Affaire Weinstock

Richard Martineau défend l’excision du clitoris et Sainte Louise Mailloux entend des voix

Notre chroniqueur revient sur cette affaire en soulevant certains concepts philosophiques.
Photo: Vincent van Gogh at Google Cultural Institute

Richard Martineau défend l’excision du clitoris. La preuve ? Il a signé une chronique dans le Journal de Montréal, intitulée «L’excision du clitoris n’est pas barbare».

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Ce n’est pas tout. Le chroniqueur déteste les hommes, puisqu’il a aussi écrit que «le monde sera sauvé par les femmes. Car les hommes sont des tapons égoïstes incapables de faire preuve de compassion et d’avoir une pensée adulte».

À croire qu’il invitera la féministe Martine Delvaux à la prochaine Saint-Valentin. Il en rajoutait dans une autre chronique : «les hommes sont égoïstes, les hommes n’arrêtent pas de parler». C’est vrai : Richard Martineau n’arrête pas de parler!

Retournement

Vous aurez compris qu’il s’agit d’un jeu de retournement. Ces mots tirés des chroniques du polémiste ne reflètent pas ses positions politiques, bien au contraire : il ne fait que résumer les paroles de ses adversaires.

Il a même inventé l’expression « l’excision du clitoris n’est pas barbare » pour l’attribuer à Justin Trudeau. Des médias en France s’en sont fait le relais, jusqu’à ce que le journal Marianne dévoile l’imposture, expliquant que le polémiste entretient «le doute par un procédé stylistique : le discours indirect libre. […] Richard Martineau parle comme s’il était le chef du gouvernement canadien, exagérant sa pensée pour la décrédibiliser.»

S’il invente des citations pour discréditer ses adversaires, il ne se gêne pas plus pour citer des propos tronqués et hors contexte. Il a ainsi torpillé le philosophe Daniel Weinstock, ressortant des boules à mythes une conférence présentée aux États-Unis en 2012. Les philosophes François Doyon et Louise Mailloux avaient déjà épinglé Daniel Weinstock pour les propos qu’il y aurait tenus au sujet de l’excision du clitoris.

En 2013, François Doyon a eu l’honnêteté de rédiger un texte intitulé «Mes excuses à Daniel Weinstock» : «J’avais mal compris les propos de Weinstock et je suis sincèrement désolé de les avoir incorrectement rapportés». La même année, Daniel Weinstock s’était lui-même expliqué sur cette affaire. On peut trouver tout cela en deux secondes sur le web.

Malheureusement, on peut aussi tomber sur le blogue de Sainte Louise Mailloux, qui entend des voix mais ne les comprend pas. Cette philosophe à la retraite répète aujourd’hui encore que Daniel Weinstock «plaide en faveur des tribunaux de la charia et donne comme exemple d’accommodement l’excision symbolique». Elle propose un lien vers la vidéo de la conférence supposément incriminante. Son visionnement nous permet surtout de constater que Louise Mailloux souffre de grandes faiblesses en philosophie ou en anglais, ou les deux.

Louise Mailloux semble d’abord très bien saisir la démarche de Daniel Weinstock, qui consiste à présenter les différentes positions défendues dans le débat public au sujet de la liberté individuelle et de multiculturalisme, pour bien les distinguer. Rien de plus classique pour une conférence en philosophie. Ainsi, Louise Mailloux n’accuse pas Daniel Weinstock de défendre toutes les positions qu’il présente. Mais lorsqu’il résume une position «conséquentialiste» au sujet de l’excision, Louise Mailloux pense soudainement qu’il s’agit de la position du philosophe. Curieux, non?

En philosophie éthique, le «conséquentialisme» permet de justifier l’approche de la réduction des méfaits, par exemple, et les sites d’injection supervisée pour les utilisateurs de drogues. Daniel Weinstock évoquait des médecins qui se demandaient s’il serait préférable qu’ils pratiquent eux-mêmes l’excision, en soit un mal, pour éviter un mal plus grand si elle est pratiquée clandestinement.

Dans cette conférence, Daniel Weinstock précise qu’aucune des positions qu’il résumait n’est satisfaisante. Louise Mailloux devrait le comprendre, puisqu’elle a demandé au philosophe de préciser ses propos prononcés aux États-Unis, lors d’une autre table ronde sur la laïcité, cette fois à Montréal. Daniel Weinstock a répondu : «moi, ce que je fais dans cette conférence, c’est que je relate les débats qui ont eu lieu». Il ajoute : «je ne suis pas un “conséquentialiste”» et «je n’ai jamais défendu l’excision».

Notre polémiste ventriloque, Richard Martineau, a lui aussi repris des propos de Daniel Weinstock prononcés lors de cette conférence à Montréal, mais en effaçant tout un passage où Daniel Weinstock réaffirmait qu’il résumait la pensée des autres (le lieu de l’excision est marqué du symbole [X]) : «Nous faisons la circoncision des garçons juifs et musulmans. Est-ce que nous pourrions proposer [X] à cette communauté de faire quelque chose qui aurait pour impact de n’imposer aux fillettes qu’une marque», soit une intervention qualifiée de symbolique.

À la place du [X], Daniel Weinstock disait : «…et là encore, je parle et je prends la précaution de bien le faire, comme il m’arrive souvent de le faire, de me mettre dans la voie des personnes dont j’essaie de représenter le point de vue…». Pourquoi avoir effacé ce passage de la citation? Le philosophe ajoutait, toujours en réponse à Louise Mailloux : «Les médecins se sont demandé, et là j’ouvre les guillemets»… Daniel Weinstock a même redit : «c’est pas mon argument!» Allo!?!

Richard Martineau s’est mollement excusé, admettant qu’«[i]l aurait fallu préciser que Monsieur Weinstock relayait une proposition faite par des médecins américains». Ben oui! Mais le polémiste ne s’excuse pas d’avoir effacé la trentaine de mots de la citation qui permettaient précisément de comprendre que le philosophe évoquait une réflexion de médecins. Et ce polémiste n’a pas hésité à relayer sur Facebook les attaques de complices de Sainte Louise qui répètent en boucle que le philosophe cautionnerait l’excision.

Quant à Louise Mailloux, elle a récemment été honorée du grand prix de la laïcité du Rassemblement pour un pays souverain. Elle est peut-être laïque, mais elle a néanmoins la foi, la mauvaise foi…

PS : par transparence, je précise que j’étais chercheur postdoctoral au Centre de recherche en éthique de l’Université de Montréal (CRÉUM), alors que Daniel Weinstock y était directeur. Tant qu’à y être, je précise que Richard Martineau m’a embauché comme pigiste au journal Voir, alors qu’il y était le boss... Finalement, je précise que Louise Mailloux ne m’a jamais enseigné ni la philosophie, ni l’anglais, ni le français.

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