Racisme systémique

L’arrière-scène du GACR

Le groupe d'action contre le racisme sera-t-il vraiment utile?
Photo: LouisRoyQc

Pour une personne moyenne, ce n’est pas toujours évident de savoir ce qui se passe lors des rencontres du Groupe d’action contre le racisme (GACR). Le groupe consultatif de sept députés caquistes, dont quatre ministres, a été mis sur pied en juin dans la foulée des manifestations en solidarité avec le mouvement Black Lives Matter provoqué par la mort de George Floyd aux États-Unis, qui a ravivé le mouvement contre le profilage racial et d’autres formes de discrimination raciale au Québec.

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Le groupe d’action n’est pas une enquête publique, comme la Commission Viens, l’enquête pan québécoise qui a révélé au grand jour un pattern de mauvais traitements envers des Autochtones au Québec, ni un forum public, tel que celui qui avait fait couler beaucoup d’encre sous le gouvernement Couillard. Le GACR se réunit à huis clos. Selon Marie Barrette, la porte-parole du Groupe d’action, le groupe ne compte pas publier ni d’agenda public ni de mise à jour publique avant la fin de ses délibérations, prévue à la mi-novembre. En date du 7 octobre, selon Mme Barrette, le groupe avait entendu des témoignages d’une trentaine de groupes ou d’experts, sur une cinquantaine au total.

«Les rencontres se sont déroulées de manière privée, et c’est pour cette raison que nous n’identifierons pas les groupes,» précise Mme Barrette . «Cette forme de consultations a été privilégiée, car plusieurs travaux, commissions, rapports, etc., ont déjà été faits au cours des dernières années sans jamais mener à des actions concrètes.»

Elle précise que les travaux du GACR «se déroulent à la satisfaction de ses membres et nous avons appris beaucoup sur la question de racisme.»

Max Stanley Bazin, président de la Ligue des Noirs du Québec, relate avoir été contacté par le GACR après avoir participé, avec d’autres militants, à un reportage de Radio-Canada dénonçant le fait que très peu de consultations ont été menées dans les trois premiers mois de la commission.

«J’ai dénoncé le manque de consultation [début septembre], et ensuite, ils ont fait amende honorable et ils m’ont contacté,» mentionne-t-il.

M. Bazin dit que lors de son intervention via vidéoconférence, il a eu l’impression que le travail de la commission était encore embryonnaire.

«Nous sommes au tout début. Ils n’ont rien mis sur la table encore; ils en sont au stade de chercher les opinions des gens,» observe M. Bazin. «Au moins ils nous écoutent, mais nous avons besoin d’actions concrètes que le public va voir.»

Michèle Audette, femme politique et ancienne commissaire de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, actuellement conseillère principale en matière de réconciliation et d’éducation autochtone à l’Université Laval, a aussi été entendue par la commission. «J’ai beaucoup aimé mes échanges avec eux; certaines personnes avaient des positions qui m’ont rassurée,» dit-elle.

Elle relate avoir salué les travaux d’un autre groupe de travail parlementaire, sur les violences sexuelles, qui avait abouti sur une subvention donnée à l’organisme Juripop pour appuyer les démarches légales des survivantes des violences sexuelles. «Je leur ai dit, "Là, vous avez créé un précédent, il y a des changements qui peuvent arriver ».»

Elle considère que la mise en place du GACR est «un pas, parmi les milliers qui restent à faire.» Elle a parlé de la nécessité de mieux outiller les services de sécurité publique et de protection de la jeunesse pour répondre aux besoins des communautés autochtones, mais particulièrement de mieux éduquer les aspirant.es enseignant.es — et par extension, les aspirant.es politicien.nes et la population générale — sur les réalités autochtones. Elle a aussi suggéré la mise en place d’une unité permanente comme le bureau du protecteur du citoyen, pour veiller sur le respect des droits des autochtones dans leurs relations avec les services publics et l’implantation des recommandations des rapports précédents, qui rendrait régulièrement compte au public.

Elle garde espoir dans le GACR «jusqu’à temps que ça ne bouge pas, et si c’est le cas, nous nous mobiliserons à nouveau!»

M. Bazin relate avoir fait plusieurs recommandations à la commission, notamment de légiférer spécifiquement contre le profilage racial dans les services publics, de sanctionner plus proactivement les policier.es accusés de profilage et de lancer une campagne de publicité contre le racisme.

Malgré leur ouverture avec la mise sur pied du GACR, le refus du gouvernement Legault de reconnaître l’existence du racisme systémique reste une pierre d’achoppement pour les deux militants.

«Le racisme systémique existe et le racisme systémique tue,» résume Max Stanley Bazin. «Ce qui est arrivé à Joyce Echaquan est la manifestation du racisme systémique, et elle est une héroïne d’avoir pris son téléphone, pour qu’on puisse prévenir d’autres cas comme le sien.»

«Je ne veux pas taper sur M. Legault, mais il est le chef des Québécois.es, et son gouvernement est là pour nous protéger tous,» poursuit-il. «J’aimerais le voir se mettre de l’avant et dire "je vais faire ma part." Si jamais il y a une autre Joyce Echaquan, il sera pointé du doigt.»

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