Démission de Luc Ferrandez

Nous sommes dans la merde et je nous emmerde

Réaction à chaud de la chroniqueuse.
Toma Iczkovits

Il incarnait à lui seul l’idée de faire de la politique autrement. J’ai beau chercher, je ne trouve pas de femme ou d’homme politique contemporain aussi courageux, aussi intègre que lui. Il n'a pas plié, il est resté fidèle à ses convictions. La nouvelle de sa démission m’a sciée en deux. Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi abattue.

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La démission de Luc Ferrandez me rappelle celle de Nicolas Hulot. C’est le même genre d’électrochoc. J’en ai mal dormi, me suis réveillée aux aurores, les yeux bien ronds, l’angoisse aux tripes. Si ce gars-là part et confesse son impuissance à changer les choses de l’intérieur, alors c’est qu’on s’en va nulle part. On fait quoi si la machine se dirige droit vers le mur?

Comme l’a résumé un ami journaliste, nous sommes engoncés dans une culture de l’immobilisme. Et cette démission de l’iconoclaste maire de l’Arrondissement Le Plateau-Mont-Royal vient marquer pour moi la fin de l’espoir que les choses changent vraiment.

Visiblement, nous, en tant que société, ne poserons pas les gestes drastiques nécessaires. Nous sommes frileux et les politiciens que nous élisons généralement sont à notre image. Et pourtant, les petites mesures cosmétiques ne suffiront pas.

Nos politiciens ont-ils entendu les experts du GIEC sur les bouleversements climatiques, ont-ils pris connaissance de la menace qui plane sur la biodiversité, de l’extinction d’espèces massive en cours et de ses impacts pour la survie à terme de notre espèce?

On dirait bien que tout le monde dort au gaz. Même l’administration Plante, la plus progressiste que le Québec ait connue, n’arrive pas à poser les gestes nécessaires, ménageant la chèvre et le chou, cherchant un impossible consensus entre ceux qui ne veulent pas voir ce qui nous pend au bout du nez, qui veulent continuer à vivre comme avant coûte que coûte (et croyez-moi, ça va coûter cher, mais c’est les générations futures qui vont ramasser la facture) et les gens conscients de ce qui est en train de se passer.

À ceux qui disent qu’il lui aurait fallu rester dans la machine, qu’il y a de la place pour les gens comme lui, je réponds «Quelle place?». La place de se faire retirer des responsabilités, comme les grands projets? La place de se faire museler par les bonzes du parti? Vous le trouviez effacé depuis plusieurs mois? Savez-vous combien il était désormais difficile pour les journalistes d’obtenir une entrevue avec M. Ferrandez?

Son départ nous le confirme, nos gouvernants s’en tiendront aux actions cosmétiques, au business as usual, et ce, malgré la catastrophe environnementale qui s’en vient.

À ceux qui disent qu’il ne faut pas aller trop vite pour ne pas effaroucher l’électorat, je rappelle que M. Ferrandez a osé une série de mesures audacieuses dès son premier mandat. Elles ont soulevé un tollé de protestations de la part d’une minorité très audible, mais a-t-il été battu pour autant? Non, il a gagné deux autres fois de suite, augmentant sa majorité à chaque élection. J’aimerais tant qu’on cesse d’avoir peur de faire peur et qu’on agisse.

Si vous ne l’avez pas encore fait, il faut regarder cette entrevue de M. Ferrandez chez Patrice Roy. L’ex-élu le dit sans ambages: l’environnement doit être le filtre de toutes nos décisions. Il ne s’est trouvé personne pour l’écouter. La mairesse et son parti ont tout un examen de conscience à faire. Le temps n’est plus à la temporisation, à la tergiversation et aux mièvreries.

Fuck you, nous autres, indeed.

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