crise du logement

Une crise de l’itinérance frappe Val-d’Or

Voici l’histoire de celles et ceux qui se retrouvent à la rue dans une ville qui déborde de ressource minière
Christopher Curtis

Cet article a été traduit de l'anglais par Anique Laan.

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Val-D’Or — Un endroit difficile.

Entourée de mines d’or, cette ville a été construite autour d’un puits de mine où des machines percent et dénaturent la croûte terrestre.

Val-d’Or est creusée dans certaines des plus anciennes roches métamorphiques de la planète. Ces formations rocheuses atteignent la taille de certains pays européens et sont si anciennes qu’elles précèdent l’humanité de plusieurs milliards d’années. La ville repose sur une ligne de faille entre les forêts de l’Outaouais au sud et les rivières glacées qui coulent de la baie James, à environ une journée de route vers le nord.

Vivre ici, c’est lutter contre des vents violents, des sols gelés et de longs hivers. Et quand la neige finit par fondre, presque tout se recouvre d’une couche de poussière et de boue.

Un endroit difficile, où vous ne voudriez pas être forcé à vivre dans la rue.

Et pourtant, l’itinérance est un problème croissant à Val-d’Or. Au cours de la dernière année, le nombre de personnes ayant eu recours au seul refuge d’urgence de la ville, La Piaule, a augmenté de 59 %.

Entre avril 2019 et mars 2020, 461 personnes ont été hébergées dans ce refuge. Et ce, dans une ville de seulement 32 000 habitants. Pour vous donner une idée, c’est comme si Montréal comptait 26 000 itinérants (soit environ neuf fois la population actuelle de sans-abri).

« Des gens se retrouveront à la rue tant que ces nations n’auront pas accès à des logements convenables. »

Voici l’histoire de celles et ceux qui se retrouvent à la rue dans une ville qui déborde d’argent minier. On y trouve les pires côtés de Val-d’Or : racisme institutionnel, drogues, alcool et allégations de trafic d’êtres humains. Mais aussi les meilleurs.

Les gens sont laissés pour compte, mais reçoivent aussi de l’aide. Ils sont rejetés par les propriétaires et certains commerçants, mais sont accueillis par un regroupement de résidents et d’alliés autochtones de la ville.

Au fond, il y a de l’espoir.

Un air entraînant

Lorsque j’ai rencontré Matthias le mois dernier, il jouait de son harmonica sur un banc de parc. Cet après-midi-là, le vent soufflait fort sur le chemin Sullivan. On sentait l’air humide nous geler jusqu’aux os. Matthias était assis à côté de quelques amis et les divertissait avec sa musique.

Je lui ai demandé : « Où as-tu appris à jouer comme ça »?

« Je m’asseyais avec mon père et il me disait : “Observe-moi bien” », a répondu Matthias. « Alors j’ai regardé et j’ai appris. Mon père, il savait jouer de tous les instruments. »

Matthias se mit alors à jouer un air entraînant, en tapant du pied gauche alors que le rythme découlait de ses lèvres sèches à travers l’harmonica. Il s’est arrêté pour reprendre son souffle. « Je ne suis plus très jeune », dit-il.

Matthias a besoin d’une marchette pour se déplacer à cause d’une douleur persistante à la hanche. Il passe ses journées au parc et au centre de répit Chez Willie. Le soir, il fait la file pour recevoir un repas chaud à La Piaule, où il dort sur un lit de camp dans une chambre avec une douzaine d’autres hommes. Certains d’entre eux ronflent, dit-il en souriant.

Comme la plupart des personnes qui fréquentent le refuge d’urgence, Matthias est autochtone.

Bien que les autochtones ne représentent qu'entre 6 et 10 % de la population de Val-d’Or, ceux-ci représentent les deux tiers des personnes qui dorment à La Piaule.

Réfugiés dans leur propre pays

Matthias est arrivé à Val-d’Or en provenance du lac Barrière, une réserve Anichinabée située en plein milieu de la réserve faunique La Vérendrye, à quelques heures au sud de la ville.

