Occupation Double

Les couleurs du fleurdelisé

Quelques réflexions sur la nouvelle saison de l'émission de télé-réalité Occupation Double
Photo: Christopher Schindler
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L'épisode d’Occupation Double de la semaine dernière où les candidats devaient répondre à un test de connaissances générales sur le Québec a été haut en couleurs, même si les bleu, jaune, vert du drapeau brésilien ont été délaissés. C’est que les candidat.e.s nous ont donné droit à toute une palette d’émotions.

Charles s'autoproclamait l'amoureux « promis à la victoire », Andréanne pleurait d'être la favorite de ses prétendants tandis que Julie s'exaspérait d'entendre Martine prophétiser sur son élimination et Naadei, fraîchement rejetée par William, s'épuisait à consoler tout le monde. Le comble de ces revirements de situation s'est trouvé du côté des allers-retours torturés de Vincent et Noémie, mais surtout du côté de la romance tranquille de Marjorie avec Luis Maxime qui a fait un volte-face.

Ce dernier revirement de situation entre Marjorie et Luis Maxime a été particulièrement saisissant. Malgré leur réconciliation de ce dimanche, leur conflit mérite d'être analysé calmement et plusieurs avenues sont envisageables. Une avenue féministe : il y a à se demander ce que désigne l’étiquette de « fille contrôlante » que Luis Maxime a plaqué sur Marjorie... Une avenue psychologique : Luis Maxime a-t-il une relation toxique à son historique, de sorte qu’il aurait fait de la projection sur ce que Marjorie disait? Une avenue anti-raciste : Marjorie soulevait-elle le point de l’élimination de Mickaël parce qu’elle était stressée que Luis Maxime soit le prochain gars éliminé vu qu’il est aussi une personne de couleur (POC dans le texte désormais)?

Les enjeux de diversité et d’inclusion ne s’arrêtent pas aux portes des institutions, même quand les personnes opprimées les intègrent, le travail contre les systèmes d'oppression continue.

Le racisme dans la télé-réalité

Explorons la troisième avenue parce que l’élimination de Mickaël en a surpris beaucoup, tandis qu’elle sonnait comme une ritournelle pour d’autres. En effet, reprenons la cassette : les enjeux de diversité et d’inclusion ne s’arrêtent pas aux portes des institutions, même quand les personnes opprimées les intègrent, le travail contre les systèmes d'oppression continue. La chose n’a rien d’un scoop pour les femmes qui ont intégré le milieu du travail depuis les grandes guerres du XXe siècle, mais lorsqu’on parle du racisme et de l’insertion professionnelle des POC en Occident, le dialogue se rejoue sans cesse avec des airs de première fois.

Le racisme propre au milieu de la télé-réalité est mondial et il a été analysé ailleurs par d’autres. Revenons toutefois sur le sujet parce que comme Les Ficelles le remarquaient dans leur podcast sur Occupation Double, la production de l’émission change de culture d’entreprise. Elle démontre un engagement concret à de meilleures pratiques : ça se sent, ça se voit et ça se compte à l’écran. Il n’y a qu’à remarquer l’intégration de moins en moins fétichisante de POC, de personnes LGBT ou grosses au bassin de candidat.e.s.

Cet engagement est payant et plaît au public. Par contre, Amélie des Ficelles soulignait que les faux pas n’étaient pas exclus et que les dernières semaines ont donné lieu à des remarques grossophobes à l’égard de Julie. Ajoutons donc que le racisme est un facteur de stress pour les candidat.e.s de couleur et qu’ils doivent conjuguer avec celui-ci, comme dans le cas de Marjorie.

L’élimination en premier des POC dans les concours de télér-éalité est une tendance lourde, que même une production d’ici comme Canada Drag Race n’a pas inversé, aussi récente soit-elle.

Bien que dans ce concours la Drag Queen gagnante s’est avéré être une POC, sur les cinq premières éliminations, quatre d’entre elles étaient de POC. L’émission nous laissait avec l’amère impression que la diversité c’est merveilleux, mais qu’il n’y a de place que pour une seule POC dans une compétition de téléréalité. Il y a à se demander si cette tendance va se répéter cet automne à OD. Si on compte les POC d’OD Chez Nous, il y avait Mickaël et il reste maintenant Marjorie, Luis Maxime, Emilia, Vincent, Patrick et Naadei. À ce jour, Naadei semble être la favorite, alors autant ouvrir les paris sur l’ordre de départ des cinq autres tout de suite.

L’ironie est blessante, mais ce genre de calcul est celui avec lequel les POC composent en intégrant des environnements professionnels majoritairement blancs où il y un climat de compétition. Marjorie ne l’avouera probablement pas à heure de grande écoute sur Noovo, mais contrairement à Martine qui se délirait oracle de sa propre élimination, elle est plus près de la porte sans son immunité de la maison mixte. Si on considère le racisme systémique, ce qui motivait ce que Marjorie a dit à Luis Maxime n’était pas une jalousie hystérique, mais le stress racial de se voir éliminée en premier avec son prétendant qui est aussi POC.

Alors que faire si c’était le cas? Il n’y a pas à réinventer l’eau chaude : l’affirmative action de nos voisins du Sud a fait ses preuves et il n’y aurait qu’à donner l’immunité aux candidat.e.s POC durant les premières semaines. La nouveauté de l’immunité des personnes dans la maison mixte a d’ailleurs permis qu’une telle logique émerge organiquement parmi les candidat.e.s de l’émission.

Dès qu’il a été admis que Julie n’était pas dans les tops des garçons, la stratégie de la protéger en l’envoyant dans la maison mixte s’est imposé. Comme dans le cas de Julie, pourquoi ne pas considérer que toutes les personnes issues de la diversité méritent leur place jusqu’à la finale et pas seulement comme une caution morale lors du tapis rouge? Et surtout, pourquoi devraient-elles continuer de subir les conséquences de systèmes d’oppression à heure de grande écoute à la télévision sans la moindre intervention?

Terminons là-dessus : cette saison d’OD est sincèrement rafraîchissante, à l’image du Québec d’aujourd’hui. Ça se sent, ça se voit et ça se compte à l’écran, comme ça se sent, ça se voit et ça se compte dans l’audience. À ce sujet, ODTea, un autre superbe podcast tenu par trois filles noires couvre hebdomadairement OD cet automne. La conversation est déliée, les rires sont au rendez-vous et les animatrices sont géniales.

C’est rassurant de voir que le public d’OD est aussi diversifié, surtout cette année. Une des insultes que les POC reçoivent souvent c’est “r’tourne chez vous [insérez l’injure raciale de votre choix]!” Le problème c’est qu’avec la pandémie mondiale et les frontières fermées, pas moyen de rentrer au bled. Fait que ça fait du bien de rester devant la télé et de se savoir avec d’autres en communauté, chez nous.

Pour plus d'analyse sur cette saison d'Occupation Double, rendez-vous sur le blogue de Firmin Havugimana
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