandes villes des côtes. Plusieurs stratèges démocrates en retirent d’ores et déjà des leçons pour 2020, estimant que seul un.e candidat.e modéré.e (comme Joe Biden ou la sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar) pourra empêcher la réélection de Donald Trump.

Chez les républicains :

  • Le pire est évité, mais la pression s’accroît : si les républicains ont solidifié leur majorité au Sénat, c’est notamment parce que la carte électorale leur était immensément favorable (sur les 35 sièges soumis à élection, ils n’en défendaient que 8). S’ils ont limité les dégâts à la Chambre des représentants, les données montrent que pas moins de 317 districts ont voté «plus bleu» qu’en 2016. On observe aussi que les femmes blanches, un groupe pivot, ont plus fortement appuyé les démocrates mardi, de même que les jeunes, dont le taux de participation a augmenté de 11 % par rapport aux midterms de 2014. En somme, bien que les républicains puissent compter sur certains avantages structurels (tels que le découpage électoral), plusieurs indicateurs électoraux ont de quoi les inquiéter.

  • La marque Trump reste un puissant moteur : en Indiana et en Ohio, au moins deux élections clés pronostiquées en faveur des démocrates semblent avoir été en large part sauvées grâce aux multiples visites de Donald Trump dans ces États. En Floride et au Tennessee, deux candidat.e.s républicain.e.s en difficulté (Ron DeSantis et Marsha Blackburn) l’ont finalement emporté, après avoir fait campagne en tant que trumpistes assumés. On disait de Donald Trump qu’il couterait beaucoup de sièges aux républicains lors de ces midterms, force est de constater qu’il leur en a fait gagner plusieurs également. Alors que beaucoup d’analystes annonçaient que toute l’élection tournerait autour du taux de participation, il apparait que le style du président, ses déclarations incendiaires et ses réunions endiablées restent un outil sans pareil pour «faire sortir le vote» républicain.

  • Le Midwest a (re)basculé : clé de voute de la victoire de Donald Trump en 2016, les États des Grands Lacs et de la rustbelt ont largement redonné gain de cause aux démocrates hier. Ces derniers ont arraché près d’une douzaine de sièges de représentants et trois sièges de gouverneurs aux républicains, dans cette région (dés)industrialisée où le désenchantement ouvrier tourmente les directeurs de campagne. Les résultats en Pennsylvanie au Michigan et au Wisconsin s’avèrent particulièrement préoccupants pour les républicains en vue de 2020 : si leur recul devait s’y confirmer, ils perdraient la marge de grands électeurs nécessaires à faire réélire Donald Trump. La question est maintenant de savoir lequel de ces deux basculements du Midwest, celui de 2016 en faveur des républicains, ou celui de 2018 en faveur des démocrates, fait figure d’anomalie.

En somme, si chacun des deux partis peut se targuer de quelques succès, aucun ne peut se reposer sur ses lauriers pour autant. D’ailleurs, ces midterms 2018 ont livré de curieuses contradictions électorales en plusieurs lieux. Des États comme le Nebraska ou le Missouri ont balayé de solides candidat.e.s démocrates, tout en approuvant des référendums étendant le salaire minimum et l’assurance maladie publique. L’Iowa conserve un gouverneur républicain, tout en redonnant deux de ses quatre districts à des représentants démocrates. Paradoxalement, si Donald Trump ne fait pas dans la nuance, l’ère politique qu’il a initiée en recèle malgré tout.

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