Covid-19

Bientôt la fin de la période de quarantaine pour les premiers travailleurs agricoles guatémaltèques

Ces travailleurs ont réussi de peine et de misère à venir au Québec travailler dans les champs.
Karla Meza

Pour les premiers 185 travailleurs agricoles arrivés du Guatemala le 17 avril dernier, les dernières heures avant leur voyage se sont transformées en une véritable course contre la montre. Jusqu’à récemment, ils craignaient ne pas pouvoir venir travailler au Québec cette année. Aujourd’hui, ils attendent la fin de leur période de quarantaine pour pouvoir être intégrés dans des dizaines des fermes à travers le Québec.

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Le Guatemala a décrété la fermeture de ses frontières le 16 mars dernier en raison de la pandémie de la COVID-19. Or, le président Alejandro Giammattei a accepté récemment d’octroyer un permis spécial de voyage à un certain nombre de travailleurs agricoles, allégeant ainsi la pression subie par les producteurs maraîchers de notre province actuellement.

Attendant chez eux depuis quelques semaines, ces travailleurs ont eu le feu vert moins de 48h avant leur départ. Plusieurs ont eu peu de temps pour dire au revoir à leur famille avant de plier bagage.

Pris par surprise

Juan Carlos est originaire de la région de Alta Verapaz, au nord-est de la capitale guatémaltèque. Il travaille à l’emballage dans une ferme en Montérégie depuis six ans. Actuellement, il a un contrat de travail pour deux ans, qui lui octroie trois semaines de vacances par année. Lorsque la pandémie s’est déclenchée, il se trouvait au Guatemala avec sa famille.

«Je devais rentrer le 1er avril, mais en raison de la fermeture des frontières, je n’ai pas pu revenir à temps», explique-t-il. Il a finalement reçu un appel lui annonçant qu’il pourrait enfin rentrer au Québec. «J’ai eu quelques heures pour me préparer et dire au revoir à ma femme et à ma fille avant de partir. Nous avions démarré un projet pour venir en aide aux gens les plus affectés par la crise économique dans notre communauté, mais maintenant, ma femme devra poursuivre seule. On a besoin de nous ici, mais nous avons aussi besoin de ce travail pour subvenir aux besoins de notre famille.»

Pablo fait lui aussi partie du premier groupe de travailleurs guatémaltèques arrivés en sol québécois le 17 avril dernier. Originaire de la région de Sololá, à l’ouest du pays, il était en déplacement depuis près de 24 h à son arrivée à Montréal.

«Je suis épuisé, dit-il. Cette année, la situation est plus difficile en raison de la pandémie, mais je suis tout de même content de pouvoir revenir travailler au Québec, car cela me permet de nourrir ma famille et de contribuer à l’économie de mon pays.»

Des précautions sur toute la ligne

Avant leur embarquement dans l’avion, les travailleurs ont été soumis à une vérification de symptômes de la COVID-19 et ils ont reçu de nouveaux masques pour remplacer ceux qu’ils portaient depuis leur départ de chez eux, en raison du décret national de port obligatoire de masque entré en vigueur le 13 avril.

«Nous avons chacun reçu un thermomètre et une fiche de suivi pour pouvoir enregistrer nos symptômes pendant la quarantaine, au besoin», raconte José Fernando, originaire de la région d’El Progreso, près de la capitale. Dans le but de respecter les consignes de distanciation physique, les travailleurs ont pris place dans l’avion en laissant un siège vide entre eux. «Notre président agit très bien, il fait ce qu’il faut pour nous garder en vie et en santé», ajoute-t-il.

À l’aéroport Pierre Elliot Trudeau, les travailleurs ont été accueillis par les représentants de la Fondation des entreprises en recrutement de main-d’œuvre agricole étrangère (FERME). Ils ont veillé à l’organisation des travailleurs afin d’assurer le respect de la distanciation minimale et ils ont orchestré leur embarquement dans près d’une dizaine d’autobus, en fonction de la destination de chacun.

José Morales, coordinateur soutien aux travailleurs a rappelé à ces derniers les consignes à respecter pendant leur période d’isolement et leur a fourni des instructions concernant le mode de fonctionnement pour les repas. «Le patron vous fournira chaque semaine une liste d’items d’épicerie disponibles, lance-t-il. Vous devrez cocher ce que vous souhaitez commander. Dans d’autres cas, le patron vous livrera des repas déjà préparés.»

L’aide de 50 millions de dollars octroyée par le gouvernement fédéral aux producteurs agricoles qui accueillent des travailleurs étrangers saisonniers, soit un montant forfaitaire de 1 500$ par travailleur, servira à couvrir les frais d’hébergement de ces derniers pendant leur période de quarantaine, les coûts de leurs repas, ainsi qu’une rémunération de base équivalant à 30h par semaine au taux de 13,10$/heure.

Essentiels pour notre sécurité alimentaire

En raison des restrictions imposées par les gouvernements actuellement, le Québec ne pourra pas compter avec les 16 000 travailleurs agricoles mexicains et guatémaltèques accueillis dans la province annuellement.

«Nous estimons pouvoir en amener 6 000 travailleurs cette année, soit moins de la moitié des travailleurs embauchés normalement par les producteurs agricoles», déplore José Morales.

Michel Pilon, coordonnateur du Réseau d’aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec (RATTMAQ) était aussi présent à l’arrivée des travailleurs. «C’est sûr que les producteurs agricoles vont manquer des bras, surtout en fin de saison pour ramasser la récolte, affirme-t-il. On espère que les Québécois lèveront la main pour aller leur donner un coup de main.»

M. Pilon a distribué des dépliants en espagnol aux travailleurs, portant sur les précautions à prendre en lien avec la COVID-19 et sur les obligations de leurs patrons pendant la quarantaine. «La mission de notre organisme est d’informer les travailleurs sur leurs droits, les accompagner et les protéger», réitère-t-il. La pandémie a souligné l’importance des travailleurs agricoles pour l’économie de notre province. «Le réseau est sensible à la problématique de main d’œuvre, dit M. Pilon. Sans ces travailleurs, il n’y aura simplement pas de récolte, c’est donc la sécurité alimentaire de toute la province qui est compromise actuellement. Ils sont essentiels, il faut prendre soin d’eux.»

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