Politique AMéricaine

Chez les démocrates, un combat darwinien pour 2020

À un an des élections, distingue-t-on déjà des favoris parmi les concurrent.e.s pour 2020 ?
Photo: Florian Hahn

Neuf candidatures démocrates sont déjà officialisées en vue de la primaire présidentielle de 2020, et plus d’une dizaine d’autres pourraient suivre dans les prochaines semaines. Alors que douze longs mois de campagne sont supposés les distinguer, certains facteurs structurels pèsent déjà dans la balance. Quels sont-ils, et à qui devraient-ils profiter ?

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Dimanche dernier, la sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar est venue ajouter un peu plus de concurrence à une course à l’investiture démocrate d’ores et déjà très disputée. Au moins une dizaine, voire une vingtaine d’autres candidats pourraient suivre prochainement.

Bien évidemment, à tout juste un an des prochains caucus de l’Iowa, tout reste encore à faire. Les concurrent.e.s (confirmé.e.s ou potentiel.le.s) sont très éclectiques, et les règles du jeu électoral américain ont significativement évolué depuis 2016. Ce qui s’annonce comme une mêlée interminable et cacophonique devrait inciter à se garder de grandes analyses à ce stade. Pourtant, à peine la campagne commencée, plusieurs facteurs incontournables différencient déjà les candidat.e.s et pèsent sur leurs campagnes à venir.

« Ce nom-là ne me dit rien »

Name recognition is everything ; cette idée semble banale, et pourtant, on ne vote pas pour quelqu’un dont on ignore le profil, voire l’existence. Nombre d’études l’ont démontré : l’électeur américain moyen n’est pas vorace d’ information et ne cherche que rarement à se renseigner sur l’ensemble des candidat-es en lice. Une première nécessité pour concourir est donc de se faire connaître, de capter l’attention du grand public et de la conserver. Le sénateur du Vermont Bernie Sanders, s’il n’est pas encore officiellement dans la course, peut déjà compter sur une notoriété à l’échelle nationale acquise durant sa campagne de 2016. A l’inverse, John Delaney, représentant du Maryland, est déjà bel et bien candidat mais demeure un illustre inconnu (et pourrait bien le rester).

Joe Biden, très populaire ancien vice président est candidat pressenti pour 2020.

Ainsi, de toutes les candidatures potentielles pour 2020, certaines partent avec une bonne longueur d’avance. Joe Biden, le populaire ancien vice-président de Barack Obama et candidat pressenti pour 2020, suscite déjà une attention permanente. Tout le contraire de Julian Castro, lui aussi ancien membre du cabinet d’Obama, passablement tombé dans l’oubli depuis trois ans. Malgré un pedigree prometteur (jeune, latino, charismatique) l’on peut légitimement douter qu’il parviendra à revenir au centre de l’attention.

D’autres figures intéressantes comme la représentante de Hawaii Tulsi Gabbard risquent bien de rester en marge du cycle de nouvelles, quand bien même elles pourraient a priori séduire une bonne part de l’électorat. En d’autres termes, le profil, l’expérience et la plateforme d’un.e candidat.e jouent assurément un rôle dans une campagne, mais encore faut-il que les électeurs en connaissent l’existence.

Qui plus est, de tels déséquilibres ne seront qu’accentués par le fait que les candidat.e.s occupant actuellement des postes électifs – au Congrès en particulier – pourront exploiter les tribunes dont ils disposent déjà, alors que les outsiders devront lutter pour se voir donner la parole dans le débat public. La sénatrice du Massachussetts Elizabeth Warren présente actuellement un bon exemple d’activisme législatif permettant d’attirer l’attention médiatique.

Ceci étant, toute loi vient avec ses nuances : ancienneté n’est pas notoriété et certaines figures bien établies, dont la sénatrice de l’État de New York Kirsten Gillibrand, sont d’ores et déjà éclipsées par des étoiles montantes présentant une « fraicheur » recherchée par la machine médiatique. C’est particulièrement le cas de l’ex-représentant du Texas, Beto O’Rourke, dont la décision de concourir ou non devrait survenir fin février.

Les primaires sont une affaire de séquence : qui remporte un ou deux des premiers États à voter engrange un momentum qui lui confère de bonnes chances de s’imposer dans les États suivants. C’est la raison pour laquelle tous les candidat.e.s en lice pour 2020 ont visité l’Iowa dans les dernières semaines.

Une affaire de séquence

Quels que soit le contexte politique ou l’humeur de l’électorat américain, les primaires présidentielles sont régies par une constante : elles commencent en Iowa, se poursuivent au New Hampshire, et sont bien souvent déjà tranchées au Super Tuesday, soit un mois à peine après le début des élections (qui s’étalent pourtant jusqu’à l’été). En d’autres termes, les primaires sont une affaire de séquence : qui remporte un ou deux des premiers États à voter engrange un momentum qui lui confère de bonnes chances de s’imposer dans les États suivants. C’est la raison pour laquelle tous les candidat.e.s en lice pour 2020 ont visité l’Iowa dans les dernières semaines.

