Les fêtes en région

Un ange de Noël pour les familles autochtones de Val-d’Or

Émélie Rivard-Boudreau

Marquée par les bons souvenirs que lui ont créés les services du centre d’amitié autochtone pendant son enfance, la jeune Algonquine Ève Custeau-Wiscutie sème à son tour la joie auprès d’une centaine d’enfants autochtones de Val-d’Or. Son travail d’organisatrice communautaire l’amène aussi à être témoin privilégié des défis rencontrés par les autochtones vivant en milieu urbain en temps de pandémie.

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Ève Custeau-Wiscutie n’a que 22 ans. Pourtant, elle cumule déjà plusieurs années d’ancienneté à travailler dans les centres d’amitié autochtones de l’Abitibi – ces organismes qui ont pour but d’apporter des services communautaires aux autochtones en milieu urbain. Son premier emploi, elle l’a obtenu à 15 ans au Centre d’amitié autochtone de Senneterre – une organisation qui faisait pratiquement partie de sa famille. «Quand j’avais cinq ans, une dame s’occupait de moi quand j’allais au centre et elle s’était aussi occupée de mon père alors qu’il avait le même âge. J’aimais vraiment ça voir comment les gens du centre étaient impliqués pour venir aider les familles».

Redonner aux suivants

Aujourd’hui, c’est au tour de la jeune Algonquine de faire une différence dans la vie des familles. Au cours des derniers mois, Ève Custeau-Wiscutie s’est transformée en véritable «lutine». «C’est mon titre depuis les dernières semaines», rigole l’organisatrice communautaire du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or. Car depuis juillet, elle s’est retrouvée à monter des dizaines et des dizaines de trousses éducatives qu’elle livrait par la suite avec ses collègues aux familles autochtones du périmètre urbain de Val-d’Or.

«Au début, c’était une alternative au camp de jour qu’on ne pouvait pas offrir à cause de la COVID-19. Après, comme ç’a fonctionné, on a décidé de poursuivre l’offre de trousses d’activités pour les familles», indique-t-elle. Chaque mois, selon une thématique, ces trousses contiennent du matériel qui favorise les activités à réaliser entre parents et enfants. Lors des premières livraisons, le nombre de familles participantes se chiffrait autour de 25, mais rapidement il est monté à 50, même 70 pour décembre. Cela représente plus d’une centaine d’enfants qui, en plus des trousses, ont reçu, en décembre, des boîtes cadeaux en don de l’organisme I Love First Peoples.

Maintenir un lien culturel

Ayant grandi en milieu urbain, Ève Custeau-Wiscutie, se souvient néanmoins comment il n’était pas toujours évident pour elle de conserver un lien étroit avec ses racines algonquines. Pendant une certaine période, elle a même caché son nom de famille. «À l’école, je me faisais beaucoup agacer. Alors pendant un bout, j’ai pris un recul sur mes origines. Je m’étais dit que j’allais être juste être une «Custeau»».

Avec ce vécu, Ève Custeau-Wiscutie est donc bien placée pour valoriser différents éléments de la culture des nations algonquine, crie ou atikamekw à travers son travail. À l’intérieur des trousses qu’elle prépare pour les familles, elle y a inséré des capteurs de rêve, des dessins de mocassins, des livres adaptés à l’âge des enfants et à la langue de la famille et des idées de mandalas nature… «C’est une approche de sécurisation culturelle, mais avec des activités moins rassembleuses contrairement à ce qu’on fait habituellement», explique Tina Mapache, la gestionnaire responsable des services Nitahigan (grandir) du centre d’amitié.

Avec cette offre de services à domicile, Ève Custeau-Wiscutie a constaté que de nouvelles familles ont fait appel au centre d’amitié – notamment des familles d’accueil non autochtones qui prennent soin d’enfants autochtones.

«Un de mes plus beaux moments, c’est quand une mère de Barraute, à 45 kilomètres de Val-d’Or, est venue chercher la trousse pour la première fois. Elle avait une enfant autochtone en famille d’accueil, elle voulait vraiment que la petite garde une connexion avec sa culture, mais elle ne savait pas trop comment garder ce lien-là».

Les défis de la pandémie

Un peu partout au Québec, les communautés autochtones ont été très strictes sur les allées et venues de leurs membres. L’Abitibi ne fait pas exception. Depuis mars, des barrages étaient (et sont toujours) érigés à l’entrée des communautés. Des registres sont remplis et à certains moments de la pandémie, toute sortie et rentrée des membres était interdite. «Les personnes qui habitent en ville trouvent ça difficile d’avoir des restrictions pour entrer dans leur communauté. C’est la problématique que j’ai le plus», a constaté Ève Custeau-Wiscutie.

La situation crève le cœur de plusieurs enfants, a aussi remarqué Ève Custeau-Wiscutie. «Dans une famille recomposée, j’ai des cocottes qui ont de la difficulté à voir leurs parents à cause de ça. Il y a beaucoup d’ennui, des pleurs, il y en a qui se sentent rejetés. Ce n’est pas ça, mais ils le voient un peu comme ça».

Dans ce contexte, l’organisatrice communautaire voit d’autant plus l’importance de son travail de «lutine» du temps des fêtes 2020. «J’ai souvent été indécise sur ce que je voulais faire, mais ça a toujours été relié à aider la communauté. C’est ce que j’aime le plus faire», conclut-elle.

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