S'émanciper du déni national (partie 1)

Que signifie pour vous le 1er août?

Le 24 mars 2021, à la chambre des Communes du Canada, la motion visant à désigner le 1er août comme jour d’émancipation à la grandeur du pays est adoptée à l’unanimité. Aucune abstention. Pour : 335. Contre : 0.

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Textuellement, cette motion indique a) que le Parlement britannique a aboli l’esclavage dans l’Empire britannique le 1er août 1834 ; b) que l’esclavage existait en Amérique du Nord britannique avant son abolition en 1834; c) que les abolitionnistes et ceux qui luttaient contre l’esclavage, y compris ceux qui sont arrivés au Haut-Canada et au Bas-Canada par le chemin de fer clandestin, ont historiquement célébré le 1er août en tant que jour de l’émancipation; d) que le 30 janvier 2018, le gouvernement du Canada a annoncé qu’il reconnaîtrait la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine des Nations unies afin de souligner l’importante contribution que les personnes d’ascendance africaine ont apportée à la société canadienne, et d’établir une plateforme pour lutter contre le racisme à l’égard des Noirs; e) l’héritage et la contribution que les personnes d’ascendance africaine ont apportés et continuent d’apporter au Canada; et que, de l’avis de la Chambre, le gouvernement devrait faire du 1er août de chaque année le « Jour de l’émancipation » au Canada.

Silence radio, au Québec. Rien dans les médias.

Comme si notre système politique n’était pas un vestige colonial hérité du trône britannique.

Comme si l’esclavage et le racisme anti-noir ne faisaient pas partie de notre histoire.

Comme si, au delà des hashtags et du carré noir de #BlackLives Matter, relayé allègrement au Québec, la vie des Noir.e.s ne compte pas vraiment, en fait.

Comme si on entretenait un autre récit collectif.

Plusieurs endroits au pays n’ont pas attendu la récente reconnaissance nationale en contexte pré-électoral et de pandémie mondiale révélant les multiples facettes du racisme systémique pour célébrer la journée de l’émancipation. En 2008, le gouvernement provincial de l'Ontario reconnaissait le premier lundi du mois d'août comme celui de la journée de l'émancipation. Owen Sound, une ville du sud-ouest de l'Ontario, souligne cette journée depuis plus de 160 ans. D’ailleurs, le plus vieux festival en Amérique du Nord, est le Festival de l'émancipation d'Owen Sound qui a commencé en 1862, cinq ans avant que le Canada devienne officiellement un pays. « Le festival voulait souligner l'importance de la loi de 1833 du Commonwealth britannique abolissant l'esclavage, loi qui est entrée en vigueur le 1er août 1834. », rappelle le député Alex Ruff. Cette loi a libéré plus de 800 000 esclaves dans les colonies britanniques, et ce festival perdure depuis. La ville de Vancouver a emboîté le pas depuis l’an dernier.

Mais qu’en fait le Québec?

Ici, la reconnaissance de cette journée est portée par des membres des communautés noires qui plaident leur volonté d’émancipation, autant en anglais qu’en français, en tout respect de la dualité linguistique, mais sans réelle écoute gouvernementale.

Les stations de résistance – ou le réseau solidaire métropolitain

La Gazette de Montreal relate que l’an dernier, dans la foulée des protestations résultant de la mort de George Floyd, une centaine de personnes, majoritairement noires, avaient pris part à une marche le 1er août, à Montréal, partant de Place d’Youville, dans le Vieux Montréal, où avait été annoncé, le 1er août 1834, que l’esclavage était aboli. La mobilisation a pris fin au parc Oscar-Peterson, près de l’ancien site du Negro Community Center (NCC), où le musicien de renommée internationale avait pris des leçons de piano lorsqu’il était enfant. Pendant tout le trajet, les personnes scandaient leur désir concret de revoir le NCC. Cet espace érigé en 1927 et dont les portes ont fermé en 1992, pour ensuite être démoli en 2014 et voir son terrain cédé pour $300,000, était un phare des communautés noires montréalaises servant aussi les communautés irlandaises avoisinantes et offrant des soins de santé, des services sociaux, du tutorat, des activités sportives et de la mobilisation face aux discriminations raciales.

Le même jour, devant le bureau de circonscription du premier ministre du Canada, Justin Trudeau, à Montréal, sur Crémazie et Christophe-Colomb avait lieu un sit-in organisé par l’organisme Debout pour la dignité pour qu’Ottawa et Québec accordent la résidence permanente aux demandeurs d’asile, dont une forte proportion sont aussi afrodescendant-e-s. Bien que ces populations occupent des emplois décrétés comme étant essentiels durant la pandémie, il semble que beaucoup reste à faire pour que ces personnes dont on louange l’utilité, cessent de sentir qu’on les utilisent.

Et un peu plus loin, à Repentigny, oui, le même jour, des personnes issues des communautés noires marchaient pour dénoncer le racisme et la discrimination qu’ils disent subir de la part des citoyens et des autorités. Rappelons que c’était avant les récents événements entourant les forces de l’ordre.

Si on regardait ces mobilisations du ciel, on verrait qu’elles découpaient la grande région de Montréal, en diagonale, en partant de l’Est à l’Ouest de l’île. Trois points de mobilisation géographiques distincts de communautés noires portant, respectivement, trois formes de résistances complémentaires traduisant des pans de l’existence noire en sol canadien, en sol québécois : l’accès au patrimoine, l’accès au territoire et ses services et l’accès à la justice, le tout condensé en une même journée, celle de l’émancipation.

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