COVID-19

COVID-19, travailleurs précaires et inégalités sociales : le point de vue d’un barman

À l’échelle du pays, des entreprises sont forcées de fermer, ce qui affecte toute une sous-catégorie de travailleurs qui vivent maintenant dans l’incertitude.
Photo: Andrew Seaman
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Texte original de Ricochet English traduit de l'anglais par Anique Laan

En plus de mon emploi comme rédacteur et enquêteur, je travaille à temps partiel comme barman à Toronto dans un pub de quartier. En temps normal, interagir avec les clients, ce n’est vraiment pas si mal!

Mais cette semaine, des clients qui toussaient et qui étaient évidemment malades sont venus au bar, malgré que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ait qualifié le nouveau coronavirus de pandémie, que les contaminations signalées en Ontario aient plus que doublé et que de hauts fonctionnaires et des célébrités se soient placés en isolement.

J’étais furieux, mais pas en position de dire quoi que ce soit parce que, comme vous le savez : le client a toujours raison.

Évidemment, rien ne permet de supposer qu’ils étaient infectés par le virus, mais rien ne permet de supposer qu’ils ne l’étaient pas non plus. Ils ont mis en danger la santé et la sécurité du personnel et de tous les autres clients par leur simple présence dans le bar.

En réfléchissant à cette question, je me suis rendu compte que c’était totalement irresponsable. C’était irresponsable de la part des clients malades de sortir en public, mais c’était également irresponsable de ma part d’encourager les rencontres au moment où la distanciation sociale était primordiale.

J’ai également compris à ce moment-là que, pour cette raison, tous les bars et restaurants de Toronto seraient éventuellement forcés de fermer. Et en effet, le gouvernement de l’Ontario a récemment ordonné la fermeture de tous les bars, dans le limiter au maximum la propagation du virus.

Les nettoyeurs, les employés d’épicerie, les employés de gym, les aides ménagers, les vendeurs au détail, les cuisiniers et les plongeurs, les travailleurs en garderie, les travailleurs sans-papiers et les migrants, les livreurs, les pigistes...

Les travailleurs précaires ont besoin de soutien et de respect

Mais qu’est-ce que cela implique pour les gens qui travaillent dans l’industrie des services et qui se retrouvent maintenant sans revenu? À l’échelle du pays, des entreprises sont forcées de fermer. Cela affecte maintenant toute une sous-catégorie de travailleurs qui vivent maintenant dans l’incertitude : des nettoyeurs, des employés d’épicerie, des employés de gym, des aides ménagers, des vendeurs au détail, des cuisiniers et des plongeurs, des travailleurs en garderie, des travailleurs sans-papiers et des migrants, des livreurs, des pigistes, et bien plus encore.

Tous les travailleurs payés au salaire minimum, ou même moins, ceux qui travaillent à temps partiel et qui n’ont aucune sécurité d’emploi ni d’avantages ou de congés de maladie, et qui sont essentiellement les otages de leur nécessité économique, au risque de leur santé et celle de leurs familles.

L’existence de l’inégalité et de la précarité au Canada est une épidémie en soi.

Dans les derniers jours, les gouvernements fédéral et provincial ont annoncé des plans d’aide financière pour les Canadiens. Je comprends que la situation fluctue constamment, mais ils n'en restent pas moins que les gouvernements ont été extrêmement vagues.

Les énoncés concernant l’assurance-emploi pour les populations de la classe moyenne et de la classe ouvrière ont été assez clairs, alors que pour les travailleurs à emplois précaires, le programme d’aide demeure complètement flou.

La santé est actuellement la principale préoccupation de l’ensemble de la société canadienne. Les travailleurs qui occupent un emploi précaire vont tomber malades et ne pourront pas prendre congé. On imagine bien le danger d’une telle situation.

L’épidémie de l'inégalité

De manière plus générale, cette situation d’urgence ne fait que mettre en évidence un problème moral continu au pays, un sujet qui, tout ce temps, n’a pas encore été abordé ni même reconnu. L’existence de l'inégalité et de la précarité au Canada est une épidémie en soi.

L’épidémie biologique met actuellement en évidence l’épidémie sociale ; l’une renforce et stimule l’autre. Le gouvernement et l’ensemble de la société canadienne se doivent d’agir et de trouver ou d’exiger des solutions pour cette sous-catégorie de travailleurs. Les solutions doivent être claires, sans équivoque et faciles d’accès. Et, il faut agir maintenant.

Les promoteurs du revenu universel de base pourraient maintenant dire « nous vous avions prévenus », mais je doute que cela ne les console. Dans le cas d’une crise financière, le revenu universel de base pourrait servir de solution provisoire et, par extension, contribuerait de manière considérable à la réduction des impacts du COVID-19 sur le système de santé.

Quelle que soit la solution, il faut entamer une discussion sur ce sujet immédiatement, alors que des secteurs importants de l’économie commerciale ferment et que de plus en plus de travailleurs déjà précaires se retrouvent dans une situation encore plus difficile.

Bien que cette pandémie soit une crise urgente et multidimensionnelle, elle offre également la possibilité de se pencher sur le problème de l’inégalité au Canada et de trouver le moyen de l’éliminer pour de bon.

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