Mesures sanitaires

Ma doula, j’y ai droit!

Photo: Anna Civolani

Alors qu’on joue au yo-yo avec la modification des différentes mesures sanitaires depuis plus d’un an, certaines règles, qui briment les droits des femmes enceintes, ne sont nullement remises en question par le gouvernement malgré l’évolution de la pandémie. En effet, depuis le début de celle-ci, les accompagnantes à la naissance, aussi appelées doulas, ne peuvent effectuer leur travail d’accompagner des femmes qui accouchent dans les hôpitaux. Pourquoi? Parce qu’on les considère au même titre que tout autre visiteur de l’hôpital.

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Pourtant, la doula ou l’accompagnante à la naissance n’est pas qu’une simple visiteuse à l’hôpital. Elle est ce support rassurant d’expérience auprès des parents qui s’apprêtent à vivre l’une des expériences les plus marquantes de leur vie. Elle permet non seulement à la femme qui accouche d’augmenter son sentiment de contrôle et de satisfaction par rapport à son accouchement, mais également de réduire le recours aux interventions médicales possible pendant un accouchement (Sia et al, 2007).

Bref, les bienfaits de la doula ne sont plus à prouver dans le milieu de la maternité bienveillante et c’est devenu un droit acquis de pouvoir bénéficier d’une telle présence rassurante dans cet événement qui est loin d’être banal. Or, on le sait, toutes et tous doivent se priver de plusieurs de leurs droits et libertés pendant la pandémie. Mais cette règle, déterminée de façon arbitraire par le gouvernement, qui empêche la présence des accompagnantes est-elle encore nécessaire maintenant que l'on connaît les mesures de protection efficaces, que des tests de dépistage sont disponibles rapidement et que la vaccination va bon train?

Grossesse et pandémie

Être enceinte pendant la pandémie n’est pas de tout repos. Les femmes sont isolées de leur réseau de soutien habituel. Les cours prénataux ne sont plus offerts en CLSC. Elles doivent souvent se rendre seules à leurs suivis de grossesse, sans la présence rassurante de leur partenaire. Elles devront accoucher avec un masque. Elles vivent dans la crainte de contracter la COVID et de nuire à la santé de leur bébé à naître. Elles doivent effectuer un choix plus ou moins éclairé quant à la vaccination et à ses risques pendant la grossesse. Elles doivent composer, comme tous, avec les mesures sanitaires changeantes, les risques de perte d’emploi, l’absence d’activités de soutien en présentiel, etc.

En plus des restrictions liées à la pandémie, les femmes enceintes doivent passer à travers cette nouvelle épreuve de leur vie qu’est la grossesse, l’accouchement et le début de leur vie de maman. Elles doivent alors tenter de se trouver un médecin pour un suivi de grossesse, se familiariser avec les recommandations à respecter en étant enceintes, se renseigner sur l’accouchement et les méthodes de gestion de la douleur. Elles apprennent notamment qu’il existe un risque de vivre des violences obstétricales, c’est-à-dire qu’il est possible que le personnel médical effectue un acte ou soin sans que celui-ci soit médicalement justifié ou que la femme ait donné son consentement pour celui-ci (Michel et Squires, 2018). Malheureusement, cette situation se produit plus souvent qu’on le pense. Pourquoi? En raison de nombreux facteurs systémiques, dont un certain automatisme du personnel médical à intervenir par habitude ou dans une volonté de bienveillance, mais sans que ces interventions soient consenties par la femme enceinte. Ces interventions non souhaitées peuvent notamment amener la femme qui accouche à vivre une souffrance ou de la détresse pendant son accouchement ou suite à celui-ci.

La présence des accompagnantes à la naissance permet non seulement d’informer la femme au préalable des interventions possibles et de leurs risques, mais également de l’aider à faire des choix posés et éclairés pendant son accouchement, moment où elle se sent plus vulnérable.

Ainsi, que ce soit pour prévenir les violences obstétricales ou pour avoir un accompagnement plus individualisé pendant l’accouchement, plusieurs femmes choisissent de recourir à un service d’accompagnement à la naissance pour les sécuriser dans cet épisode majeur dans leur vie. Certes, l’accompagnante à la naissance n’est pas une magicienne qui règle tous les problèmes, mais la confiance, le caring et le savoir expérientiel qu’elle apporte favorisent grandement un accouchement où la femme enceinte a le sentiment d’être respectée. N’est-ce pas la moindre des choses?

Un risque calculé

Outre les bienfaits mentionnés précédemment, on comprend bien que les mesures sanitaires en place visent à limiter la propagation du virus, notamment dans les hôpitaux où sont administrés des soins vitaux pour tous. Or, plusieurs aimeraient bien que les femmes aient la liberté d’accoucher ailleurs que dans les hôpitaux, mais cette option est encore très limitée au Québec. En attendant, la majorité des femmes doivent composer avec cette médicalisation de l’accouchement et les règles hospitalières qui s’y rattachent.

Malgré les contraintes associées au milieu hospitalier, autoriser la présence d’une accompagnante à la naissance, en plus de ses nombreux avantages, comporte un risque minime de contagion. Tout d’abord, la femme qui se présente à l’hôpital accouche généralement 6 à 12 heures après son admission en centre hospitalier (Naître et grandir, 2015). Cela équivaut donc à autoriser la présence de l’accompagnante pour une courte durée en milieu hospitalier. De plus, on compte environ 60 accouchements par jour à Montréal et 20 dans la Capitale-Nationale (Deschênes et al, 2020). Étant donné que ce ne sont pas toutes les femmes qui demandent à avoir un tel accompagnement, quel est le risque d’autoriser un si petit nombre de doulas par jour dans les différents hôpitaux en regard des bienfaits qu’il présente? Pour les personnes hospitalisées à long terme, on leur permet la visite de deux proches aidants si ceux-ci se présentent à des journées différentes. De quelle façon le risque de contagion associé à la présence de deux proches aidants qui circulent dans l’hôpital est-il moins grand que si la femme qui accouche est accompagnée de son/sa partenaire et d’une doula pour quelques heures?

Le gouvernement aurait-il tendance à minimiser le besoin de soutien de la femme qui accouche?

Il est compréhensible qu’en début de pandémie, chaque opportunité de minimiser les contacts était cruciale, mais qu’en est-il maintenant qu’on peut aller au cinéma et se promener dans les centres commerciaux? Est-il encore justifié d’interdire aux femmes enceintes le droit d’être accompagnées des personnes de leur choix pendant cet événement si marquant dans leur vie?

Le temps file et les femmes accouchent, masquées, rongées par l’anxiété, en tentant de donner leur meilleur pour leur enfant à naître. Même si elles sont généralement trop occupées à préparer cette naissance pour revendiquer leurs droits, il serait grand temps de leur offrir des conditions d’accouchement plus humaines en cette période où on réalise plus que jamais l’importance d’être soutenus et les impacts de l’isolement sur notre santé mentale.

Carolane Larocque, femme enceinte et travailleuse sociale

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