Élections en Algérie

Quand la diaspora algérienne du Québec se mobilise

Le 10 février 2019, le président Bouteflika a annoncé qu’il briguera un cinquième mandat présidentiel, après 20 ans au pouvoir et malgré son état de santé critique.
Mehdi Drissi

Dimanche dernier, un rassemblement a eu lieu devant le consulat d’Algérie à Montréal en solidarité avec les milliers d’Algériens et d'Algériennes qui, depuis le 22 février, se soulèvent contre le système politique.

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En Algérie, un appel à manifester contre le 5e mandat du président a été lancé par des personnes anonymes sur Facebook. Dès lors, une mobilisation populaire d’ampleur nationale s’est emparée du pays.

Une semaine après le début des contestations, plusieurs s’entendent sur le caractère historique de cette révolte.

Le poids de la diaspora

Après avoir senti l’engouement du premier appel à manifester sur les réseaux sociaux, la branche montréalaise du collectif algérien Mouwatana (Citoyens pour la démocratie) s’est alors joint à un groupe de citoyens et citoyennes pour organiser un rassemblement à Montréal.

Jihed Halimi, un membre de l’équipe d’organisation des manifestations à Montréal, évoque l’importance de se mobiliser, même en étant à l’étranger.

«Les élections en Algérie sont une mascarade, depuis des années. Il y a de la triche, de la fraude…» Et, si les campagnes électorales sont tout de même mises en scène, selon lui, «c’est pour donner une légitimité au régime à l’extérieur de l’Algérie, pour sa réputation à l’international».

«Le régime algérien tente beaucoup plus de plaire aux étrangers qu’à la population algérienne elle-même»

Ceux et celles qui se réunissent au Québec ou ailleurs dans le monde espèrent alors faire comprendre que ce régime n’est pas aussi démocratique qu’il prétend l’être.

Il n’y a pas de responsables officiels qui prennent en charge la mobilisation au Québec, comme c’est le cas en Algérie.

Le président Abdelaziz Bouteflika brille par son absence depuis un grave accident vasculaire cérébral en 2013. Ses apparences publiques se font très rares, mais l’annonce de son cinquième mandat a été la goutte de trop.

«Le taux de popularité et l’ampleur des événements en Algérie justifient d’autant plus la mobilisation au Québec.»

«Manifester ici, c’est plutôt symbolique», a déclaré l’artiste visuel El Panchow, «C’est une façon de contribuer à la lutte pour la justice et la démocratie et de dénoncer la mauvaise gestion gouvernementale responsable d’un climat de vie insoutenable sur tous les niveaux, qui a d’ailleurs poussé de nombreux Algériens à s’expatrier».

Certaines personnes se sont déplacées d’Ottawa pour manifester à Montréal, alors que des rassemblements se préparent aussi dans la ville de Québec.

Des rassemblements devant le consulat se sont déjà organisés dans le passé pour manifester contre le 3e mandat, le 4e mandat ou encore pour dénoncer des violences dans certaines régions du pays.

Cette fois-ci, rappelle Jihed Halimi, le taux de popularité et l’ampleur des événements en Algérie justifient d’autant plus la mobilisation au Québec.

Une révolte inédite et pacifique

En effet, les premières grandes manifestations du 22 février en Algérie ont ouvert le bal à plusieurs autres rassemblements, réunissant notamment des étudiant-es, des journalistes, des artistes et des avocat-es aux quatre coins du pays. Tous et toutes réclamant simultanément un changement de système et une vraie démocratie.

Et, si la force de cette révolte était imprévisible, c’est qu’en 20 ans, le peuple algérien ne s’était jamais soulevé de cette manière.

Pendant le printemps arabe, par exemple, l’Algérie n’a pas suivi le pas. Cela dit, son histoire doit être vue comme un cas à part.

En fait, le «printemps arabe» des Algériens et Algériennes remonte au mois d’octobre 1988 alors que les manifestant-es réclamaient déjà un changement de régime.

Bien que le gouvernement de l’époque ait abdiqué, l’instabilité politique du pays, à peine sortie du joug du colonialisme (1962), a favorisé la montée d’un mouvement religieux radical et terroriste. L’Algérie a ensuite été plongée dans une guerre civile sans précédent : la décennie noire.

Selon Jihed Hamili, les gens «ont brisé le mur de la peur» puisque l’aspect pacifique de ce soulèvement a été mis de l’avant. «C’est la non-violence, saluée et encouragée par même des membres des forces de l’ordre, qui a aidé les citoyens, encore traumatisés par les violences des années 1990, à sortir» précise-t-il.

Demain matin à 11 h se tiendra une deuxième manifestation devant le consulat d’Algérie à Montréal. Le dépôt officiel de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika est attendu au même moment.

Crédit photos : Mehdi Drissi
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