Les gens ont peu de raisons de rester dans le coin du lac Barrière. L’exploitation forestière dans la région réduit la population d’orignaux ainsi que d’autres aliments de base du régime des Anichinabés. Le secteur forestier a également inondé des territoires de piégeage dans les années 1920 afin que les billots de bois puissent être transportés par flottage vers le sud, en direction d’Ottawa.

Et ce réservoir continue de causer des problèmes aux résidents du lac Barrière. Au printemps, lorsque l’eau monte et redescend, elle déplace la terre sablonneuse sous la réserve et des dizaines de maisons se retrouvent ainsi avec des fondations fissurées.

« Je ne retournerai peut-être jamais chez moi », a déclaré Matthias. Ses mains tremblaient et la peau de son visage était craquelée. C’est avec un sourire gêné qu’il a partagé cette pensée, qu’il pourrait un jour mourir dans la rue.

D’une certaine façon, les gens qui arrivent à Val-d’Or sont des réfugiés dans leur propre pays. Ils sont obligés de quitter leur maison parce que leur façon de vivre traditionnelle est perçue comme un inconvénient pour l’extraction des ressources.

De l’autre côté de la réserve faunique, à Kitcisakik, d’autres territoires Anichinabés ont été inondés dans les années 1960 pour faire place à un barrage hydroélectrique. C’est donc toute une ironie que la communauté ne soit pas alimentée par l’énorme réseau électrique du Québec, mais par des générateurs diesel qui brûlent du carburant toute l’année.

Il est également ironique de constater que les habitants de Kitcisakik n’ont pas accès à l’eau courante potable, alors que leur territoire est entouré de lacs et de rivières. Un petit feu de cuisine pourrait brûler une maison tout entière bien avant que des boyaux d’incendie ne soient déployés pour l’éteindre.

Après avoir perdu sa maison dans un incendie, Cynthia a renoncé à la vie à Kitcisakik. Selon ses amis, après cet incident, Cynthia a confié ses enfants à sa famille et a quitté le territoire pour Val-d’Or.

Elle s’est rapidement retrouvée à la rue, où la police a commencé à la harceler. Elle passait beaucoup de temps au refuge. Bien qu’elle ait fini par atteindre la sobriété et trouver du travail grâce à La Piaule, Cynthia a finalement perdu son long combat contre la dépression. Elle s’est suicidée en 2017.

Le poids sur les épaules de ces communautés est également alourdi par d’autres facteurs. Le financement fédéral pour le logement, les infrastructures et l’éducation des Premières Nations plafonne depuis des décennies, incapable de suivre la croissance rapide de la jeune population autochtone dans la région. Souvent, les gens n’ont d’autre choix que de quitter leur communauté d’origine dans l’espoir d’un avenir meilleur. Pour les Anichinabés, cela signifie de se rendre à Val d’Or, la grande ville la plus proche.

« Même si nous développons une bonne stratégie pour combattre l’itinérance à Val-d’Or, nous ne nous attaquons qu’à un symptôme d’un problème bien plus vaste », a déclaré Roméo Saganash, qui était le député de Val-d’Or entre 2011 et 2019.

« Des gens se retrouveront à la rue tant que ces nations n’auront pas accès à des logements convenables. Des gens se retrouveront à la rue tant que leurs droits territoriaux ne seront pas respectés. Des gens se retrouveront à la rue tant qu’il n’y aura pas d’avenir pour eux sur leur propre territoire. Toutes les mesures prises pour aider les sans-abri de Val-d’Or sont formidables, mais ce n’est qu’un pansement sur une plaie ouverte. »

Matthias
Christopher Curtis

« Des gens qui ont survécu à beaucoup de choses »

Dans cette ville pleine de difficultés, le sourire de Kim Lévesque est un rayon d’espoir. Elle travaille à La Piaule et aide les gens à atteindre la sobriété, à trouver un appartement ou simplement à avoir quelques heures à eux seuls, en paix.

Au premier abord, elle paraît comme une dure avec sa chemise de travail Levi’s, des avant-bras tatoués, la lèvre percée et un paquet de cigarettes Viceroy à portée de main. Mais cela ne semble que la rendre plus facile d’approche.

