François Legault

Notre pyromane

Assemblée nationale du Québec

Ici au Québec, on aime jouer à Trouvez Charlie.

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Depuis mars 2020, soit le premier confinement depuis le début de la pandémie, quand je regarde la télévision, je joue à « Trouvez Dre Joanne Liu ».

Nous avons une experte des épidémies au Québec, une sommité internationale en la matière. L’ancienne présidente de Médecins sans frontières. Or, Radio-Canada nous apprenait en avril dernier, que Dre Liu avait été tassée par le gouvernement du Québec car on la croyait « incontrolable ». Une ironie de taille, puisque la principale intéressée possède des compétences de gestion et humaines exceptionnelles ont été reconnues par le magazine Time en 2015. Déjà, à la fin mars 2020, Dre Liu sonnait l’alarme dans The Globe and Mail à propos de la COVID-19, elle qui a combattu des épidémies à travers le monde au cours des dernières décennies. Elle qui collabore dorénavant avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), explique qu’il y a eu de nombreuses failles dans la gestion de cette pandémie, qu’il aurait fallu agir plus vite, plus tôt. Mais il faut croire que nul n’est prophète racisé en son pays.

Plusieurs « félicitent » le gouvernement du Québec pour sa gestion de cette pandémie qui n’est toujours pas finie, considérant les nombreux variants et les propos de plusieurs scientifiques. Or, on apprenait récemment que 10 000 Québécois sont morts de complications liées à la COVID-19. Je ne sais pas si ce triste bilan aurait pu être allégé. Un mort, c’est déjà un mort de trop. Mais lorsqu’on fera la rétrospection de cette crise et qu’on lira les livres d’histoire du Québec dans de nombreuses années à propos de l’année 2020, j’espère qu’on aura l’humilité d’apprendre de nos erreurs d’égo. Cette pandémie a coûté la vie à de très nombreuses personnes âgées, notamment l’hécatombe au CHSLD Herron dont les audiences publiques devaient débuter cette semaine pour être reportées en septembre.

Il n’y a pas qu’à l’égard de la COVID-19 que certaines choses auraient dû être améliorées.

Toutes les fois que notre premier ministre dit que de nommer le véritable bobo, parler de racisme systémique, ce serait faire le « procès des Québécois », je ne peux que me demander « Mais de quels Québécois parle-t-il? » Poser la question, c’est y répondre.

Nous avons eu un pyromane en chef aux États-Unis au cours des dernières années. Le Sénat, cette semaine, n’a pas avalisé la procédure d’impeachment, intentée à la suite de l'assaut du Capitole le 6 janvier dernier par des suprémacistes blancs. Le Québec n’est pas les États-Unis, me direz-vous. Or, on peut aussi être pyromane et mettre en danger la cohésion sociale par son refus d’agir et son déni face à la douleur de membres de sa population, particulièrement si ceux-ci appartiennent à des communautés en position de vulnérabilité.

Éviter de parler d’un sujet difficile est ce qui polarise.

Avoir un relatif « vivre-ensemble » n’est pas vivre ensemble, pour. de. vrai. Plutôt, c’est souffler sur les braises de l’intolérance que d’avoir cette attitude de laisser-faire en matière de justice sociale. Quand on cherche à pelleter un problème sous le tapis à répétition sans y faire face de manière frontale, celui-ci est condamné à refaire surface encore et encore, à chaque fois de plus en plus fort, et ce, souvent, sans crier gare. Même si on avait, effectivement, crié gare.

Pour moi, un véritable leader, peu importe son identité ou son parcours, a la capacité de trouver les bons mots et le bon ton pour nommer un enjeu qui divise sa patrie tout en posant des actions concrètes pour que nous trouvions, tous ensemble, des solutions pour avancer, et ce, avec les premiers concernés en première ligne. Un leader, voire un élu politique, est dans une posture de compromis. Il doit gouverner pour toute sa population et non uniquement pour sa base ou un groupe qu’il est censé « représenter ». Il doit surtout être honnête et transparent, même quand ça fait mal. À ce test, François Legault échoue.

