COVID-19

L'isolement au temps du Coronavirus, ou «merde, je me sens déjà devenir légume»

Comment ne pas se laisser envahir par l'anxiété.
Photo: geralt

Est-ce que je suis la seule qui est sur le point de virer folle? En ce moment, je me sens presque mal d’écrire un énième texte sur l’apocalypse. Je me force à écrire les mots «coronavirus» et «COVID-19» simplement pour aider le texte dans sa quête aux algorithmes. En temps normal, je préfère nommer Voldemort à voix haute que le virus.

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J’en suis au jour 7 de mon confinement à la maison, et l’extravertie en moi qui commençait à aller mieux mentalement est en train de se ronger de l’intérieur de nouveau.

Une éclipse totale s’est emparée des réseaux sociaux jeudi et n’est jamais partie. Tous les médias d’information n’en ont que pour ces mesures. Vous préférez l’actualité internationale? On ne parle que des répercussions du virus en Italie, en Iran, aux États-Unis. Vous êtes fans de sports? Comme vous, je ne sais plus quoi faire de mes soirées sans mes équipes préférées, et RDS est en mode panique. Vous êtes amoureux de culture? Tout est annulé.

Une après l’autre, les notifications entrent dans mon téléphone. Un spectacle annulé ici, les Francouvertes suspendues par là. Dans une conversation Facebook, on se questionnait à savoir si un événement auquel je devais participer devrait avoir lieu quand même. Le lendemain matin, le gouvernement québécois donne lui-même la réponse. Le fun est annulé.

En une semaine, je suis passée d’une soirée arrosée dans un bar, avec des bises, des câlins et des poignées de main à profusion, à un confinement semi-forcé dans ma chambre. J’ai triché samedi en allant voir des amis qui habitent à côté de chez moi. Après avoir mis des stories de ma soirée sur Instagram, on me l’a reproché le lendemain sur Messenger. Ça m’a pris une journée à rouspéter avant de me dire que, peut-être, on avait raison de le faire.

Tout ça, évidemment, c’est pour le mieux dans les circonstances. Peu importe ce que l’on peut penser du mandat du premier ministre Françcois Legault jusqu’à maintenant, il faut souligner son bon travail dans le dossier. Cette fois, il a écouté les experts et n’a pas eu peur de sortir l’artillerie lourde. C’est ce qu’il faut. Et puis, chaque nouvelle mesure permet de réaliser l’ampleur de la situation.

Car il ne faut pas l’oublier : il n’y a qu’une semaine, plusieurs voyaient encore la COVID-19 comme une simple grippe, moi comprise. On va se laver les mains et ça ira.

Aujourd’hui, on repense l’utilité de chaque déplacement.

Aujourd’hui, on se demande si c’est une bonne chose d’aller rendre visite à ses proches.

On vit une énorme crise en ce moment. Mais il y a un autre problème qui commence à se créer. Un problème qui ne tuera pas autant de gens, évidemment, mais qui peut faire bien du mal. C’est que qui dit quarantaine dit nécessairement isolement social.

Après sept jours, je commence à connaître ma chambre pas mal par cœur. Quand j’appelle des amies, on ne parle que des répercussions de la pandémie. Deux amies vivent l’enfer en France en ce moment. L’une d’entre elles y commence un stage, mais après un séjour à Jérusalem, elle s’est vu refuser l’accès à son logement et a dû revirer Paris à l’envers pour trouver un plancher où dormir.

Puis il y a les médias sociaux. Tous les médias parlent de la crise sous tous les angles. Des amis du milieu culturel tentent de partager des solutions entre eux. D’autres balancent meme après meme, même si on a déjà fait mille et une fois le tour des blagues sur le sujet. Je crois qu’il me reste deux jours avant d’être triggered chaque fois que j’utilise du papier toilette.

Le virus occupe mes pensées toute la journée. Bientôt, je vais en faire des cauchemars la nuit, question de vraiment l’avoir dans la tête 24 heures sur 24. Et sans la présence de mes amis et de mes proches, ça ne fait que s'empirer. D’habitude, chaque moment trouble est toujours adouci par la présence des autres. Mais alors que le niveau de panique monte plus vite que le nombre d’employés contractuels sans emploi, il n’y a personne avec qui on peut se faire une bouffe réconfortante.

On m’a déjà dit que l’idéal, c’était d’avoir quelqu’un avec soi la première fois que tu essaies de faire du mush. En ce moment, je fais un long et pénible badtrip graduel et y’a personne pour me surveiller.

Alors, pris chez soi, on fait quoi?

On appelle ses proches. Quand on est pris à la maison à scroller Facebook ad nauseam, on a moins d’excuses pour ne pas appeler grand-papa. Et on appelle ses amis aussi, pourquoi pas. Si ça se trouve, ils capotent aussi.

On regarde des séries québécoises. Je me suis pris un abonnement à Tou.tv Extra pour écouter la nouvelle émission C’est comme ça que je t’aime. J’ai seulement vu deux épisodes, mais je suis déjà satisfaite de mon choix.

On aide aussi les artistes de la scène. Si possible, on garde nos billets de spectacle. On peut visiter les plateformes Bandcamp ou les sites web de nos musiciens locaux préférés pour y acheter leurs derniers albums ou un chouette t-shirt. On peut aussi faire rouler leurs chansons toute la journée sur votre plateforme d’écoute préférée, question de leur donner de précieuses écoutes supplémentaires.

On lit le livre qu’on n’a jamais pris le temps de lire. Celui sur la commode qu’on a acheté en 2017, et avec lequel on a fait plus d’appartements qu’on y a lu de pages. Les bibliothèques sont fermées, mais il est possible avec une carte de membre d’emprunter des livres en format numérique. On peut aussi explorer l’univers des livres audio ou des podcasts.

Mais surtout, on prend le temps de prendre une pause. Je me rends compte que je ne sais pas quoi faire chez moi si je ne suis pas devant un écran. C’est grave! Donc, on finit son texte sur la folie de la COVID-19, on l’envoie à la rédaction en chef et on ferme l’ordinateur. On cache le téléphone dans une autre pièce et on arrête tout, en espérant que la tête arrête de tourner.

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