« Les gens ont de la difficulté à demander de l’aide », dit la plus ancienne employée de La Piaule. « Et ils peuvent aussi avoir de la difficulté à se confier. Il s’agit simplement d’être là pour eux, d’être présent, et de leur faire comprendre que vous serez là jusqu’au moment où ils seront prêts. »

« Quelqu’un qui n’a pas dit un seul mot en thérapie pourrait s’ouvrir à vous quand vous le rejoignez dehors pour une cigarette. Ce qu’on voit sans cesse ici, ce sont des gens qui ont survécu à beaucoup de choses et qui essaient de guérir du mieux qu’ils peuvent. »

L’un des hommes assis à côté de Matthias dans le parc a raconté qu’il a sombré dans une profonde dépression après avoir perdu sa femme et deux de ses enfants dans un accident de voiture. Il avait le nez croche et des cicatrices sur le visage. Il parlait doucement.

Tous les jours, il porte le deuil d’avoir perdu sa famille.

Un autre homme, nommé Jeremiah, a quitté le territoire cri et est venu à Val-d’Or pour l’amour. Il y a quelques années, il a glissé sur la glace et s’est déchiré les ligaments des genoux.

Il était contremaître pour une équipe de bûcherons, mais sa blessure l’a empêché de reprendre ce mode de vie. Aujourd’hui, il est assis à une table de pique-nique froide à l’extérieur de La Piaule et attend son tour pour manger un repas chaud.

Même pour les plus chanceux, le salaire est accompagné de douleurs articulaires et musculaires.

Une femme qui se trouvait près de Jeremiah a fui sa réserve à cause d’un mari violent. Elle n’avait nulle part où aller. Elle faisait donc les cent pas pour se réchauffer pendant que l’odeur des hamburgers s’échappait de la cuisine de La Piaule.

Jerry Anichnapéo, un autre habitué du refuge, a vécu dans la rue par intervalles pendant 32 ans. Mais le 1er décembre, il a emménagé dans son propre appartement.

Les circonstances qui l’ont conduit vers la dépendance n’ont rien de nouveau. Enfant, on l’a envoyé dans un pensionnat, où un enseignant l’a agressé sexuellement et, lorsqu’il a dénoncé son agresseur, on l’a traité de menteur.

Ce traumatisme a tourné en boucle dans sa tête pendant des années, ce qui l’a mené à noyer sa peine dans l’alcool.

« Je suis toujours là, je continue de me battre, je tiens encore debout, solide sur mes deux jambes », a-t-il déclaré. « Tout ce que je voulais, c’était d’être artiste. Finalement, je suis plutôt un combattant, quelqu’un qui doit défendre les autres sans-abri, qui doit se battre pour être entendu, pour être cru. J’ai 50 ans et j’ai dû me battre toute ma vie. »

« J’en ai assez. »

Une communauté pour ceux qui n’en ont pas

Ce n’était pas évident de trouver un propriétaire qui accepterait l’argent de Jerry Anichnapéo. Kim Lévesque dit qu’elle doit parfois faire preuve de créativité pour aider ses clients autochtones à obtenir un logement.

« Parfois, je dois appeler le propriétaire à leur place parce que s’ils entendent un accent Anichinabé, l’appartement est “soudainement déjà loué” », explique-t-elle. « On visite l’appartement ensemble et je leur dis que je suis une amie. Je ne dis pas que je travaille dans un refuge pour itinérants, parce que cela pourrait aussi jouer contre eux. »

« Au travail, on voit beaucoup de racisme, mais on voit aussi la communauté se rassembler. » C’est vrai que Val-d’Or est un endroit difficile. Le racisme et la haine se sont profondément ancrés dans certaines de ses institutions, mais La Piaule fait ressortir le côté plus humain de la ville.

Ici, beaucoup de gens qui traversent des moments difficiles n’ont pas de famille ni d’amis pour leur apporter du soutien. Ils découvrent donc que, d’une certaine façon, la communauté devient leur famille.

Le refuge est né dans les années 1980 sous forme d’action locale, soit quelques habitants bienveillants offrant des repas et des vêtements à partir de leur maison sur le chemin Sullivan.