Visiblement, notre premier ministre est trop habitué d’être assis sur le banc de l’opposition et se pince encore d’avoir été élu Premier ministre du Québec, du premier gouvernement de la Coalition Avenir Québec, une position qu’il est prêt à garder à n’importe quel prix. Même si ça implique de jouer volontairement et de manière habile sur le terme « systémique » pour toucher les insécurités identitaires d’une partie du peuple québécois qu’il connaît trop bien et qui a voté pour lui. Et ce, aux dépens des Québécois autochtones, noirs et racisés qui contribuent quotidiennement à la richesse matérielle, sociale, intellectuelle, culturelle et économique de cette province.

Après tout, ça ne fait que plusieurs années qu’on demande à répétition à la télévision avec une fausse innocence: « Qu’est-ce que le racisme systémique? Est-ce que ça existe? » Une question à laquelle je refuse dorénavant de répondre car les preuves et les rapports pullulent à cet égard. Poser cette question constitue une stratégie discursive pour nous distraire, nous rendre paresseux au plan intellectuel et confortables émotionnellement avec l’inacceptable et l’intolérable. La controverse sur le mot en N est un exemple. Ce qui est arrivé également à Mamadi III Fara Camara en est un autre. Une manière de tourner en rond à l’infini, sans jamais dépasser le cours “loi 101”.

À mes yeux, un peuple qui est véritablement fier assume l’ensemble de son histoire, dans ses zones d’ombre, de lumière et avec complexité. C’est la même chose avec des individus que l’on vénère sans regard critique. Et à ce test, nous échouons encore et toujours. Un véritable réflexe de catholaïcité: le bien ou le mal, des héros ou des zéros, mais aucun entre-deux.

On critique sa patrie parce qu’on l’aime. On critique sa patrie parce qu’on veut qu’elle s’améliore. On critique sa patrie parce qu’on y a un certain sentiment d’appartenance, même si on a des origines étrangères, et que ce n’est pas antagonique que d’aimer à la fois le Québec et Haïti.

Un peuple fier cherche à faire office d’exemple en paroles et en actions. Il ne cherche pas à être « moins pire, que » ce que plusieurs chroniqueurs aiment appeler, avec grand mépris, des « républiques de bananes » ou des « shithole countries » comme on dit chez nos voisins du sud.

Un peuple fier ne se contente pas du minimum, en s'asseyant grassement sur ses lauriers. Il se remet en question. Il repousse ses limites et sort de sa zone de confort. Il vise les étoiles pour le plus grand nombre. Au Québec, nous sommes un peu une république de bleuets qui a toujours peur de faire preuve d’audace et de vision dans bien des domaines. S’il voulait se montrer à la hauteur de la fierté qu’il veut insuffler au peuple québécois, François Legault oserait affronter les problèmes qu’il balaie en ce moment sous le tapis.

Mais il faut croire que quand on est pas un « de souche », on n’a « pas le droit » de critiquer, le peuple établi en territoire autochtone non cédé qui nous accueille. Après tout, c’est bien la journaliste, essayiste et documentariste française Rokhaya Diallo qui exprimait qu’on attend des minorités de la reconnaissance, et non de la subversion, elle qui est régulièrement la cible d’injures racistes et sexistes parce qu’elle a le courage de critiquer le pays où elle est née, en employant des termes comme « privilège blanc » ou encore « misogynoire ». Une France, nos soi-disant « cousins », qui, elle aussi, à sa manière, s’imagine exceptionnellement color-blind, sans faille et irréprochable. Blanche comme neige.

Les Claude Péloquin de ce monde doivent être en train de se retourner dans leurs tombes. Visiblement, on n’est toujours pas écoeurés de mourir, tant au sens propre que figuré.

Et pour paraphraser les paroles d’une célèbre chanson du groupe rock alternatif Karkwa, encore une fois cette année, ce sont les citoyens ordinaires extraordinaires qui marcheront dans les rues pour éteindre nos rages (collectives et sociales) afin que l’on se sorte de l’entonnoir. Optimisme sans faille et objectivité oblige, j’ai encore espoir qu’on y parviendra.

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