Élections américaines 2020

« Le pays avant le parti » : ces républicain.e.s qui voteront contre Trump

Andréanne Plante

En vue des prochaines élections, de nombreux républicain.es ont décidé d’unir leur force pour tenter d’empêcher le président Donald Trump d’être réélu. C’est le cas du Lincoln Project, un comité d'action politique national formé fin 2019. Mais c’est aussi le cas de plusieurs simples citoyen.nes du Texas, un État reconnu pour voter rouge, ce qui pourrait faire mal le jour du vote alors que la course s'annonce plus serrée qu’anticipée.

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« Je veux retrouver mon pays, c’est aussi simple que cela. Je veux de la décence, de l’humanité, de la vérité, de l’honneur. Je veux tout retrouver, parce que ce dont j'ai été témoin au cours des quatre dernières années m'a horrifié », lance d’entrée de jeu Lê Hoàng Nguyên, le propriétaire d’une firme d’assurance de Houston.

« Nous avons un président qui est un menteur chronique. Comme Américains, nous pouvons débattre, être en désaccord sur des politiques. Aucun problème. Mais il y a certaines valeurs qui sont à la base de notre démocratie et [Donald Trump] les a toutes violées », renchérit-il au bout du fil.

M. Nguyên est ce qu’on appelle un « lifelong Republican ». Depuis la première fois qu’il a pu voter à ses 18 ans, il a toujours opté pour le rouge, en commençant par George H. W. Bush en 1988. Cependant, l’arrivée de Donald Trump dans le portrait politique américain l’a fait changer d’avis. Car pour lui, il ne représente en rien son parti de coeur.

« Le Parti républicain avec lequel j’ai grandi n’existe plus aujourd’hui et je veux le retrouver. [Un parti] fiscalement conservateur, mais compatissant. Compatissant avec tous. C’est ça le parti avec lequel j’ai grandi. Ce qui se passe maintenant c’est qu’il n’y a absolument aucune compassion. Aucun honneur », explique-t-il.

En 2016, M. Nguyên n’avait pas voté pour Trump. Il avait choisi d’annuler son vote en inscrivant « aucun de ces deux idiots » sur son bulletin. Il ne pouvait se faire à l’idée de voter pour Hillary Clinton, même s’il avait une opinion défavorable de Trump. Mais cette fois-ci, dans l’espoir de retrouver son pays, il a décidé de faire entendre sa voix. Il votera pour Joe Biden et il a loué un immense panneau publicitaire dans les rues de Houston pour présenter son choix.

Photo : Courtoisie

L’image a fait sensation sur les réseaux sociaux et M. Nguyên croit que d’autres suivront maintenant son exemple.

« Je pensais vraiment qu’il allait changer »

Dans les banlieues de Dallas, le résultat de l’élection s’annonce déjà serré. Malgré la rougeur de l’État du Texas, le pourtour des grandes villes a de plus en plus tendance à voter bleu. Ce serait donc catastrophique pour les républicains si, en plus de perdre de la place en raison des changements démographiques, ils perdaient du terrain parmi leur propre base.

Pourtant, c’est exactement ce qui se passe dans la tête de Monica Haft, une avocate vivant à Richardson au nord de Dallas. Elle a voté Trump en 2016, un geste qu’elle dit avoir regretté « quasi immédiatement » après l’arrivée en poste du nouveau président.

Photo : Andréanne Plante

« Il y a eu un changement de ton qui s’est opéré très rapidement et ça m’a déplu. Et juste la façon dont il se comporte jour après jour. Il n’agit pas comme un président. Il se comporte comme s’il était toujours dans The Apprentice! », s’exclame-t-elle.

« Je pensais vraiment qu’il allait changer lorsqu’il deviendrait président, que c’était juste une façon de se vendre et qu’il allait agir comme un être humain normal une fois élu. C’était complètement faux », raconte Mme Haft assise sur un banc devant son édifice à condo.