Aujourd’hui, les trois étages de La Piaule dominent les duplex et bungalows voisins. Elle dispose d’une cuisine équivalente à celle d’un restaurant, de dortoirs pouvant accueillir 40 personnes par nuit et d’une cafétéria.

Certains de ses employés sont d’anciens clients qui ont réussi à se sortir de la rue.

Bien que le refuge fût d’abord maintenu par une initiative de collecte de dons, la majeure partie de son financement de plus de 500 000 $ par an provient du ministère de la Santé du Québec. La ville de Val-d’Or et le gouvernement fédéral donnent environ 50 000 $ chacun, et certaines des plus grandes mines fournissent des manteaux d’hiver, de la nourriture et des bénévoles.

« Il y a un véritable sentiment d’unité et de solidarité ici », a déclaré Stéphanie Quesnel, directrice du refuge. « On n’a pas autant de ressources qu’une ville comme Montréal, et l’ampleur actuelle du problème d’itinérance est un phénomène relativement nouveau. »

« On a donc dû improviser pour apprendre les meilleures pratiques. On assiste à des conférences, on essaie d’acquérir toutes les connaissances qu’on peut auprès d’experts en la matière et on les met en pratique pour aider nos gens », explique-t-il.

Lors d’un après-midi très froid le mois dernier, alors qu’elle était sur le point de partir, la directrice s’est arrêtée pour parler à ses travailleurs et aux personnes qui soupaient. Elle s’est accroupie à côté d’eux, à l’écoute de leurs préoccupations. Elle en a pris note mentalement et se les répétait à elle-même en sortant pour aller souper avec sa famille.

Il était près de 18 heures, environ une heure plus tard que son heure de départ prévue.

« Souvent, nos quarts de travail sont plutôt des approximations, raconte Stephanie Quesnel, On ne fait pas ça pour devenir riches. Si quelqu’un est en crise, on reste plus tard. Si un collègue est épuisé, on le remplace. On voit nos clients mourir dans la rue, on les voit souffrir de traumatismes inimaginables. On les voit aussi réussir. »

« J’étais sur le point de sortir un soir quand un de mes clients m’a dit qu’il avait vraiment envie de consommer. Notre entrée était remplie de neige, alors je lui ai demandé s’il voulait bien sortir avec moi et m’aider à pelleter. Quand on avait terminé et qu’on était essoufflés, il m’a dit qu’il se sentait mieux. C’est le genre de moment que ce travail peut nous apporter. Parfois, certains de mes anciens clients reprennent leur vie en main et obtiennent un bon emploi dans les mines. Ils viennent me voir pour me saluer et prendre des nouvelles, dans leurs nouveaux camions de luxe. Je les taquine en leur disant : “Maudit, quand est-ce que ce sera à mon tour d’être riche? Fais-moi signe et regarde-moi bien aller.” »

Jerry Anichnapéo
Christopher Curtis

Alléger les souffrances

C’est une ville en plein essor.

Des gens de partout au Québec viennent ici pour faire fortune en travaillant dans les mines. Une personne occupant un poste de foreur, de camionneur ou de conducteur de machinerie lourde ici peut gagner deux fois plus d’argent qu’en exerçant un métier ailleurs dans la province.

Mais cet argent ne s’obtient pas facilement. Même pour les plus chanceux, le salaire est accompagné de douleurs articulaires et musculaires. Puis, il y a ceux qui écopent le plus : des os cassés, de la chair déchirée ou même un sentiment graduel de solitude après de si longues heures travaillées loin de chez soi.

Quelle que soit la cause de leur douleur, les travailleurs se tournent parfois vers les bars pour alléger leur souffrance. Parfois, une soirée se transforme en une fin de semaine, en quelques soirs de semaine, puis une véritable dépendance se développe.

L’un des hommes qui attendaient à l’extérieur de La Piaule a raconté s’être engagé dans cette voie. Il a été licencié par une des mines de la région lors de la chute des prix de minéraux en 2015.

À ce moment-là, il s’était habitué à un certain niveau de vie. Il payait des tournées dans ses bars préférés de la 3e avenue, titubait du Manoir jusqu’au pub irlandais et d’autres bars de la rue principale, puis recommençait le soir suivant et ainsi de suite.

