Littérature

Buzzkill : l’humanité en rappel

Une comédie noire pré-apocalyptique : critique du roman Buzzkill paru le 1er août dernier
Photo: Frederik Schönfeldt
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C’est la fin du monde … et le récit du fulgurant succès de trois jeunes: Marcus, Gaspard et Océane. Ils sont à l’image de la société moderne, du moins de ce qui en reste. Égoïstes, narcissiques, ambitieux, médiocres, mais également – par brefs moments – attachants.

Le décor au-dessus duquel s’élèvent ces trois étoiles de plastique est apocalyptique. La nature se déchaine et seulement quelques privilégiés, par ailleurs de moins en moins nombreux, continuent de « vivre » comme si de rien n’était. La rébellion est toutefois à l’ordre du jour. La résistance des Réalistes veut en finir avec la société industrielle: l’État et le capitalisme ont fait leur temps. Ils posent des bombes, manifestent et font l’émeute.

Image : Les éditions Québec Amérique

Mais tout cela ne préoccupe pas Marcus, Gaspard et Océane. Eux veulent être populaires, viraux, connus. S’ils n’apparaissent pas à l’écran des téléphones, si leur popularité n’est pas soulignée par des clics anonymes, ils n’existent tout simplement pas. La crise climatique, la pauvreté, les réfugiés? C’est pas le fun… Faut être positif si on veut être heureux!

Par les mêmes procédés, en partageant les mêmes valeurs et ambitions, les trois amis nagent dans le succès instantané.

L’une devient écrivaine vedette d’internet :

Wouh! On est de retour avec Océane, une écrivaine – bon, je pense qu’on peut le dire, mon coup de cœur livresque de l’année. Ayoye! »

L’autre champion de la réalité virtuelle : « C’est fucking génial, t’es un artiste! »

Le dernier politicien d’extrême droite : « Mon gars, assure Bern, aujourd’hui y a juste le fake qui est vrai! »

Leur quête de non-sens donne du relief à la société s’écroulant sous leur pied. Alors que l’émeute est à deux pas, ils discutent de leur carrière respective en buvant du Bubble tea litchi ananas. Alors que des milliers de réfugiés s’entassent à quelques centaines de mètres d’eux, ils dansent au rythme de la musique préfabriquée du jour. Et au moment même où la société va bientôt les dévorer, ils ne sont tourmentés que par leur popularité.

L’auteur Bruno Massé n’en est pas à son premier roman. C’est un écrivain. Ça se lit. Évitant le moralisme et la propagande, il nous fait voyager, sourire et réfléchir.

Un peu comme si on investissait des millions dans un pipeline tout en prétendant lutter contre le réchauffement climatique. Un peu comme si on interdisait le voile musulman pour protéger notre culture tout en dévorant des séries Netflix en mangeant du PFK. Et c’est un peu comme si on disait une prière pour les Autochtones à l’Hôtel de ville tout en reconduisant le régime d’apartheid sur les « terres non-cédés ».

Un peu comme nous, finalement, mais en plus drôle… Car l’humour noir et caustique de Buzzkill réussit à saisir les problèmes de notre temps. Il suffit de nous caricaturer, mais à peine, et nous voilà dans un univers totalement surréaliste et apocalyptique.

Marcus, Gaspard et Océane incarnent l’aspect idéologique de cette décadence. Ces jeunes esprits égocentriques sont à ce point séparés du monde que sa destruction ne les préoccupe jamais, du moins jusqu’à que les murs s’effondrent autour d’eux, les empêchant ainsi de se contempler à l’écran. Il faudra que le miroir craque pour que Narcisse comprenne que tout n’est pas le reflet de sa personne.

L’auteur Bruno Massé n’en est pas à son premier roman. C’est un écrivain. Ça se lit. Évitant le moralisme et la propagande, il nous fait voyager, sourire et réfléchir.

Mais il serait contradictoire de terminer la critique d’un tel roman par une série de clichés digne des journaux à potins – Wow! Full conséquent!

Élevons-nous un peu et allons lire ce petit bouquin… En fin de compte, cette petite histoire nous rappelle qu’une autre fin du monde est possible. Ça donne de l’espoir, non?

Yeah, dude!

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