Nous sommes Charlie

Toma Iczkovits

La France est en deuil après l’attentat perpétré hier contre la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo. Au total, l’attaque des trois assaillants a fait au moins 12 morts, dont les dessinateurs émérites Cabu, Charb, Tignous et Wolinski.

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Dans toute la France, des manifestations se sont déroulées mercredi en fin d’après-midi pour rendre hommage aux journalistes décédés. Le site du quotidien économique Les Échos avançait en fin de soirée le chiffre de plus de 100 000 personnes mobilisées dans l’ensemble de l’hexagone. Jeudi midi, alors que les deux frères suspects étaient encore en fuite, de nombreux rassemblements ont eu lieu un peu partout en France pour respecter une minute de silence en soutien à Charlie Hebdo.

De son côté, Ricochet était à Bordeaux (Sud-Ouest), sur le Parvis des Droits de l’Homme, où près de 5 000 personnes se sont réunis mercredi à partir de 17 h heures [heure locale]. Nous leur avons demandé ce que représente la liberté de la presse pour elles et comment elles ont réagi face à ce drame.

Gulyaine Isaac et Dominique Raynaud
Pierre-Louis Curabet

Dominique RAYNAUD, fonctionnaire d’État, 59 ans

Pour moi, la liberté de la presse, c’est la liberté de l’homme, la liberté de s’exprimer quant on veut, où l’on veut, sur le sujet de notre choix. Cela fait partie des libertés fondamentales en France. Je ne suis pas du tout là pour des raisons politiques, mais pour une question de liberté et de respect des droits de l’homme en France et dans notre République.

Guylaine ISAAC, fonctionnaire d’État, 57 ans

Sans la liberté de la presse, on laisse la place à tous les liberticides. Les médias ont pour rôle de raconter, de relayer, et ça, c’est important, que ce soit en Afghanistan, à Tombouctou ou au fin fond du monde. C’est pour cela, par exemple, qu’il faut défendre les reporters qui sont pris en otage, parce qu’en fait ils [les ravisseurs] nous prennent en otage, nous. C’est grave, parce que ce n’est pas n’importe quelle boutique. Ce n’est pas L’Express, ce n’est pas Le Nouvel Obs. C’est Charlie Hebdo. Ce sont ceux qui ont fait les caricatures de Mahomet. Ce sont les plus virulents. Ils représentent un peu l’âme de la France, parce que les Français.e.s ont un peu ces grandes gueules qui sont capables de dessiner tout et n’importe quoi. C’est grâce à des gens comme ça qu’il y en a d’autres qui peuvent s’exprimer. Tant qu’eux peuvent s’exprimer, les autres pourront y arriver. Si on leur ferme la bouche, c’est le début de la fin.

Louis Diolojeant
Pierre-Louis Curabet

Louis DIOLOJEANT, pâtissier, 19 ans

La liberté de la presse est un droit essentiel, qui permet de sauvegarder la démocratie. [Temps de réflexion] C’est le droit et le devoir qu’a tout journaliste de pouvoir faire des investigations et de pouvoir critiquer – que ce soient des pouvoirs, des politiques, des industriels et des gens comme tout le monde – sans qu’il se sente menacé. C’est un droit qui doit être protégé, car si tout le monde doit se taire par peur de représailles, la vérité ne triomphe plus et on se retrouve dans l’obscurantisme. C’est très grave. C’est une action punitive. Ils [les trois assaillants] se sont autoproclamés punisseurs [sic] contre une liberté qui est fondamentale pour nous.

Thierry Bonnaud
Pierre-Louis Curabet

Thierry BONNAUD, instituteur, 54 ans

La liberté de la presse, c’est la liberté des mots. Et les mots sont toujours vainqueurs. C’est pour cela que ceux et celles qui veulent les combattre utilisent des balles. Les balles, elles se perdent dans le corps des hommes, mais les mots perdureront. Et ils perdureront toujours, parce que leurs mots seront toujours plus forts que leurs balles. Je crois que c’est la première fois de ma vie qu’en entendant la mort de quelqu’un qui n’était pas de ma famille – Cabu en l’occurrence – j’ai pleuré. [Très ému] Cette personne incarnait la douceur, la tendresse et la gentillesse. Qu’un homme comme cela puisse mourir de cette façon, je trouve ça encore plus ignoble que toute autre mort.

Philippine Laforge
Pierre-Louis Curabet

**Philippine LAFORGE, étudiante CAP petite enfance, 19 ans **

Cette attaque visait Charlie Hebdo, mais elle visait aussi la liberté d’expression. C’était aussi une façon de nous faire peur et de nous montrer que l’on ne peut pas tout dire. Or, Charlie Hebdo se battait contre cela. On a le droit de tout dire, on a le droit de tout penser. Cela me fait de la peine pour leurs familles, parce que c’était des personnes engagées et à travers qui leur travail nous vendaient du rêve. Personnellement, leurs dessins me touchaient vraiment beaucoup.

Je suis encore sous le coup de l’émotion, j’ai du mal à trouver mes mots. Mais voilà, je suis Charlie. Je fais partie de ces gens qui ont besoin et qui veulent être au courant des choses. Les libertés d’expression et de la presse nous nourrissent.

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