Proche-Orient

Le conflit israélo-palestinien : qu’attend-on avant de réagir?

Le conflit israélo-palestinien est une plaie béante au coeur de l'humanité du XXe siècle et c’est une tragédie qui se poursuit au XXIe siècle. Ce conflit fut engendré par la volonté de l’Occident de réparer l’horreur de la Shoah en permettant à la nation diasporique ashkenaze de se doter d’un État souverain en territoire palestinien. À n’en pas douter, des considérations géopolitiques et économiques sont aussi entrées en ligne de compte pour le choix de l’emplacement, et ce d’autant plus que le lieu correspondait en même temps au rêve sioniste de Theodor Herzl.

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Un bref rappel historique

Même si d’autres tragédies ne doivent pas être passées sous silence, comme celle présentement en cours au Yémen, la crise vécue en Palestine occupe une place importante dans l’imaginaire occidental à cause de sa durée, mais aussi parce qu’elle engage la responsabilité de l’Occident tout entier, et ce depuis 1948, alors que la création d’Israël entraînait une première catastrophe, la Nakba, c’est-à-dire l'exode de plus de 700 000 Palestiniens.

Dès 1947, les Nations Unies proposait aussi la création d’un État palestinien dont les frontières étaient en principe acceptables, mais les nombreux attentats terroristes perpétrés contre la population palestinienne, eux-mêmes induits à la suite de plusieurs attentats arabes contre des juifs commis depuis les années 1920, provoquèrent la tenue d’une guerre qui a permis à Israël de gagner du terrain. En 1948, le tracé proposé impliquait une portion plus petite du territoire réservée au peuple palestinien, malgré le fait que sa population était beaucoup plus nombreuse que la population israélienne.

Israël n'a cessé depuis d’élargir sa présence en Palestine. La communauté internationale s’est alors entendue pour affirmer, via des résolutions provenant du Conseil de sécurité des Nations Unies, que le futur État palestinien devrait être établi à partir des frontières de 1967. Pour les Palestiniens, il fallait aussi, en plus du droit de retour des réfugiés, que Jérusalem Est soit sa capitale. Ce ne sont pas là des caprices. La mosquée Al Aqsa est le 3e lieu de prière en importance pour les musulmans.

Depuis cette époque, Israël occupe illégalement la Cisjordanie, colonise illégalement ce territoire et impose illégalement un blocus à Gaza. La « conquête » de Jérusalem Est est illégale et ce, même si Israël se voit renforcé par la reconnaissance récente et odieuse par les États-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël. N’empêche, la communauté internationale et les Nations-Unies ne reconnaissent pas l’annexion de la portion Est. Après tout, les États-Unis ne sont pas au-dessus du droit international.

Dans un article récent du Devoir, le professeur David Bensoussan prétend que les Palestiniens « ont refusé tous les accords de paix ». La raison en est très simple. L’État d’Israël a toujours refusé de reconnaître les résolutions du Conseil de sécurité qui recommandent de respecter les frontières de 1967. Israël a aussi toujours refusé de reconnaître Jérusalem Est comme capitale de l’État palestinien et refusé le droit de retour des réfugiés.

Le contexte actuel

C’est dans ce contexte qu’il faut se replacer pour comprendre les évènements récents. Un tribunal israélien autorise l’éviction de familles palestiniennes à Jérusalem-Est au profit de colons juifs. Ce tribunal n’a pourtant aucune autorité en la matière vu que Jérusalem Est n’appartient pas à Israël.

Il faut dire aussi qu’en vertu des lois édictées par l’État hébreu, un droit de retour de récupérer les terres ou les maisons qu’ils possédaient avant l’indépendance de 1948 est reconnu aux Juifs, mais non aux Palestiniens.

Les forces de l’ordre israéliennes évacuent alors des milliers de Palestiniens en colère réunis sur l’esplanade des Mosquées pour appuyer les familles menacées d’éviction. Ces mêmes forces de l’ordre interviennent violemment à l’intérieur de la Mosquée Al Aqsa en plein Ramadan et elles interviennent pour permettre à des Israéliens fanatiques de célébrer le « jour de Jérusalem », commémorant la « conquête » de Jérusalem-Est en 1967. Elles font ces interventions alors que les Palestiniens s’apprêtent à souligner l’anniversaire de la Nakba.

Ce n’est que lorsque le Hamas se met à tirer des roquettes vers Israël que l’on commence à rapporter dans les médias ce qui se passe. Certes, l’État d’Israël a le droit de se défendre mais comme à l’habitude, les victimes collatérales civiles sont au moins dix fois plus nombreuses du côté palestinien. Le gouvernement Netanyahu va jusqu’à détruire les bâtiments qui abritent les médias d’Al Jazeera et de l’Associated Press. Les missiles israéliens atteignent même des hôpitaux et les bâtiments de Médecins sans frontières.

Une histoire qui se répète

Il convient de souligner le catch 22 dans lequel se trouve constamment pris le peuple palestinien. Sur une base quotidienne, un processus de colonisation se poursuit sans jamais faire la nouvelle. Il consiste à raser des maisons, à expulser des gens, à brûler des oliviers et à tuer ou emprisonner ceux qui résistent. Israël détruit les infrastructures à Gaza, y rationne l’électricité, restreint l’accès à la mer et multiplie les check-points. Ainsi, l'histoire suit son cours et se répète, mais ce qui se répète, c'est aussi et surtout la façon qu'ont les médias de rapporter ce qui se passe. On souligne le fait que des missiles sont lancés de part et d'autre, qu’il y a des morts de part et d'autre, que des manifestations ont lieu de part et d'autre. Il y a bel et bien du nouveau, mais c'est aussi une nouveauté qui survient de part et d'autre : une 4e élection en deux ans sans coalition durable du côté israélien et pas d'élection en 15 ans du côté de l’autorité palestinienne.

C'est ainsi que des responsabilités à parts égales peuvent apparaître dans l'esprit des gens. Impossible pour le citoyen lambda de trancher la question. C'est un conflit entre deux groupes. Il faut répartir les torts des deux côtés, couper la poire en deux. On occulte alors quand même les causes fondamentales du conflit. On pourrait penser que nous ne faisons que dire des évidences, mais c’est précisément la raison pour laquelle des gens comme le professeur Bensoussan jouent à la victime et reprochent aux médias d’être partisans en faveur de la cause du peuple palestinien. Le citoyen qui lit ça constate que deux points de vue s’opposent, même au sujet des médias, et c’est encore une fois une aubaine pour ceux qui cherchent à réaliser l’idéal irrationnel du Grand Israël.

Conclusion

Les gouvernements prônent en toute fausse neutralité l'apaisement, le cessez-le-feu. Joe Biden envoie même un émissaire pour calmer le jeu. C’est quand même dans ces conditions que les États-Unis trouvent opportun d’affirmer qu’Israël « a le droit de se défendre » et qu’il refuse d’entériner trois résolutions émanant du Conseil de sécurité pour mettre fin aux hostilités. Qu’on le veuille ou non, cela équivaut dans les faits à un appui criminel au régime voyou de Netanyahu.

Michel Seymour, professeur retraité, Université de Montréal

Pierre Nepveu, écrivain

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