Musique

Les Francouvertes 2020 en six coups de cœur

La 24e édition du festival de la musique francophone canadienne émergente propose, cette année, des spectacles virtuels.
Photo: Francouvertes

C’est avec beaucoup d’émotions et un peu d’urgence que le public du Lion d’or a quitté la salle mercredi 30 septembre après le dernier soir des préliminaires des Francouvertes. Émotions, car tous savaient qu’il s’agissait du dernier concert en salle avant une longue pause de durée indéterminée. Urgence, parce qu’il approchait minuit, heure fatidique après laquelle toute culture vivante devenait illégale sous le décret du gouvernement provincial. Je suis sortie trois minutes après le couperet, en espérant qu’une horde de policiers ne m’attendait pas dehors.

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Cette 24e édition du concours-vitrine des Francouvertes a tout juste été en mesure de compléter sa ronde préliminaire amorcée en février dernier. C'était aussi l’occasion de voir la crème de la crème de la relève francophone. Il n’y a pas de doute : nombreux seront les projets qui se feront courtiser par les différentes étiquettes de disque dans les prochains mois.

En tout, ce sont 21 artistes qui auront foulé la scène du Lion d’Or, lors de l’un ou l’autre des sept soirs de préliminaires. Plus que jamais, la diversité musicale était au rendez-vous, du hip-hop expérimental au folk-thrash en passant par l’électroclash et le grunge.

Parmi tous ces projets, neuf participeront aux demi-finales, en ligne depuis le 12 octobre et se poursuivront jusqu’au 14. Si mes coups de cœur sont nombreux dans ce groupe, je me limite à trois découvertes à mettre sur votre radar.

Narcisse

Voilà quelques années que la région du 418 commence à faire sa place aux Francouvertes. Narcisse est un projet qui commence déjà à faire sa marque dans la ville de Québec, et les Montréalais sont de toute évidence tombés sous son charme. Si le EP Narcisse présente une électropop efficace aux influences françaises, c’est sur scène que Narcisse prend tout son sens.

En effet, la mise en scène et le charisme de Narcisse sont ses principales forces, alors que le spectacle joue sur la ligne entre concert et art de performance. Accompagné.e du musicien Super Plage et de la drag queen Utopia, l’artiste non-binaire sait capter l’attention dans une grande et nécessaire célébration queer à souhait.

Kanen

Le projet de Karen Pinette Fontaine a beaucoup évolué depuis ses débuts il y a plusieurs années. Et pourtant, son concert du 29 septembre donne l’impression qu’elle a encore énormément de potentiel pour continuer de grandir encore.

Pour l’instant, Kanen semble se décliner en deux versions. D’un côté, il y a des chansons rassembleuses, où ses musiciens l’accompagnent joyeusement alors qu’elle joue du ukulélé. D’un autre, il y a des chansons très sombres, voire un peu déprimantes, qui m’ont littéralement donné la chair de poule. Le tout forme une montagne russe d’émotions où chacun y trouvera son compte.

Enfin, notez que Karen Pinette Fontaine se présentait sous son propre nom jusqu’à pas si longtemps. C’est donc dire qu’il faudra chercher son nom complet sur certaines plateformes pour trouver sa musique.

Mille Piastres Please

Dernier artiste à fouler les planches du Lion d’Or aux préliminaires, Mille Piastres Please aura réussi à se glisser au septième échelon du palmarès. Si l’énergie sur scène était le seul critère toutefois, il est clair que le projet aurait terminé tout en haut de la liste. En effet, le chanteur et violoniste Jo Millette semble avoir du souffle à l’infini tellement il se démène sur scène. On apprécie sa voix élastique et théâtrale, qui peut passer d’un chuchotement à un cri en quelques secondes. Idem pour son débit, qui en devient presque étourdissant par moment.

On en oublie presque ses musiciens – un claviériste-trompettiste, un guitariste, un joueur de banjo, une bassiste et un batteur – qui jouent avec fougue derrière lui. Tout comme le groupe Narcisse, Mille Piastres Please est un projet qui se dévoile réellement une fois en personne. Et encore comme pour Narcisse, il s’agit du genre de projet un peu plus champ gauche et éclaté qui est si pertinent d'inclure aux Francouvertes.

Hors des demi-finales

Si on se réjouit pour les neuf artistes qui participeront aux demi-finales, on ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour les 12 autres dont le parcours est déjà terminé. Dans certains cas, les projets étaient peut-être encore trop embryonnaires pour passer à la prochaine étape. Dans d’autres, c’est parfois une simple question de goûts différents du public.

Il n’est après tout pas rare de voir des artistes ressortir des Francouvertes, même après une sortie rapide. Dans notre boule de cristal, on entrevoit un bel avenir à ces projets.

Mélodie Spear

Autre artiste de la scène de Québec, Mélodie Spear n’avait que 22 ans en février dernier lorsqu’elle a brisé la glace des préliminaires. Elle souhaitait probablement rajouter un autre trophée au-dessus de sa cheminée, elle qui avait raflé les honneurs dans la catégorie « auteure-compositrice-interprète » au concours Ma première Place des Arts l’année précédente.

Elle n’est pas une reine encore, mais elle est certainement la nouvelle princesse du grunge au Québec. Son rock bûche dans plusieurs directions, parfois plus bon enfant, parfois plus engagée. On apprécie particulièrement son nouvel extrait Dans les limbes, un peu plus sombre et gothique que le reste de son répertoire. Mélodie a tout le talent nécessaire pour faire sa marque.

Embo/phlébite

Le groupe mené par Raphaël Léveillé s’est également présenté lors du premier soir de préliminaire, et il se sera accroché au palmarès jusqu’à la toute fin. Après avoir fait paraître un EP assez tranquille en 2018, la formation a subi de nombreux changements, ajoutant entre autres le batteur imprévisible de Crabe Gabriel Lapierre et la choriste et patenteuse de pédales et d’ambiances de Laurence-Anne, Naomie Delorimier.

Le tout résulte en un groupe aux accents plus punk et plus marginaux.

Cette cassure est surtout apparente sur la pièce Tous et toutes, parue il y a quelques semaines. La pièce réussit à faire entrer une quantité impressionnante d’idées et de mélodies en moins de trois minutes. Bref, le genre de musique qui commande toute l’attention sur elle.

Dope.gng

Si le charmant rappeur Vendou, qui passe en demi-finales, représente bien l’état actuel du hip-hop québécois hyper mélodieux, Dope.gng est là pour tout démolir. On est particulièrement reconnaissants d’avoir réussi à les voir dans le dernier concert de préliminaire pré-Covid, alors qu’une partie du public a pu monter sur scène s’entrechoquer dans un joyeux mosh pit. Juste d’y repenser, ça me rend coronanxieuse.

Difficile en effet de mieux résumer la performance du duo trap punk qu’en retranscrivant cette citation de Zilla : « OK les Francouvertes, nous autres on est venus foutre la m..! » Yabock et lui aiment effectivement balancer leurs rimes avec fougue, humour et chaos sur des trames musclées qui sortent du cadre.

Si la 24e édition des Francouvertes est toujours en cours, il est déjà possible de s’inscrire en vue de la 25e édition, et ce, jusqu’au 5 novembre prochain. Sinon, on surveille les dates de demi-finales des 12, 13 et 14 octobre qui seront présentées en ligne, et on prie sa divinité préférée très fort pour que la finale, prévue le 2 novembre, puisse se faire devant public.

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