Séduire l’Iowa lorsqu’on vient de Californie, ou le New Hampshire lorsqu’on vient du Texas requiert un brin de stratégie électorale. La démarche, toutefois, est plus aisée si l’on est issu d’un État géographiquement proche : l’on aura de bonnes chances d’y être déjà connu.e, potentiellement populaire, et probablement d’y avoir des relais sur le terrain – dans les structures partisanes locales, notamment. Ce n’est pas un hasard si Bernie Sanders (alors encore peu reconnu) remporta haut la main les primaires 2016 du New Hampshire, voisin du Vermont. En d’autres termes, les candidat.e.s provenant d’États proches de ceux votant en premier bénéficient d’un avantage non-négligeable.

Ce n’est donc peut-être pas un hasard non plus si plusieurs candidat.e.s potentiel.le.s pour 2020 présentent justement cette caractéristique. En ce qui concerne les Caucus de l’Iowa, la sénatrice du Minnesota voisin, Amy Klobuchar, pourrait justement compter sur un sérieux avantage. Au New Hampshire, il en va de même d’Elizabeth Warren, sénatrice du Massachussetts adjacent, ou de Kirsten Gillibrand, sénatrice du très proche État de New York (s’y ajouterait évidemment le vermontois Bernie Sanders).

Ceci étant, la sénatrice de Californie Kamala Harris, bien que très éloignée du Midwest et de la Nouvelle Angleterre, dispose d’un sérieux joker dans sa manche : le Nevada voisin est le troisième État à voter aux primaires, et la Californie vient de s’avancer dans le calendrier électoral, redoublant son poids dans la séquence.

Si la géographie joue fortement dans la séquence électorale des primaires, la démographie n’est pas en reste. C’est même devenu un enjeu de premier ordre chez les démocrates, dont la base électorale repose de plus en plus fortement sur les minorités ethniques.

De la démographie en Amérique

Si la géographie joue fortement dans la séquence électorale des primaires, la démographie n’est pas en reste. C’est même devenu un enjeu de premier ordre chez les démocrates, dont la base électorale repose de plus en plus fortement sur les minorités ethniques. En d’autres termes, il ne suffit plus simplement de séduire l’Iowa et le New Hampshire (à 90% blancs) pour s’assurer la nomination du parti. Le jour crucial du Super Tuesday, qui survient en cinquième position dans la séquence des primaires, met en jeu un électorat éminemment diversifié, tout en recelant une masse critique des délégués nécessaires à remporter l’investiture. De quoi renverser, peut-être, le momentum de départ d’un.e favori.te.

D’ailleurs, il apparaît déjà que certain.e.s candidat.e.s semblent baser leur stratégie sur un rebond « ethnique » et quantitatif dans la seconde phase de la séquence des primaires. L’enjeu est d’autant plus critique que les prétendant.e.s issu.e.s des minorités ne font plus du tout figure d’anomalies. De fait, on en compte déjà quatre en vue de 2020 : Kamala Harris (d’ascendances jamaïcaine et indienne), Cory Booker (sénateur afro-américain du New Jersey), Julian castro (d’origines mexicaines) et Tulsi Gabbard (Samoane-Américaine de confession hindoue). Il va sans dire que leur affiliation jouera considérablement auprès des groupes concernés.

Certes, provenir des minorités n’est pas la seule condition pour en mobiliser l’électorat. Pour autant, la campagne 2016 de Bernie Sanders a délivré une leçon claire : désormais, une candidature démocrate – même très sensible aux questions identitaires – qui n’a pas au préalable bâti de solides liens et relais auprès des minorités ethniques part avec un sérieux (fatal?) handicap. En la matière, même avec un message résolument progressiste, les concurrent.e.s issu.e.s de milieux très White Anglo-Saxon Protestant, «WASP», tels Elizabeth Warren, Amy Klobuchar ou le sénateur d’Ohio Sherrod Brown, auront fort à faire pour aller séduire les afro-américains et latinos, et survivre au-delà du Super Tuesday.

Bien évidemment, bon nombre d’autres variables rentreront en ligne de compte d’ici le début des élections : débats télévisés, levée de fonds, crise nationale, coups d’éclats ou maladresses médiatiques, squelettes dans le placard et Trumperies en tout genre… Toutefois, si les primaires sont une route tortueuse et accidentée, il apparaît que quelques facteurs structurels favorisent ou plombent déjà certain.e.s candidat.e.s. Ces dynamiques favoriseront-elles la nomination du/de la meilleur.e candidat.e pour battre Donald Trump aux élections générales? Ça, c’est une autre affaire.

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