Politique d'immigration

Pendant qu’on s’inquiète de l’«immigration massive»...

Quand l'immigration est une conséquence directe des guerres sans fin
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Les dernières semaines nous ont permis de savoir que l’« immigration massive » est une source d’anxiété — réelle ou simulée à des fins électorales — pour Maxime Bernier, chef du Parti populaire du Canada, et pour Frédéric Bastien, historien qui semble déjà se voir chef du Parti québécois. Le premier y est allé de panneaux sur le bord des routes pour dénoncer cette prétendue menace. Le polémiste Richard Martineau s’est par la suite offusqué que l’agence publicitaire retire ces panneaux frappés du slogan « Dites NON à l’immigration de masse », suite à de nombreuses plaintes.

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Dans une lettre ouverte au Devoir, Frédéric Bastien réagissait à la proposition du patronat d’augmenter substantiellement l’immigration, comme Mathieu Bock-Côté quelques jours plus tôt. À croire que ces intellectuels conservateurs seront avec nous dans la rue, lors de la prochaine manifestation anticapitaliste! Même l’éditorialiste du Devoir, Robert Dutrisac, s’est opposé à la proposition du patronat d’avoir recours à « l’immigration massive ».

Les gouvernements occidentaux refusent l’accueil à des Afghanes et des Afghans qui ont fui leur pays où l’Occident mène une guerre depuis près de 20 ans.

Le Canada devrait pourtant automatiquement accepter — à tout le moins — les personnes réfugiées d’Afghanistan, d’Irak et de Syrie, où nos militaires participent à une guerre destructrice. Pourtant, les gouvernements occidentaux refusent l’accueil à des Afghanes et des Afghans qui ont fui leur pays où l’Occident mène une guerre depuis près de 20 ans. De même, on refuse d’accueillir des Irakiennes et des Irakiens fuyant leur pays qui a été la cible de trois guerres en 30 ans (dont une pour trouver des armes de « destruction massive » qui n’existaient pas).

Les médias occidentaux se sont réjouis ces dernières années de la défaite de l’État islamique en Irak. En juillet 2017, par exemple, la ville de Mossoul a été « libérée » après 9 mois d’intenses bombardements par l’aviation occidentale et des offensives terrestres. Deux ans plus tard, un résident a confié à la BBC : « il n’y a pas de nourriture. L’air est pollué. L’eau est polluée. Il n’y a pas d’écoles. Pas d’hôpitaux ». Des enfants fouillent les montagnes de débris à la recherche de pièces de métal à revendre, au risque de provoquer l’explosion de munitions ou de mines pas encore désamorcées. Selon l’ONU, environ la moitié des jeunes adultes sont sans emploi.

Dans le chaos de la guerre, bien des gens ont perdu leurs papiers. Des enfants naissent un peu partout sans supervision médicale, ce qui signifie aussi qu’ils n’ont pas de certificats de naissance, pas de vaccins et pas accès à l’école.

L’ONU a tout de même mis sur pied quelques cliniques de santé, mais des personnes qui s’y présentent sans pièces d’identité sont refoulées sans être soignées, y compris des femmes voulant accoucher en présence de médecins. Or, dans le chaos de la guerre, bien des gens ont perdu leurs papiers. Résultat : des enfants naissent un peu partout sans supervision médicale, ce qui signifie aussi qu’ils n’ont pas de certificats de naissance, pas de vaccins et pas accès à l’école. Selon le Conseil norvégien pour les réfugiés, environ 45 000 enfants sont ainsi sans papier, dans leur propre pays.

Les familles qu’on présume liées à l’État islamique sont parquées dans des camps de détention, dans le désert non loin de la ville. Les femmes y sont la cible d’abus divers, dont des agressions sexuelles de la part d’administrateurs du camp ou de miliciens armés. L’une d’elles s'est expliquée à Amnistie Internationale, au sujet de sa tente : « Je veux simplement des murs autour de moi et une porte que je peux verrouiller la nuit. Ça va pendant la journée, mais je me dis chaque nuit : “Ce soir c’est la nuit où je vais mourir.” »

À noter que la loi en Irak prévoit que les accusations d’agression sexuelle soient abandonnées si l’agresseur épouse sa victime.

Des manifestations ont eu lieu après le naufrage d’un traversier à Mossoul qui a entrainé la mort de plus de cent personnes. Le gouverneur limogé a été accusé de corruption. Le taux d’abstention était d’ailleurs de 55% lors des dernières élections au printemps 2018, une bonne part de la population n’ayant pas confiance dans son élite politique, jugée corrompue et coupable de détourner l’aide internationale destinée à la reconstruction d’un pays dévasté à répétition.

Il y a peu de temps, un colonel français ayant commandé l’artillerie contre la ville d’Hajin, alors tenue par l’État islamique, a signé un texte dénonçant la violence destructrice des armées occidentales :

En l’espace de six mois, plusieurs milliers de bombes ont été déversées sur quelques dizaines de kilomètres carrés avec comme résultat principal la destruction des infrastructures […] pour venir à bout de 2000 combattants ne disposant ni d’appui aérien, ni de moyens de guerre électroniques, ni de forces spéciales, ni de satellites .»

Plutôt remonté contre les états-majors occidentaux, il ajoutait :

La question qui se pose est de savoir si la libération d’une région ne peut se faire qu’au prix de la destruction de ses infrastructures (hôpitaux, lieux de culte, routes, ponts, habitations, etc.) […] Nous avons détruit massivement les infrastructures et donné à la population une détestable image de ce que peut être une libération à l’occidentale, laissant derrière nous les germes d’une résurgence prochaine d’un nouvel adversaire. Nous n’avons en aucune façon gagné la guerre. »

En France, la liberté d’expression est chose sacrée, comme on le sait, depuis l’attentat contre Charlie Hebdo. Pourtant, la ministre des armées a exigé que l’officier soit sanctionné. La liberté d’expression est sacrée, donc, sauf pour un militaire critiquant la manière de mener la guerre. Ou pour une femme qui exprime sa foi avec un foulard. Cette dernière expression est en réalité une attaque contre « notre » civilisation, menacée par l’« immigration de masse ».

On cherche pourtant encore les embarcations de fortune à la dérive, sur lesquels des réfugiés occidentaux fuient l’invasion migratoire du Québec, de la France et de l’Italie. On se demande même pourquoi Maxime Bernier, Richard Martineau, Frédéric Bastien et Mathieu Bock-Côté, entre autres, ne sont pas chauffeurs de taxi ou préposés aux bénéficiaires dans un pays lointain, où ils auraient trouvé refuge pour fuir l’« immigration massive ».

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