« Si tu maintiens ce mode de vie pendant un certain temps, tu te retrouves à la rue assez vite, à boire une bouteille d’un litre de Black Label », dit-il. « Maintenant, je ne bois plus. »

Le prix de l’or étant à 2 000 $ l’once, l’argent coule à flots à Val-d’Or, ce qui permet d’alimenter un marché de drogues illicites inhabituel pour une ville de 32 000 habitants.

« On veut que son nom soit associé à quelque chose de beau. »

Le mois dernier, lors de ma première nuit dans un motel du centre-ville, j’étais assis sur le balcon et j’ai assisté à une série de transactions de drogue dans le stationnement. Une Honda sport blanche s’arrêtait, et dans l’espace de quelques minutes, le conducteur baissait sa vitre et échangeait de l’argent contre quelque chose qu’il déposait dans la main de l’acheteur, puis il repartait.

Cette transaction se répétait environ toutes les demi-heures.

À 4 heures du matin, une femme dans la chambre d’à côté accusait son copain d’infidélité en criant. Il est parti furieux.

Je me suis dit : « Cocaïne. »

Et là où il y a des stupéfiants, des motels et des hommes qui se sentent seuls, le travail du sexe n’est jamais très loin.

« Ça arrive parfois qu’il y ait des situations où une travailleuse du sexe et son proxénète sont tous les deux hébergés à La Piaule. Les hommes et les femmes dorment dans des dortoirs séparés, mais on est tout de même confrontés à des questionnements éthiques », a déclaré Stéphanie Quesnel.

« On ne juge personne ici, on travaille à réduire les méfaits et on veut que les gens soient en sécurité. Mais, dans la rue, il existe des dynamiques de maltraitance. On doit donc s’assurer que les femmes connaissent leurs droits et qu’elles ont les moyens de prendre leurs propres décisions. »

Il y a cinq ans, douze femmes autochtones ont dénoncé les abus sexuels et physiques qu’elles auraient subis de la part des policiers de Val-d’Or. Cet événement a secoué la structure du pouvoir de la ville.

Selon l’une d’entre elles, des policiers l’auraient forcée à se livrer à des actes sexuels en échange d’argent. Ses allégations n’ont jamais été prouvées en cour et les avocats représentant les policiers de Val-d’Or contestent vigoureusement cette accusation.

« La plupart des femmes qui se sont manifestées vivaient dans la rue et certaines se prostituaient », a déclaré Édith Cloutier, directrice générale du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or. « Peut-on vraiment appeler cela du travail du sexe si, dans cette ville, les femmes sont victimes de trafic? Dans bien des cas, ce n’est pas un choix. »

Du beau travail

Il y a cinq ans, la police a sévi contre un « bar à coke » géré par les Hells Angels. Les propriétaires et les trafiquants qui le dirigeaient ont été arrêtés, et le bâtiment a été saisi. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’un trou dans le sol en face du Tigre Géant sur la 3e avenue.

Bientôt, on y trouvera des logements de transition où des dizaines d’itinérants pourront vivre dans leur propre appartement d’une chambre à coucher tout en ayant accès à un travailleur social qui facilitera leur transition pour se sortir de la rue.

L’unité d’habitation portera le nom de « Château Marie-Ève », en hommage à Marie-Ève Charron, une ancienne cliente de La Piaule qui a été assassinée en 2016. À la suite du procès de son assassin, les « problèmes personnels » de la victime ont fait beaucoup parler.

Selon Stéphanie Quesnel, il conviendrait plutôt d’associer le nom de Marie-Ève Charron à quelque chose qui suscite l’espoir.

Son assassin purge une peine de prison pour homicide involontaire et Mᵐᵉ Quesnel affirme qu’avec le temps, on se souviendra d’elle autrement que par cet événement tragique.

« Marie-Ève faisait partie de cette communauté, elle était aimée, elle mérite d’être honorée », affirme-t-elle. « On veut que son nom soit associé à quelque chose de beau. Le travail acharné de nos employés et les efforts de nos clients en quête d’une vie meilleure, voilà quelque chose de beau. »

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