Forum social

L'ébullition des grands départs

Marie-Christine Aubin Côté

Le chant des tambours traditionnels autochtones a ouvert jeudi la marche du Forum social des peuples, moment historique où la société civile canadienne se regroupe « afin de mettre fin au règne du gouvernement le plus corrompu et arrogant » que le Canada ait connu. Près de 5000 personnes sont réunies depuis mercredi à l’Université d’Ottawa pendant quatre jours, pour participer à plus de 500 ateliers, conférences et activités.

Votre annonce ici
Vous n'aimez pas les publicités?
Les publicités automatisées nous aident payer nos journalistes, nos serveurs et notre équipe. Pour masquer les annonces automatisées, devenez membre aujourd'hui:
Devenez membre

La marche des peuples a commencé à l’ombre de l’ancien Musée canadien de la civilisation, aujourd’hui reconverti en Musée canadien de l’histoire par le gouvernement actuel. Partie de trois points différents dans la ville, la foule s’est rassemblée sur la colline parlementaire, une symbolique visant à représenter la convergence des luttes.

Accueillis par Mélissa Mollen-Dupuis et Clayton Thomas-Muller, tous deux militants pour les droits autochtones, plusieurs représentants des travailleurs, des syndicats et d’associations ont pris la parole, principalement pour dénoncer les mesures d’austérité et les politiques conservatrices affectant l’environnement, les droits des Premiers peuples et la démocratie.

Cette journée d’ouverture a également été marquée par la présence de Naomi Klein, journaliste et auteure engagée, qui a mentionné que les droits des premières nations pourraient être la pierre d’assise d’une convergence des luttes progressistes au Canada et dans le monde. Selon elle : « le respect et la gratitude pour les droits des peuples autochtones est la meilleure façon de mettre fin au rêve d’extraction sans fin d’Harper». Cette pensée rejoint celle d’Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) ; « les premiers peuples sont sur la ligne de front de plusieurs des luttes centrales canadiennes pour préserver les lois qui protègent les territoires et les ressources naturelles. Ils font preuve d’un courage exemplaire dont nous devrions nous s’inspirer ».

« Le changement climatique peut être vu comme le courant d’une rivière qui fait converger nos forces vers l’océan » - Naomi Klein

Naomi Klein, dont le dernier livre, This changes everything : capitalism vs climate, paraitra cet automne, a mentionné que « le changement climatique peut être vu comme le courant d’une rivière qui fait converger nos forces vers l’océan ». L’auteure faisant ainsi référence à la nécessité d’une coalition large, dont l’objectif ne s’arrêtera pas aux énergies fossiles, mais plutôt à « montrer un autre visage de l’humanité ».

Quelle convergence pour le FSP?

Organisé sous forme de forum ouvert, l’événement comporte certains avantages et inconvénients. La diversité des sujets, la présence d’acteurs clé de différents continents et la souplesse de l’organisation, qui permet d’être très inclusive, constituent une formule intéressante. Cependant, cette souplesse comporte son lot de complications. Plusieurs ateliers peuvent avoir lieu en même temps sur le même sujet, menant à un certain éparpillement. « Il y a des événements prévus dans différents endroits simultanément, par exemple une projection de films, un espace artistique, puis différentes conférences.J’aurais préféré avoir un seul horaire divisé par thèmes plutôt que l’inverse », avoue André Huot, participant de la région de Québec.

Entre l’idéal de convergence et cette réalité du terrain, il y a donc toute une organisation et une stratégie à construire en vue de rassembler différents groupes aux identités multiples. Avec 19 assemblées de convergence dans la même journée, il apparaît difficile de trouver une stratégie commune entre près de 5000 participants, membres d’associations régionales, provinciales, nationales et internationales.

À cela, certains répondent qu’il faut voir dans les forums sociaux une occasion de rassemblement et de réseautage davantage qu’un rendez-vous stratégique. D’autres identifient clairement comme objectif collectif d’empêcher le gouvernement conservateur d’être réélu en 2015, et de faire converger les luttes progressistes derrière la justice climatique. « On fait le forum social en Ontario notamment parce que les votes conservateurs sont beaucoup venus d’ici, et nous souhaitons rencontrer d’autres syndicats canadiens », affirme Jacques Létourneau, président de la CSN.

« L'enjeu électoral en est un, mais il faut aller plus loin » - Alexa Conradi

Plusieurs organisateurs sont conscients de la nécessité de poursuivre la démarche après l’événement. « L’enjeu électoral en est un, mais il faut aller plus loin », affirme Alexa Conradi. L’ancien président du Syndicat des travailleurs et travailleuses des Postes Canada, Monsieur Jean-Claude Parrot, propose pour ce faire que les acteurs progressistes s’entendent sur une vision commune. « Pourquoi dit-on qu’il faut défaire les conservateurs aux élections de 2015 et non avant? Moi, quand j’allais dans des congrès syndicaux dans les années 80, on parlait de grève générale. Ç’a marché, et on a obtenu plein de droits. Le contexte juridique et politique est très différent aujourd’hui, mais j’aimerais qu’on s’entende sur une vision commune et qu’on la rédige ensemble ».

Les dernières activités se termineront vers l’heure du midi dimanche, après les assemblées de convergence. Plusieurs personnalités seront de la partie, dont le Derek Nepinak, grand chef de l’Assemblée des chefs du Manitoba, et la députée sortante du NPD, madame Sana Hassainia. La députée afghane et militante pour les droits humains, Malalai Joya, devait tenir une conférence vendredi, mais a été retenue à l’aéroport car elle n’aurait pas obtenu son visa à temps pour le Forum social des peuples.

Poursuivez votre lecture...
Polytechnique, 6 décembre 1989
Devoir de mémoire, mais de quelle mémoire ?
Francis Dupuis-Déri
5 décembre 2017