Contrôle des armes à feu

« Ces armes de guerre n’ont pas leur place »

En pleine pandémie, et suite à la tuerie de Portapique en Nouvelle-Écosse, le gouvernement libéral a annoncé l'interdiction de plusieurs armes à feu au pays.
Photo: krishna

Dans la foulée de la fusillade de Portapique, en Nouvelle-Écosse, où 22 personnes ont été tuées dans l’un des actes de violence les plus meurtriers de l’histoire canadienne, le gouvernement fédéral a interdit, par décret, la vente, l’achat, le transport, l’importation et l’utilisation de plus de 1500 types d’armes d'assaut. Des mesures similaires avaient déjà fait partie des promesses de campagne du Parti libéral, mais l’annonce et la mise en application ont été devancées pour répondre à la tragédie de Portapique.

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Serge St-Arneault est prêtre et citoyen engagé. Il est le frère d’Annie St-Arneault, décédée lors de la fusillade de Polytechnique le 6 décembre 1989. Il est impliqué dans le collectif PolySeSouvient, un groupe citoyen en faveur du contrôle resserré des armes à feu établi par des survivantes du drame, depuis sa création. Voici sa perspective sur les mesures annoncées.

Question : Au sein de PolySeSouvient, vous luttez pour un contrôle resserré des armes depuis trois décennies. Pourriez-vous nous donner un peu de perspective historique?

Réponse : Quelques années après la tragédie à Polytechnique [en 1995, NDLR] le gouvernement de l’époque a voté une loi sur le contrôle des armes à feu qui a interdit une vaste gamme d’armes. Nous avions lutté pour cette loi pendant plusieurs années. Cette loi a eu un impact important sur le nombre des personnes tuées et blessées par des armes à feu. Malheureusement, en 2012, le gouvernement Harper a aboli cette loi et détruit toute l’information qui avait été recueillie dans le cadre de son renforcement. Quand ces données ont été détruites, il y a eu trahison de la volonté du peuple canadien.

Q. : Qu’est-ce que ces nouvelles mesures changent?

R. : Ces mesures ont pour but de retirer les armes d’assaut du marché parce que ce sont des armes militaires. L’argument des lobbyistes, c’est que ça ne sert à rien de légiférer sur les armes parce que les bandits et les gangs de rue n’obéiront pas à la loi. Ce que nous disons, c’est que tant et aussi longtemps que ces armes seront en circulation, il y aura plus de risques, plus de victimes de violence et plus de suicides. Ces armes sont faites pour tuer.

Q. : Pourquoi pensez-vous que ç’a pris tant de temps, et un autre massacre, pour mettre en place ces nouvelles restrictions?

R. : C’est un combat de longue haleine. Il faut faire appel non seulement à la raison, mais aussi à une conversion du regard pour rejoindre le cœur des gens. Il s’agit d’une nouvelle perception du réel qui déconstruit un schéma mental. Il y a des parallèles avec les questions environnementales -- quel est le déclic qui permet à une société de consentir à payer le prix pour sauver la planète?

Un autre facteur crucial est la force du lobby des armes à feu. Ce lobby puissant entretient la peur viscérale qui fait croire que la seule façon de se protéger est de posséder une arme à feu. En plus, ce lobby contribue substantiellement aux caisses électorales de certains partis politiques.

Q. : Pour vous comme humain et comme proche d’une victime, qu’est-ce que ça fait de voir la prise de position du fédéral?

R. : C’est très émotionnel. Je suis content de la prise de position courageuse du gouvernement. C’est une combinaison de joie et de regrets, parce que ce n’est pas tout ce qu’on espérait.

Q. : Où sont les lacunes dans les mesures annoncées?

R. : Il ne faut pas que le programme de rachat demeure facultatif. Si c’est le cas, des dizaines de milliers d’armes d’assaut resteront entre les mains de leurs propriétaires actuels, pendant des générations. Le prochain projet de loi doit imposer le retour de toutes ces armes. Le Parti libéral avait d’ailleurs promis de le faire lors de la dernière campagne électorale. La deuxième lacune concerne l’absence de mesures appropriées pour régler le contrôle des armes détenues par les gangs de rues.

Q. : Qu’est-ce que vous comptez faire comme veille pour assurer que les mesures sont mises en pratique et ont les effets escomptés?

R. : On doit continuer de faire du lobbying avec le gouvernement pour que le programme de rachat devienne obligatoire. Nous voulons aussi appuyer des villes qui demandent de l’aide fédéral pour interdire les armes à poing. Le gouvernement fédéral parle de laisser cette décision aux villes, mais ils ont aussi leur rôle à jouer. Les armes d’assaut sont des armes de guerre qui n’ont pas leur place dans notre société.

Cette entrevue a été révisée et condensée.

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