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Une sénatrice appuie Extinction Rébellion

Il s'agit d'un important appui pour le mouvement radical écologiste.
Photo: Jiuguang Wang

Qu'une honorable membre de la chambre haute du parlement canadien appuie la frange la plus radicale du mouvement pour le climat est le signe que le sentiment d'urgence se répand parmi toutes les couches de la société.

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Une honorable membre de la chambre haute du parlement canadien, la sénatrice Rosa Galvez, vient de donner son appui au mouvement Extinction Rébellion (XR), qui prône et organise des actions de désobéissance civile pour forcer les autorités à mettre fin à l’extraction et à la combustion de pétrole et de gaz pour protéger le climat.

Mme Galvez, nommée sénatrice par Justin Trudeau en 2016 et professeure au Département de génie civil et de génie des eaux à l’Université Laval, a ajouté son nom à une lettre de quelque 250 universitaires demandant au gouvernement canadien de «prendre des mesures radicales pour faire face à l’urgence climatique».

«Ce faisant, nous appuyons les efforts du groupe international Extinction Rébellion (XR) qui attire l’attention sur notre situation extrême actuelle, écrivent les signataires. Tout comme XR, nous sommes particulièrement préoccupé.e.s par un changement climatique incontrôlé qui provoquerait des changements catastrophiques irréversibles nous affectant tous.tes […] Dans l’optique de rester en dessous du seuil de 1,5 °C, une allocation d’émissions proportionnelle à sa population obligerait le Canada à mettre en œuvre sa décarbonisation totale d’ici 2025, en accord avec les demandes d’XR.»

Quand les médias ont fait état de cette lettre, le dimanche 2 février, Mme Galvez ne l’avait pas encore signée. Elle l’a fait le lendemain, si bien que la nouvelle n’a pas été rapportée. Les titres des articles signalaient que les professeurs demandent aux universités de retirer leurs investissements des énergies fossiles. La lettre, elle, s’intitule plutôt «Lettre d’universitaires canadien.ne.s en appui aux demandes de XR», ce qui est passablement plus subversif.

En effet, Extinction Rébellion se situe à la frange la plus contestataire du mouvement pour le climat, tant par ses actions que par ses revendications. Le groupe, qui se définit lui-même comme radical, rompt avec les stratégies douces d’organisations écologistes qui incitent citoyens et gouvernements à faire des «choix écologiques». Ses membres ont entre autres bloqué des ponts à Londres. À Montréal, ils se sont juchés sur le pont Jacques-Cartier, créant un embouteillage monstre, et ont bloqué l’accès aux bureaux de François Legault.

Qu’une sénatrice appuie XR est le signe que le sentiment d’urgence se répand parmi toutes les couches de la société. L’écrivaine Margaret Atwood lui a aussi donné son appui : «Yes!», a-t-elle tweeté avec enthousiasme en 2019. «Enfin! […] Je me colle moi-même aux choses en esprit», a-t-elle ajouté, en faisant référence aux tactiques souvent employées par les membres du groupe, qui collent leurs mains avec de la glu sur diverses surfaces pour barrer des entrées d’édifices. En Grande-Bretagne, où le mouvement est né, XR a le soutien du père du premier ministre Boris Johnson, de sportifs connus, de comédiens et de vedettes rock.

À l’instar d’Extinction Rébellion, Mme Galvez et ses collègues demandent au gouvernement canadien de mobiliser la société comme il l’a fait lors de la Seconde Guerre mondiale, cette fois pour atteindre la cible de zéro émission de carbone en cinq ans. «Après des décennies d’intransigeance, d’inaction et d’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre, écrivent-ils. Étant donné le laps de temps extrêmement court dont nous disposons, nous devons adhérer aux demandes de changements systémiques radicaux proposés par XR…»

Ils ne sont pas les seuls à comparer le risque posé par la crise climatique et celui que représentait la montée du fascisme avant la guerre. C’est le cas du financier montréalais Stephen Jarislowsky, qui a fui l’Europe en 1941 et combattu dans l’armée américaine. «Ne répétons pas les erreurs du passé», écrit-il dans une lettre publiée début janvier dans la Gazette, qui a eu peu d’échos dans les médias francophones. «Agissons maintenant, avant qu’il ne soit trop tard, et obligeons les gouvernements à adopter des mesures pour stopper cette menace globale [le réchauffement climatique], plutôt que de la laisser devenir hors de contrôle, comme cela s’est produit en 1939 lorsque Hitler a envahi la Pologne huit jours avant mon 14e anniversaire, et jeté le monde dans le chaos.»

Selon sa biographie présentée sur le site du Sénat canadien, Mme Galvez est «l’une des plus grandes expertes au Canada en contrôle de la pollution et ses effets sur la santé humaine». Récipiendaire de nombreux prix au Québec et à l’étranger, ses recherches l’ont amenée partout dans le monde. Elle a mené une importante étude sur le déversement de pétrole catastrophique à Lac-Mégantic. Née au Pérou en 1962, elle a immigré au Canada en 1985. Faisant partie du groupe des sénateurs indépendants, elle représente la division sénatoriale de Bedford, en Montérégie. Elle a pris position au Sénat pour que les subventions de milliards de dollars à l’industrie pétrolière et gazière soient redirigées vers les énergies renouvelables.

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