Enfants autochtones assassinés

En berne

On va avoir la paix, est morte.

Les Indiens, y’aiment ça se plaindre pis fourrer pis avoir des enfants.

Si tu continues d’même là [...], on va te shooter, tu va[s] dormir ben comme du monde.

T’as fait de mauvais choix, ma belle. Qu’est-ce que tes enfants penseraient de te voir comme ça?

Crisse, elle nous a filmées, j’ai effacé la vidéo.

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C’est là un échantillon des propos dégradants et troublants qui auraient été dits par des membres du personnel soignant de l’hôpital de Joliette dans le contexte de la mort de Joyce Echaquan : femme, mère, épouse, humaine. Ces propos ont été rapportés par divers témoins lors des audiences publiques et de l’enquête du coroner visant à faire la lumière sur ce qui a mené à la mort de la femme Atikamekw de Manawan. Or, je dois admettre qu’il y a un certain air de déjà-vu, déjà-entendu, déjà-connu.

Les rapports et les recommandations émises sur la situation des peuples autochtones au Québec et au Canada ne manquent pas. Je n’étais pas née qu’il y en avait déjà. Je pense notamment à la Commission royale sur les peuples autochtones, mise sur pied à la suite de ce qu’on appelle la Crise d’Oka au début des années 90. Le gouvernement du Québec a récemment déposé le rapport Viens, né de la Commission du même nom, ayant émergé dans la foulée d’un reportage d’Enquête où des femmes autochtones avaient affirmé avoir subi des violences de la part de policiers censés les protéger, à Val-d’Or. Le rapport Viens aborde la relation des peuples autochtones avec certains services publics au Québec.

Pas plus tard que dimanche dernier, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, annonçait la mise en berne des drapeaux des édifices fédéraux à la suite de la découverte des restes de 215 enfants autochtones envoyés de manière forcée dans le pensionnat de Kamloops, en Colombie-Britannique dont les plus jeunes étaient âgés d’à peine trois ans au moment de leur mort.

Dire qu’il s’en trouve encore pour trouver que le terme « génocide culturel » utilisé en 2015 par l’ancienne juge en chef de la Cour suprême du Canada, Beverley McLachlin, serait exagéré pour qualifier ce que ce pays a fait et continue de faire aux peuples autochtones.

Car, selon les Nations Unies, un génocide est

l'un quelconque des actes ci-après, commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel : Meurtre de membres du groupe ; Atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ; Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ; Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.

Il m’apparait évident que le terme « génocide » tout court serait même plus à propos.

Mon premier contact avec les réalités des peuples autochtones au Canada a été à travers Le peuple invisible de Richard Desjardins et Robert Monderie. C’est le film que j’ai le plus écouté lorsque j’étais jeune, le documentaire étant mon genre cinématographique préféré. J’ai également fait cette éducation à travers les chroniques de Rima Elkouri, que j’ai lue religieusement dans La Presse à l’adolescence. Rima traitait souvent des réalités autochtones dans ses chroniques. Puis, de fil en aiguille, j’ai fait du bénévolat pour un organisme pour femmes autochtones, j’ai suivi des cours sur la question à l’université dont certains étaient immersifs. Je continue encore d’apprendre tous les jours sur les onze nations autochtones qui peuplent le Québec.

Aujourd’hui, je suis chargée de cours en travail social. Le travail social, comme profession, a reconnu son rôle notamment dans la rafle des années 60 où de nombreux enfants autochtones ont été envoyés de force, arrachés de leurs familles pour être élevés par des familles blanches.

Cet héritage colonial se poursuit. Il y a plus d’enfants autochtones dans le système de la protection de l’enfance aujourd’hui qu’il y en avait dans les pensionnats, dont le dernier a fermé ses portes en 1996 (!).

De manière plus large, je me demande si ça s’enseigne, l’empathie. La vraie empathie. Pas celle qui prend en pitié, qui se présente en « sauveur ou sauveuse de la situation ». Pas celle qui misérabilise l’autre. Je parle de l’empathie qui voit l’autre comme étant son égal. Celle qui accorde dignité et respect à tous ses semblables malgré nos différences tout simplement parce que nous y avons tous et toutes droit, dès la naissance. L’empathie qui humanise. Qui prend conscience qu’on ne sait jamais quel combat les gens mènent derrière des portes closes. Je parle de l’empathie bienveillante. Celle que l’on choisit avec force et conscience pour résister à la laideur de la haine institutionnalisée.

Je ne suis pas certaine que ce genre d’empathie s’enseigne à coup de commissions d’enquête, de formations obligatoires et de rapports qui finissent par être tablettés. J’ai souvent l’impression, qu'au-delà des lois et des politiques, qu’il faut avoir beaucoup souffert soi-même pour être capable d’en faire preuve. Une chose est sûre, il est plus que temps de ramener le care envers les peuples autochtones. Et pas uniquement en matière de santé et de services sociaux. La situation actuelle avec les Premières nations me donne envie de mettre mes drapeaux intérieurs en berne. C’est d’une honte.

Lors des audiences publiques entourant la mort de Joyce Echaquan, on a reproché à la coroner Géhane Kamel de ne pas être assez impartiale en raison de commentaires vifs de sa part qui pourraient traduire une certaine « partialité ». Je suis un peu lasse de cette idée de la soi-disant neutralité à tout casser pour être considérée comme « objective ». Je suis plutôt d’avis que ce sont les gens qui n’ont plus d’émotions, avec le cœur froid comme un bloc de glace face à leur prochain, qui sont les plus dangereux et les moins rationnels.

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