COVID-19 ET ENVIRONNEMENT

La Terre reprend son souffle

Et si la terre tirait son épingle du jeu à travers les efforts humains pour contenir le coronavirus? Tour d’horizon des premières analyses du ralentissement planétaire.
Photo: Raghav Kabra
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La NASA a partagé le mois dernier des images montrant une forte baisse d’émission de dioxyde d’azote - le gaz qui provient de la combustion de combustibles fossiles – en Chine.

Au berceau de la COVID-19, les émissions de gaz à effet de serre auraient diminué entre 25 % et 35 % depuis le début de l’année.

On attribue surtout cette baisse astronomique à la diminution des vols qui gravite autour de 80 %. Quotidiennement, cela représente 13 000 avions de moins dans le trafic aérien.

Autre foyer de la pandémie, l’Italie a aussi vu de nombreux faits d’armes de la nature depuis les débuts du confinement.

Après 6 jours, Venise affichait des eaux qui n’ont jamais été aussi claires en 60 ans de tourisme de masse. La baisse du trafic fluvial autrement très important serait en cause.

En revanche, certains experts ont rectifié le tir en indiquant que les sédiments demeurent toujours présents dans l’eau, mais que le mouvement des embarcations ne les ramenaient plus à la surface. Qui dit vrai?

Le retour du règne animal : une fausse information?

Aux premiers jours, les images d’animaux dans les centres urbains pullulaient sur les médias sociaux. Les rumeurs ont toutefois été rapidement démenties par le National Geographic.

Les fameux dauphins de Venise auraient par exemple été filmés à un port en Sardaigne dans la mer méditerranée, à des centaines de miles de distance. Quant aux cygnes, ils étaient des habitués avant que la crise du coronavirus n’éclate selon plusieurs locaux.

La personne qui a publié le post devenu viral Kaveri Ganapathy Ahuja est originaire de New Delhi en Inde et n’était tout simplement pas au courant que les cygnes se rafraîchissaient souvent aux canaux de la Cité des Doges.

Les habitants ont néanmoins crée une page Facebook intitulée « Venise propre » où ils partagent des photos de poissons nageant tranquillement dans les eaux autrefois opaques d’un des endroits les plus convoités par les touristes.

Plus qu’une problématique scientifique, le phénomène met en lumière l’urgence qui s’empare de l’Internet pour trouver du contenu rassurant. En temps de crise, une vidéo d’animaux attendrissante peut dissiper bien des angoisses.

En file devant la SAQ, René Audet a aperçu une cinquantaine de pigeons perchés sur la même ligne électrique. « C’est sûr qu’en laissant la nature tranquille, les animaux vont agir différemment pour le meilleur ou pour le pire, car plusieurs se sont habitués à la présence humaine. »

Le point sur un épicentre, l’Espagne

Chercheuse à l’institut mondial de la santé à Barcelone, Florence Gignac étudie notamment les effets sur la santé provoqués par la pollution : les effets sur la santé peuvent être à court ou à long terme sur les personnes plus à risque.

Les asthmatiques ont notamment tendance à faire plus de crises les jours où les concentrations sont plus élevées. À long terme, une exposition chronique à des niveaux élevés de pollution peut donner lieu à des maladies cardiovasculaires, des troubles respiratoires, voire le cancer du poumon.

À l’heure actuelle, il est encore trop tôt pour voir les effets à long terme de la pause causée par le coronavirus sur ces maladies. Or, la doctorante croit qu’ils seront minimes : « la baisse de la pollution durant le printemps doit être maintenue pendant une très longue période de temps pour vraiment être en mesure d’observer des effets sur la santé ».

Au mieux, certaines personnes pourront voir la diminution de symptômes respiratoires « typiques » comme l’irritation des yeux, la toux ou l’essoufflement.

Florence Gignac s’intéresse également à la diminution de la pollution sonore. « Le trafic automobile diminue beaucoup ces temps-ci, les échos de rassemblements et festivals chutent également. Cela risque d’apporter des bienfaits à plsusieurs », estime-t-elle.

À Barcelone, les résidents n’ont jamais vu des niveaux de concentration aussi bas depuis 20 ans.

Le 22 mars, l’une des zones les plus polluées de la ville, l’Eixample, a enregistré une moyenne de 9 ug/m3 au lieu des valeurs habituelles étant 50 et 70 ug/m3. En revanche, les Espagnols ont considérablement réduit leur activité physique, ce qui peut entraîner plusieurs effets néfastes sur la santé mentale.

Même constat à Londres où Jill Baumgartner, professeure au département d’épidémiologie de l’Université McGill, séjourne en sabbatique. « Les impacts sur la qualité de l’air que nous voyons présentement seront transitoires à moins qu’ils soient suivis par des politiques et des actions concrètes des gouvernements. Or, ils représentent un précédent pour entrevoir les effets d’une réduction du trafic et de l’activité industrielle sur la qualité de vie », suggère-t-elle.

« Si on imagine la courbe des émissions mondiale de GES, on va voir un petit crochet. Ça ne veut pas nécessairement dire qu’elle va redevenir aussi haute qu’avant, car les ménages vont être endettés et les finances publiques devront être redressées. On va se relever de la crise, mais probablement pas en achetant des voitures comme par le passé », explique René Audet.

Cette crise de la COVID-19 montre que la société est capable de placer une cause comme la santé publique au-devant de l’économie. Que les vies humaines guident des objectifs communs avant tout. Pourquoi ne pas répéter l’exercice avec le climat? Sommes-nous capable de mettre nos institutions au service de cette urgence?

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