Grèce

Quoi lire pour renforcer son expérience Syriza?

Photo: commons.wikimedia.org

Je suis loin d’avoir la bibliothèque la plus sage et la plus diversifiée, moi qui aime par-dessus tout les romans policiers. Quand il se passe quelque chose dans l’actualité, j’aime bien la retrouver aussi dans des livres. C’est une façon de vivre un peu plus longtemps les événements qui feront la une durant quelques jours et disparaîtront. La victoire récente du parti de gauche grec Syriza m’a fait ressortir trois auteurs de ma bibliothèque: Léon Blum, Gramsci et Leonardo Padura.

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Un essai sur une situation semblable

La France a connu une situation semblable à celle de la Grèce avant la Deuxième Guerre mondiale. Entre 1936 et 1938, Léon Blum a dirigé un gouvernement du Front populaire, une coalition de partis de gauche. Je ne connais pas très bien l’histoire de cette coalition, mais à première vue, elle ressemble étrangement à Syriza. Rappelons aussi que la France vivait une grande crise économique depuis 1931. Blum a bien décrit dans À l’échelle humaine toute la difficulté de gouverner pour l'«intérêt populaire» dans une société historiquement contrôlée par la bourgeoisie. Il en parle avec une plume magnifiquement instructive:

«Le parti socialiste [ici il parle du Front populaire] a été appelé au gouvernement, mais il savait parfaitement qu’il ne pouvait exercer le pouvoir que dans les cadres de la société bourgeoise. Même quand la chambre élue semblait appartenir à une majorité populaire, la bourgeoisie conservait des moyens de résistance qui ne cédaient que temporairement à la peur. Elle disposait des assemblées locales, de la presse, des cadres de fonctionnaire de la finance, des milieux des affaires […] » (p. 76)

Voici un deuxième extrait, d'abord sur la dimension du rapport de force qui a permis de mettre en place les réformes, ensuite sur la capacité de la bourgeoisie à récupérer ce qu'elle avait perdu:

«En 1936, comme il fallut rattraper tout d'un coup les retards accumulés par elle [la bourgeoisie], lorsque de grandes réformes devinrent le seul moyen d'éviter une révolution sanglante et qu'un gouvernement du Front populaire s'efforça de lui faire accepter dans la concorde, elle ne les subit que par peur, et elle s'ingénia aussitôt honteuse et acrimonieuse de sa propre peur, à les reprendre par la force ou par la ruse.» (p. 78)

La théorie appliquée

Le discours mis de l’avant par les partis de la nouvelle gauche tire, du moins je crois, ses racines dans certaines théories développées par le journaliste et communiste Antonio Gramsci. C’est pourquoi je vous recommande de lire La penséee politique de Gramsci* de Jean-Marc Piotte, en prêtant une attention particulière au concept d’hégémonie culturelle et au rôle du parti politique. Pour Syriza, comme pour son cousin espagnol Podemos, la notion d’hégémonie est importante. Ils nous le rappellent sans cesse: «l’objectif n’est pas de faire plaisir aux sensibilités gauchistes du 10% de la population qui partage déjà nos idées, mais bien de constituer un véritable mouvement populaire». Cette stratégie doit passer par le développement d’un discours populaire, capable de déloger le discours dominant. J’ai lu ce livre pour mon bac, d’un coup, alors que je faisais Montréal-Rimouski en autobus. On peut aussi lire gratuitement sur Gramsci grâce à la bibliothèque numérique Les classiques des sciences sociales Il peut être difficile de lire Gramsci directement dans le texte, c’est pourquoi je propose de lire d’abord l’analyse de Jean-Marc Piotte.

Gramsci n’est pas très connu au Québec, mais ses écrits ont inspiré la stratégie de communication d’une organisation dont on ne parle plus beaucoup aujourd’hui, mais qui autrefois s’appelait la CLASSE.

De la littérature

Finalement, pour ceux et celles qui aiment mieux la littérature, je vous propose L’Homme qui aimait les chiens de Leonardo Padura. Une histoire sur Trotski et son assassin, à travers laquelle on voit passer la guerre d’Espagne, les débats entre réformistes, communistes et anarchistes. Bien que l’auteur nous présente sa désillusion face aux «vieilles idéologies», je trouve qu’il s’agit d’un récit qui vaut la peine d’être lu, ne serait-ce que pour se plonger dans l’histoire de la gauche, une histoire que l’on enseigne très peu au Québec. Il s’agit d’un bon roman pour tourner la page sur un passé parfois monstrueux, mais qui reste fort instructif pour comprendre l’évolution des partis de gauche et leurs mutations.

*Pour une version papier, Lux éditeur en a fait une réédition

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