Trente ans après Gagnon, la Côte-Nord toujours à l’âge de fer

Valérian Mazataud

Le 12 octobre 1984, les habitants et habitantes de Gagnon réunis à l’église apprennent la nouvelle: leur ville va bel et bien fermer, directement victime – comme Schefferville deux ans plus tôt – de la crise sidérurgique américaine. Le maire est catégorique: c’est la monoculture du fer qui a tué Gagnon. De Port-Cartier à Fermont, les Nord-Côtiers sont sous le choc. Il est urgent de diversifier l’économie régionale afin d’éloigner une fois pour toutes l’épée de Damoclès qui plane sur leur vie. Trente ans plus tard, alors qu’une autre crise plombe le marché du fer, la Côte-Nord n’est pas mieux équipée.

Votre annonce ici
Vous n'aimez pas les publicités?
Les publicités automatisées nous aident payer nos journalistes, nos serveurs et notre équipe. Pour masquer les annonces automatisées, devenez membre aujourd'hui:
Devenez membre
Valérian Mazataud

Sur la monotone route 389, la rue 1 est tout ce qu’il reste de l’ancienne ville de Gagnon. Sans elle, on oublierait aisément que, dès 1960, près de 2000 personnes se sont installées sur ces douces collines hérissées d’épinettes noires dans l’espoir d’améliorer leur sort.

Valérian Mazataud

Les restes de la station-service de Gagnon. En 1966, la ville compte près de 4000 habitants. Ils dépendent entièrement de la mine voisine de Lac Jeannine, exploitée par la compagnie minière Québec Cartier – une filiale de l’américaine U.S. Steel. En 1974, la société d’État Sidbec Normines rachète Gagnon dans l’espoir d’exploiter le gisement Fire Lake, à 80 km au nord. La ville de Gagnon n’a qu’une seule fonction: approvisionner en minerai de fer l’usine de bouletage de Port-Cartier. Or, avec la crise de 1980, le marché de l’acier s’essouffle. Dès 1982, une commission parlementaire recommande la fermeture de la ville.

Valérian Mazataud

Voie de chemin de fer désaffectée près de la mine Scully à Wabush, Labrador. La mine, propriété de l’américaine Cliffs Natural Resources, a cessé ses activités en février 2014, entraînant la disparition de 500 emplois. Avec la fermeture annoncée de la mine Lac Bloom à Fermont, également opérée par Cliffs, la filière du fer aura éliminé près de 1300 emplois dans la région depuis 2013.

Valérian Mazataud

L’usine de bouletage de Port-Cartier, près de Sept-Îles, d’une capacité annuelle de neuf millions de tonnes. Grâce à son projet d’expansion – lancé en 2011 – et sa gestion intégrée, ArcelorMittal Canada reste l'un des rares joueurs capables de faire face à la chute du cours du fer. Entre 2011 et 2014, la tonne de concentré a perdu plus de la moitié de sa valeur, passant de 180$ à moins de 80$.

Valérian Mazataud

Andy Robertson, vice-président aux communications chez Alderon Iron Ore, sur le site du projet de mine de fer Kami, au Labrador, à quelques kilomètres de Fermont. La minière, qui promet de recruter ses futurs employés à Labrador City, a redonné espoir à la région. Malheureusement, elle peine à boucler son financement et a dû retarder la construction de sa ligne électrique. Il n'existe présentement aucun échéancier pour la reprise des travaux.

Valérian Mazataud

Martin Murray, 34 ans, et Pierre Thibodeau, 56 ans, nés respectivement à Gagnon et Schefferville. Ils appartiennent tous deux à l'équipe d'entretien du célèbre mur de Fermont, où logent plus de 2000 personnes. Comme des centaines d'autres dans les années 1980, ils se sont installés à Fermont à la suite de la fermeture de leur ville natale. ArcelorMittal emploie plus du tiers des habitants de Fermont et possède la majorité du parc immobilier de cette ville du 52e parallèle.

Valérian Mazataud

À une vingtaine de kilomètres de Fermont, la ville de Labrador City, fondée dans les années 1960, retient son souffle à la suite de la fermeture définitive de Wabush Mines, en octobre dernier, et aux déboires d’Alderon. La mine Carol Lake de Rio Tinto IOC, dont dépendent ses 10 000 habitants, tiendra-t-elle le coup face à la crise?

Valérian Mazataud

Petite exploitation de quartz près de Fermont. Trente ans après la fermeture de sa voisine Gagnon, la ville ne s’est pas suffisamment diversifiée pour faire face à la crise: ses 3000 habitants dépendent encore et toujours de la mine Mont-Wright d’ArcelorMittal. Le discours du dernier maire de Gagnon, René Coicou, en octobre 1984, ne s’est jamais démenti: «Une ville mono-industrielle subit les moindres fluctuations du marché de son industrie de base et demeure ainsi toujours vulnérable. Quel effort le gouvernement a-t-il consacré à la prospection, à la recherche et au développement de nos richesses naturelles, fauniques et touristiques? Aucun.»

Poursuivez votre lecture...
PODCAST
Fil Rouge - Épisode 1
16 avril 2018
Extrême droite
Retour de la violence en Grèce avec le parti Aube dorée
Rémy Bourdillon
23 avril 2018