Confinement

Rouyn-Noranda immortalise son confinement

Christian Leduc photographie des habitants de Rouyn-Noranda confinés chez eux.
Christian Leduc

Rouyn-Noranda a été le point chaud de la pandémie pour l’Abitibi-Témiscamingue avec plus de 115 cas, alors que les autres MRC ont compilé moins d’une quinzaine de personnes infectées. C’est dans ce contexte que le photographe Christian Leduc a commencé à photographier des personnes de son entourage en confinement. Or, après avoir partagé quelques clichés sur les réseaux sociaux, de nombreuses familles ont fait appel à lui pour immortaliser ce moment marquant de leur histoire.

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Une fête pour tout le monde?

Sous peu, ce sera sans doute la fête pour plusieurs résidents de Rouyn-Noranda. Le 22 avril, le premier ministre du Québec François Legault annoncé qu’il allait présenter un plan de déconfinement pour les régions du Québec moins touchées par la COVID-19.

À Rouyn-Noranda, la ville est contrôlée par des barrages policiers depuis le 4 avril, mais la progression des cas s’est ralentie depuis les derniers jours. La reprise des opérations minières a d’ailleurs été autorisée depuis le 15 avril.

…Ou «confi-fête»?

Dans sa démarche, le photographe Christian Leduc a voulu illustrer son empathie pour les personnes qui vivaient leur confinement seules. Il a entre autres photographié Nancy Hardy, qui a d’ailleurs célébré ses 44 ans en «confi-fête» le 7 avril.

« Ce n’est pas si difficile en fait », affirme cette directrice des services aux étudiants pour l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), bien occupée par son travail. « J’apprécie les marques de sympathie des gens, mais je vais plutôt bien. Je m’ennuie du vrai monde, mais j’ai plein de choses à faire ».

Attendre LA sortie

Émilie Lafontaine et Pierre-Olivier Gendron attendent leur premier enfant le 2 mai. Pour protéger bébé et assurer la présence son père à l’accouchement, plus personne ne sort de la maison, sauf pour quelques promenades. L’épicerie est même livrée sur le balcon.

Alors que la séance photo « bédaine » planifiée avec une photographe spécialisée a été annulée à cause du «bordel planétaire», comme le nomme Émilie, Christian Leduc a photographié le couple derrière leur fenêtre. « Finalement, pour moi, je pense que c’était plus facile d’avoir le photographe de l’autre côté », confie Pierre-Olivier Gendron. « J’étais plus à l’aise. Plus naturel ».

L’échapper belle

Rollande Paré habite à la résidence Le Bel ge depuis six mois. Auparavant, elle habitait à la résidence Sélection Bleu Horizon, un foyer d’éclosion où la COVID-19 a touché une vingtaine de personnes. « J’étais contente de ne pas être là », confie la femme de 78 ans. « Au moins, ici, je peux aller prendre des marches autour de la résidence », compare-t-elle. Mais même déménagée, Rollande Paré a été attristée d’apprendre le décès d’un des résidents atteints. « Je connaissais bien Guy Charbonneau, qui est décédé. Je compatis avec tous ceux qui sont encore là ».

« Je n’ai jamais eu peur mourir »

La COVID-19 n’a pas terni le sourire de Martha Saenz de la Calzada, 73 ans. Elle a contracté le virus au retour d’une visite familiale en Espagne. Sa famille lointaine a craint pour elle.

Maintenant rétablie, elle prend plaisir à se délecter de tartines d’huile d’olive avec des tomates, en dépit de reprendre quelques kilos par la maladie. Cela lui donne l’énergie de lancer le message suivant. « Moi, ce qui me pompe, c’est cette histoire des aînés qui doivent être confinés. On n’est pas plus contagieux! Je commence à me sentir discriminée », déplore la survivante.

Se re-lever

Pour sa part, Rose Lavergne, 14 ans, n’aura pas à se relever de la maladie. Par contre, elle devra éventuellement se re-lever plus tôt que sa routine de confinement. « Je me réveille à peu près vers 11 h. En déjeunant, je fais mes devoirs, comme ça, après c’est fait et je vais prendre une marche dans la journée », décrit-elle. Comme bien d’autres enfants et adolescents québécois, le confinement de Rose change d’endroit chaque vendredi, jour de partage entre ses deux maisons. C’est d’ailleurs ce qui explique qu’elle se soit retrouvée dans deux portraits différents captés par Christian Leduc.

Donner au suivant

En cette période de crise, Mia Regaudie se sent privilégiée. Elle a toujours son emploi, son rythme de vie a ralenti et elle dîne tous les midis avec ceux qu’elle aime, son conjoint Mathieu et son fils Victor. « Malgré la lourdeur, on vit un bon moment de paix », exprime-t-elle, sereine.

Voyant circuler les portraits pris par le photographe Christian Leduc sur les réseaux sociaux, elle souhaitait, elle aussi, immortaliser ce moment de l’histoire. En échange de son portrait, Mia Regaudie a versé, au nom du photographe, un don à la Fondation hospitalière de Rouyn-Noranda.

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