Covid-19

Réflexions citoyennes en temps de pandémie

Le gouvernement fait-il trop de courbettes au profit des entreprise?
Inconnu

On s’inquiète du ratio entre les préposés et les personnes âgées dans les CHSLD, mais le ratio ne semble pas être plus beau dans les hôpitaux. On compte deux préposés pour 37 patients dans certains hôpitaux, au lieu du ratio règlementaire d’un pour sept.

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Le premier ministre François Legault va-t-il encore demander aux proches aidant-es, aux étudiant-es en soins infirmiers, aux travailleurs et travailleuses en économie sociale, aux professeur-es de santé publique, aux médecins spécialistes et aux volontaires de leur venir en aide? Et sinon, va-t-il encore une fois faire appel à l’armée?

La même remarque s’applique à l’école et aux cégeps. M. Legault a à cet égard annoncé son intention de demander à des finissants en sciences de l’éducation de venir prêter main forte aux enseignants.

Ce souci nouveau de l’État pour les manques d’effectifs va-t-il se traduire par une ouverture nouvelle? Va-t-on enfin entendre la voix des préposé-e-s, des infirmières et des enseignant-e-s qui se plaignent de leurs conditions de travail depuis tant d’années?

À qui la faute?

Si c’est l’hécatombe dans les CHSLD, est-ce la faute des citoyens? La population va-t-elle blâmer les personnes appelées par le premier Ministre si on ne trouve pas suffisamment de gens pour combler les postes vacants? Qui veut faire un tel travail de fou?

À l’hôpital, un employé qui refuse de faire des heures supplémentaires peut se voir imposer une amende de 1200$! L’État québécois a délaissé les personnes âgées dans les CHSLD et les résidences pour personnes âgées, mais il a aussi délaissé les préposés avec des salaires trop bas et il a fait la sourde oreille aux demandes des infirmières. Il a aussi fait la sourde oreille aux demandes des enseignants. Ces derniers ont des classes bondées, ils doivent assumer la responsabilité de s’occuper des élèves en difficulté et ils ont des salaires indécents. Ils sont débordés. Qui veut faire un tel job de fou?

À moins de survoler la mêlée en étant sûr de son fait, il serait odieux de blâmer les syndicats pour le gâchis auquel on fait face, tout comme il serait odieux de distribuer les torts à tous également en fermant les yeux sur l’éléphant qui se trouve dans la pièce.

Une autre façon de voir les choses

Voici une autre explication qui risque de remettre les pendules à l’heure et de nous faire voir les choses dans une toute autre perspective.

L’État québécois, comme tous les autres États occidentaux, a fait depuis des décennies mille courbettes aux grandes entreprises ainsi qu’à leurs dirigeants.

Les États se sont fait compétition entre eux pour attirer les grandes entreprises sur leur territoire. C’est à qui offrirait les plus grosses subventions, les meilleures réductions d’impôt et les plus belles échappatoires fiscales.

Ils ont réduit le nombre de paliers d’imposition. Ils ont éliminé la taxe sur le capital. Ils ont toléré l’évasion fiscale. Ils ont demandé de faibles redevances sur l’exploration, l’exploitation et les profits des compagnies extractives. Ils ont assumé les coûts de la décontamination et de la mise à niveau des terrains exploités après le départ de ces entreprises. Ils ont même subventionné les entreprises et, dans le cas du Québec, leur ont consenti des tarifs réduits d’électricité. Ils ont toléré des salaires exorbitants ainsi que des primes de séparation démesurées à leurs dirigeants.

Les États ont permis que des redevances dérisoires soient accordées aux auteurs compositeurs sur Spotify et toléré que les grandes surfaces fassent compétition aux librairies en vendant des livres populaires à un moindre coût. Les États ont aussi toléré l’effritement de la liberté de presse.

C’est dans ce contexte que les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple, etc.) ne paient pas d’impôt. C’est aussi dans ce contexte qu’on laisse toute la place à l’ubérisation des entreprises qui ne se sentent pas tenues d’être de bons citoyens corporatifs.

Les États ont accepté le décloisonnement des institutions financières et la dérèglementation des finances. Ils ont toléré la délocalisation des entreprises et toléré le fait que celles-ci aient choisi de retenir leur épargne au lieu de la réinvestir dans l’économie locale réelle. Ils ont accepté tout cela au nom de ce qui était présenté comme n’étant rien d’autre que des ententes de libre-échange.

On a déchiré le filet de protection sociale

Qu’est-il arrivé lorsque, dans le contexte d’une variété foisonnante de produits dérivés et de papiers commerciaux cotés en bourse et en particulier d’actions construites à partir des dettes hypothécaires des citoyens, une récession s’est produite? Plusieurs citoyens ont dû déclarer faillite. Ils se sont retrouvés en défaut de paiement. Les banques ont fait face à un manque à gagner immense de liquidités, mais elles ont été renflouées par les États à partir de l’argent des contribuables. Les dettes bancaires se sont alors transformées en dettes souveraines et puisque la récession entraînait aussi une baisse de leurs recettes fiscales, les États ont dû chercher à équilibrer leurs propres budgets.

Les gouvernements qui se sont succédé se sont depuis de nombreuses années imposé des mesures d’austérité budgétaire, d’ailleurs amorcées bien avant 2008 : de Lucien Bouchard à Philippe Couillard en passant par Jean Charest, le mot d’ordre était le même. Un gouvernement responsable se doit d’équilibrer son budget et cela doit se faire en réduisant les dépenses publiques, car il faut ménager la main invisible qui nous berce d’illusions.

Ne faisons surtout pas payer les riches. D’où les coupes dans le domaine de la santé et de l’éducation. D’où la disparition des psychopédagogues et des orthopédagogues dans les écoles. D’où les gels de salaire des enseignants, des préposés aux bénéficiaires et des infirmières. D’où le désintérêt pour ces professions, conduisant à des pénuries et à l’imposition du travail supplémentaire obligatoire, ce qui rend ces emplois encore moins attrayants. D’où les dépressions de professionnels devant recourir de plus en plus à des psychotropes (antidépresseurs, anxiolytiques) et mettant parfois fin à leur vie. D’où la privatisation croissante de la santé et de l’éducation et un Québec cassé en deux, avec des systèmes d’enseignement et de santé à deux vitesses, selon qu’on est au privé ou au public. D’où l’omerta conduisant à des réprimandes et des suspensions pour tout travailleur sonneur d’alerte.

Il faut revoir nos priorités

Si on manque de personnel dans les CHSLD, dans les hôpitaux et à l’école, est-ce de la faute des citoyens? En un sens oui, parce qu’ils élisent des gouvernements qui ne défendent pas leurs intérêts ou qui s’en remettent à la main invisible du marché. Un marché qui n’a aucun souci pour l’intérêt public.

C’est tout cela qui remonte à la surface en temps de pandémie. Alors de grâce, que le premier ministre ne cherche pas à faire porter le blâme sur des syndicats et qu’il concentre plutôt son attention sur les grandes entreprises qui se comportent en resquilleurs depuis tant d’années. Il serait temps de couper dans ce gras-là pour améliorer le sort des couches défavorisées de la société.

Le premier ministre doit s’occuper des personnes âgées et des préposés aux bénéficiaires, mais aussi des enseignants et des infirmières, des proches aidants et des sans-abris, des citoyens vivant sous le seuil de pauvreté et des mères monoparentales débordées. Voilà beaucoup de pain sur la planche! Le premier ministre du Québec est-il prêt à revoir ses priorités?

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