Partenaire de Transition Énergétique Québec

Énergir incite les propriétaires d’immeubles résidentiels à se tourner vers le gaz plutôt que l’électricité

Cette initiative est loin de contribuer à la lutte aux changements climatiques
Photo: stevepb

Énergir, mieux connu sous le nom de Gaz Métro, vient de lancer une campagne pour convaincre les propriétaires d'immeubles résidentiels d'abandonner leurs systèmes de chauffage à l'électricité - et non seulement au mazout - pour utiliser plutôt le gaz naturel.

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Une initiative pour le moins curieuse de la part de cette entreprise officiellement «partenaire de premier ordre» de Transition énergétique Québec (TEQ), un organisme du gouvernement québécois qui vise la réduction des gaz à effet de serre.

Énergir offre une subvention pouvant atteindre 7000 $ aux entrepreneurs d’immeubles locatifs pour qu’ils passent de l’électricité au gaz. L’aide financière à l’achat d’appareils à gaz naturel est valide en tout temps, mais elle est bonifiée jusqu’au 28 avril. Énergir fait valoir que l’économie annuelle peut être de 4371 $ par année en passant au gaz, pour un immeuble résidentiel de six logements. Selon la publicité, le chauffage au gaz d’un tel immeuble peut en effet coûter seulement 7604 $ par année, contre 11 880 $ pour le chauffage à l’électricité. «Le gaz naturel est moins cher que l’électricité et le mazout, ajoute Énergir dans un message adressé à sa clientèle d’affaires. Comme vous le savez, l’énergie est un facteur important de vos coûts d’opération. La réduction de votre facture de chauffage ou d’eau chaude représente donc des économies substantielles pour votre entreprise.»

Dépliant d'Énergir

Un gaz à effet de serre

Contacté à la mi-février, un représentant d’Énergir a expliqué que la compagnie considère Hydro-Québec comme un concurrent dans la vente d’énergie. De son côté, la société d’État n’est pas dans une situation où elle peut se permettre de perdre des clients, mais elle n’a pas lancé de nouvelle campagne pour défendre sa part de marché, même si elle nage dans les surplus d’électricité à ne plus savoir qu’en faire. L’été dernier, faute d’acheteurs, Hydro-Québec a ouvert ses barrages qui menaçaient de déborder, jetant ainsi à l’eau 10 milliards de kilowattheures, ou 500 millions de dollars.

Énergir, Gazifère et Hydro-Québec ont participé à l’élaboration du Plan directeur en transition, innovation et efficacité énergétiques du Québec 2018-2023 avec TEQ, un organisme créé en 2017. Gazifère, basée à Gatineau, est une filiale d’Enbridge Energy Distribution, propriétaire du pipeline 9B qui a inversé son flux en 2015 pour transporter du pétrole de l’Ouest vers Montréal. Pour l’instant, cette entreprise n’offre pas de subventions pour la conversion de l’électricité au gaz dans les systèmes de chauffage. TEQ se finance entre autres par des quotes-parts versées par les distributeurs d’énergie : c’est Hydro-Québec qui paye la part du lion, 69% du total, soit presque 300 millions de dollars pour la période couverte par le plan.

Dans la préface du Plan directeur, le premier ministre Philippe Couillard soulignait ceci : «La transition énergétique consiste à revoir nos habitudes de consommation d’énergie, à devenir moins dépendants des hydrocarbures et à faire en sorte que l’offre d’énergie renouvelable produite chez nous puisse répondre aux besoins de la population. C’est un virage qui nous rejoint toutes et tous, car il contribue à lutter contre les changements climatiques et à améliorer nos modes de production.»

De prime abord, de voir Énergir, partenaire de TEQ, lancer un programme pour convaincre des propriétaires d’abandonner l’électricité pour le gaz ne semble pas vraiment une façon de participer à la lutte contre les changements climatiques.

Le gaz naturel distribué au Québec est essentiellement un hydrocarbure émetteur de gaz à effet de serre, selon le Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste et des enjeux énergétiques au Québec.

«Il importe de rappeler ici que la production du gaz naturel renouvelable issu des procédés de biométhanisation des résidus organiques représente actuellement une part négligeable du marché du gaz naturel, de sorte que l’essentiel des impacts environnementaux et notamment climatiques de l’ensemble de la filière du gaz naturel est directement le fait de l’exploitation industrielle du gaz naturel», signalaient le physicien Simon-Philippe Breton et ses collègues dans une lettre ouverte du Collectif publiée le 14 février.

La production, le transport et la distribution de gaz naturel dégagent du méthane, un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le gaz carbonique (CO2). Les distributeurs de gaz ont pourtant la cote au Québec, et le gouvernement souffle dans leurs voiles.

Entre 2008 et 2017, le prix du gaz naturel a baissé de 32%, «principalement en raison de l’exploitation du gaz de schiste aux États-Unis à la suite de la mise au point de nouvelles techniques de fracturation hydraulique», note le plan directeur de TEQ. Pendant ce temps, le prix de l’électricité, en dollars constants, est demeuré relativement stable. TEQ prévoit une croissance de 12% de la consommation de gaz naturel dans le secteur résidentiel entre 2013 et 2023. Elle sera de 40% dans les secteurs commerciaux et institutionnels 2023.

Le plan directeur de TEQ dresse une liste de 154 mesures pour réussir les objectifs de transition énergétique. La plus importante, et de loin, vise la réduction de consommation de produits pétroliers dans les bâtiments commerciaux et institutionnels.

Les investissements pour assurer cette conversion s’élèveront à 413 millions de dollars en 10 ans, dont presque la moitié par Énergir et Gazifère pour passer au gaz naturel.

La Société en commandite Gaz Métro – associée à Énergir – reçoit des subventions du Fonds Vert, notamment en vertu du Programme d’efficacité énergétique et de conversion vers des énergies moins émettrices de gaz à effet de serre. Le Collectif scientifique se montre critique envers la filière du gaz : «S’il devait décider aujourd’hui de s’enfermer dans des scénarios énergétiques insoutenables, dont témoigne entre autres la fausse bonne idée d’une transition énergétique par le gaz naturel fossile, le Québec deviendrait un contre-exemple international de ce qu’exige une gestion politique planifiée, moderne et responsable de lutte contre les changements climatiques», conclut-il.

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