Si elle et son mari sont sur la même longueur d’onde concernant ce changement de cap politique, Mme Haft avoue que la discussion est difficile, voire impossible, avec certains membres de sa famille et de son entourage traditionnellement républicains.

« On essaie d’éviter le sujet. C’est difficile. Il y a des situations dans nos familles où ils refusent de même reconnaître des erreurs à [Donald Trump]. Et vous ne pouvez pas avoir de conversations avec des gens comme ça. Ils ne sont pas ouverts à entendre quoi que ce soit de critique sur lui. C’est presque un culte. C’est épeurant », raconte-t-elle.

Le 21 octobre dernier, trois républicains bien connus au Texas, l’ancien membre du congrès et ex-maire de Dallas Steve Bartlett, l’ancien conseiller spécial aux affaires hispaniques du président Trump Jacob Monty et l’ancien représentant Alan Steelman, ont eux aussi fait une sortie conjointe en faveur de Joe Biden. Ils ont décidé de choisir « le pays avant le parti » en votant contre Trump cette année et souhaitent que d’autres collègues fassent de même.

Pour le moment, selon un récent sondage de l’Université Quinnipiac au Connecticut, Donald Trump récolte toujours près de 92% d’appui chez les républicains du Texas.

Un parti à reconstruire

Pour ces «républicains contre Trump», la discussion est aussi difficile en ligne. Il n’est pas rare que des gens comme Monica Haft reçoivent des messages hostiles pour avoir permis, avec leur vote, d’élire Donald Trump en 2016. C’est exactement pourquoi Michael Ruiz, un résident de Gavelston dans la soixantaine, a décidé de créer un des nombreux groupes de discussions pour républicains contre Trump sur Facebook.

Pour s’assurer que Trump ne soit pas réélu, il était évident pour lui qu’il ne fallait pas blâmer ces personnes qui étaient prêtes à virer leur chemise pour leur patrie.

« [Dans un autre groupe], les républicains ne me donnaient pas l’impression qu’ils avaient une plateforme pour décompresser sans être blâmés pour Trump », explique-t-il.

« Il y a des républicains qui sont pris entre deux chaises et qui sont déchirés avec l’idée de voter contre leur parti. La mission, c’est de voter pour tasser Trump. [Ensuite], le Parti républicain va devoir se reconstruire, par contre c’est impossible tant qu’il [Trump] sera en poste », ajoute l’homme qui se considère maintenant comme un indépendant, mais qui a déjà flirté avec les idées républicaines de l’ère prétrumpienne.

Sur la reconstruction, Monica Haft est bien d’accord avec M. Ruiz. Comme Lê Hoàng Nguyên, elle est nostalgique du Parti républicain des années 80-90.

« Les dirigeants des quatre dernières années ont détruit le parti, de leurs propres mains, par leurs propres actions. Personne d’autre », décrit Mme Haft.

« Il y a vraiment une purge qui doit se faire dans le leadership [du parti]. Les Mitch McConnell [chef de la majorité républicaine au Sénat et sénateur du Kentucky] et Lindsey Graham [sénateur républicain de la Caroline du Sud], ils doivent partir. Et s’ils s’en vont, et qu’on voit des changements dans le Parti républicain pour ramener le genre de personne et de leader que j’ai respecté, avec des politiques inclusives, au moins comme la plateforme le laisse entendre, là je penserai [à revenir au parti] », affirme-t-elle.

Car pour l’instant, que ce soit Mme Haft ou M. Nguyên, il n’est pas clair que leur vote restera démocrate dans quatre ans. « Je ne pense pas que je me sentirai un jour à la maison chez les démocrates, mais je peux très bien vivre avec un vote pour Joe Biden », ajoute Monica Haft.

Ils veulent d’abord reprendre leur pays des mains de Trump et cela passe par un vote démocrate en 2020. Pour le reste, on verra.

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