Violence et barbarie

Toma Iczkovits

À peine une semaine après nous être souhaité la paix dans le monde, nous nous sommes réveillés en découvrant que ce souhait est bien loin de sa réalisation. À Paris, alors qu’une quinzaine de personnes se réunissaient pour bâtir ensemble un journal, la porte de la salle de rédaction s’est ouverte. Trois personnes armées de fusils d’assaut sont entrées. La surprise a dû se lire sur les visages des journalistes durant la seconde qui a précédé les rafales de balles. Le sang a giclé sur les murs et les corps inertes sont tombés par terre. Peut-être que quelqu’un a eu le temps de dire « merde » avant de mourir. La barbarie. Celle qui te frappe sans t’avertir.

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Cette même barbarie que nous dénonçons tous et toutes aujourd’hui, c’est celle qui a frappé des civils et deux journalistes irakiens alors que des soldats les mitraillaient en riant de leurs hélicoptères Apache.

Cette barbarie qu’a subie Gul Rahman quand on l’a laissé mourir de froid dans une prison de la CIA.

Cette barbarie qui décime des villages et des familles à coup de missiles lancés par des drones contrôlés à des milliers de kilomètres.

Cette barbarie qui a frappé Gaza pendant une trêve humanitaire lorsqu'une bombe israélienne a transformé le marché de Chajaya en « bain de sang ».

Cette barbarie qui, depuis des décennies, frappe partout dans le monde et dont nous sommes, souvent, les commanditaires. La veille de l’attaque contre Charlie Hebdo, l’armée américaine reconnaissait pour la première fois enquêter sur le fait que des civils auraient été tués par les bombes de la coalition contre l’État islamique dont fait partie le Canada.

Combattre le feu par le feu

Dans son discours suivant l’attaque contre Charlie Hebdo, François Hollande a parlé d'un « message de paix et de tolérance que nous défendons aussi à travers nos soldats pour lutter contre le terrorisme et le fondamentalisme ». Au nom de la lutte à la barbarie, nous enverrons nos soldats tirer des balles dans la tête de ceux qui ne pensent pas comme nous. Nous enverrons nos avions larguer des bombes sur ceux qui ne partagent pas nos idées et leurs voisins. Nous nous surprendrons ensuite lorsque la mort s’abattra sur ceux qui partagent nos valeurs.

Au nom de la lutte pour la liberté d’expression, nous empêcherons nos concitoyens et concitoyennes d’exprimer leur religion à travers leurs vêtements ou leurs prières. Nous leur crierons nos préjugés avant même de les écouter. Nous faisons la guerre sur une base permanente depuis plusieurs décennies et nous nous surprenons de ne pas vivre en paix.

Au nom de la lutte pour la liberté d’expression, nous empêcherons nos concitoyens et concitoyennes d’exprimer leur religion à travers leurs vêtements ou leurs prières. Nous leur crierons nos préjugés avant même de les écouter.

Notre guerre contre la barbarie

Face à la barbarie, nous avons le réflexe de nous dire qu’éliminer ceux qui perpétuent cette barbarie la fera disparaître. Ceux qui ont attaqué Charlie Hebdo croyaient qu’en tuant ses artisans, ils feraient disparaître la barbarie qu’ils voyaient dans ce journal. Nos gouvernements, en limitant la liberté sur l’autel de la sécurité, en bombardant les populations civiles des pays musulmans ou en torturant ceux qu’ils soupçonnent de terrorisme, croient aussi faire reculer la barbarie. Pourtant, il n’en est rien. Notre barbarie n’est pas moins barbare que la barbarie des autres. Si nous voulons faire reculer la barbarie, ne l'entretenons pas.

Si nous souhaitons un jour vivre en paix, arrêtons de semer la mort et la désolation à travers le monde. Écoutons avant que le bruit des armes se fasse entendre. Dialoguons avec des mots pour faire taire les armes.

Si nous souhaitons un jour vivre en paix, arrêtons de semer la mort et la désolation à travers le monde. Écoutons avant que le bruit des armes se fasse entendre.

Dans nos sociétés, donnons la conviction à chaque personne qu’elle peut améliorer son sort, être écoutée et contribuer à la société. Luttons contre la discrimination et le chômage qui, en France comme ici, convainquent beaucoup de jeunes que leur seule perspective d’avenir est de vivoter dans la pauvreté, complètement ignorés par la société qui les entoure. Cette exclusion et ce mépris les poussent vers le désespoir et la violence.

L'attaque des tueurs a mené le monde à parler d’eux. Elle leur a donné l’impression de ne plus être ignorés, d’avoir un impact sur leur société, d’exister sur la place publique. Comme société, il faut s’assurer que tous et toutes puissent exister sur la place publique autrement qu’en utilisant une arme. Les artisans du Charlie Hebdo l’avaient compris. Ils existaient par leur plume et luttaient avec celle-ci pour leur vision de la liberté.

Si nous voulons être Charlie, ne soyons pas barbares.

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