Gaza

Fausse paix à Gaza : la logique de l’asservissement

Israeli Defense Forces

Depuis deux semaines, Gaza disparaît peu à peu de nos écrans radars médiatiques. Pourtant, l’offensive israélienne a plongé la bande côtière dans la désolation. En 2006, Dov Weisglass, principal conseiller d’Ariel Sharon, expliquait sans fard la politique du gouvernement israélien. Il s’agissait selon lui de « mettre les Palestiniens à la diète, mais pas de les faire mourir de faim ». La même tactique se poursuit aujourd’hui. Voilà pourquoi nous ne pouvons pas baisser les bras et devons continuer nos efforts pour venir en aide au peuple palestinien.

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Le 26 août dernier, après une longue négociation menée par Le Caire, Israël et les Palestiniens déclaraient un « cessez-le-feu », mettant un terme à l’opération Bordure protectrice, l’une des nombreuses offensives militaires d’Israël contre le Hamas et la population palestinienne. Résultat: 2140 morts et 11 000 blessés parmi les Gazaouis, en très grande majorité des civils. En outre, le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU estime à 475 000 le nombre Gazaouis déplacés et près de 55 000 maisons détruites ou touchées par les frappes israéliennes.

Aux dernières nouvelles, le blocus n’a en rien été allégé et le passage des frontières demeure toujours aussi difficilement accessible. De plus, Israël vient d’annoncer la construction de 283 logements dans une colonie de Cisjordanie. La guerre aurait coûté à Israël pas moins de 2,5 milliards de dollars. Dans ces conditions, l’annonce par le gouvernement israélien d’importantes mesures d’austérité – lesquelles n’affecteront cependant pas le ministère de la Défense – n’a rien d’étonnant.

Une stratégie de domination

En effet, Netanyahou a grand besoin pour gouverner sans entraves d’une culture nationale de l’adversité.

Avant la guerre, le gouvernement israélien a tout fait pour empêcher le rapprochement entre le Hamas et le Fatah, une réconciliation, qui, paradoxalement, n’aurait pas été possible sans l’obstination de Benyamin Netanyahou, premier ministre d’Israël, à poursuivre la colonisation en Cisjordanie. Pourtant, nous aurions tort d’y lire une erreur de stratégie. En réalité, Netanyahou ne cherche pas la paix, et la question de la sécurité des populations civiles d’Israël semble marginale. Ce qui compte par-dessus tout est le maintien au pouvoir de ceux qui permettent au conflit de se prolonger. En effet, Netanyahou, et toute la droite et l’extrême droite israélienne avec lui, a grand besoin pour gouverner sans entraves d’une culture nationale de l’adversité.

Il aurait tout à fait été possible pour Netanyahou de favoriser la mise sous tutelle du Hamas par le Fatah, lequel est d’ailleurs pour ainsi dire à la botte du gouvernement israélien. Mais cela aurait eu pour conséquence immédiate de bonifier l’économie palestinienne, ce qui n’est pas dans l’intérêt des faucons d’Israël.

En dehors des fanfaronnades du Hamas qui gonfle le torse en sachant très bien qu’il n’a rien gagné sinon sa propre survie, le peuple de Gaza est le grand perdant de cette guerre. Le blocus est pour l’essentiel maintenu, et Israël continuera d’empêcher tout développement économique de la bande côtière qui ne serait pas conforme à ses intérêts.

Certains ont voulu voir dans l’opération Bordure protectrice un assaut final permettant la réoccupation de la bande de Gaza. Il est permis d’en douter. Certes, la droite et l’extrême droite israélienne ne souhaitent pas la paix. Mais si l’extrême droite se conforte dans le rêve d’un « Grand Israël », le premier ministre Netanyahou, tout comme Avigdor Liberman, son ministre des affaires étrangères, sait très bien qu’il leur faut maintenir aussi longtemps que possible l’état de siège de la bande de Gaza et de la Cisjordanie, et ce pour au moins deux raisons.

En premier lieu, l’ordre politique en place et l’économie d’Israël sont les résultats de dizaines d’années de conflit. Même l’identité nationale puise son inspiration dans la présence, revivifiée de manière ponctuelle, de l’ennemi arabe.

En second lieu, l’armée – elle aussi un élément déterminant du nationalisme israélien – existe par son adversaire. Nous pourrions observer une même logique à Gaza et en Cisjordanie, où les franges radicales baissent ou gagnent en popularité selon le degré d’hostilité d’Israël à leur égard. Il serait toutefois absurde de mettre les deux parties sur un pied d’égalité : d’une part, les moyens politiques, économiques et militaires d’Israël sont sans commune mesure avec ceux des Palestiniens et d’autre part, aucun Israélien n’a subi l’asservissement et l’humiliation qu’endure depuis des dizaines d’années la population palestinienne.

Asservissement et colonisation

Si les nombreuses opérations militaires israéliennes se ressemblent tant d’une année à l’autre, c’est parce que l’armée d’Israël ne détruit pas la Palestine pour l’éradiquer, mais pour la soumettre.

Depuis au moins une douzaine d’années, les différents gouvernements israéliens ont choisi d’administrer une situation de conflit plutôt que de vouloir la régler. L’objectif de la guerre menée contre l’enclave de Gaza cet été n’a jamais été de défendre la population israélienne. En réalité, le but de cette opération, comme toutes celles qui l’ont précédé depuis au moins 2002, est d’empêcher toute reconstruction économique par la société civile palestinienne. 80 % des habitants de Gaza dépendent de l’aide internationale. En Cisjordanie, l’économie est dans un meilleur état, sans pour autant permettre une réelle prise en charge de leur propre avenir par les Palestiniens. Les populations n’ont alors pas d’autres choix que de se retourner vers les grandes organisations politiques, même si elles sont, comme le Fatah, gangrénées par la corruption. Or, ces organisations, si puissantes soient-elles en Palestine, n’ont aucun pouvoir réel de changer les choses. Elles deviennent donc les étranges gardiens d’une prison érigée par Israël, qui, de son côté, n’a plus qu’à intervenir lorsque nécessaire afin de montrer qu’il est toujours seul maitre à bord. Si les nombreuses opérations militaires israéliennes se ressemblent tant d’une année à l’autre, malgré une augmentation du nombre de morts parmi les civils, c’est parce que l’armée d’Israël ne détruit pas la Palestine pour l’éradiquer, mais pour la soumettre.

Tant et aussi longtemps que la droite dominera la politique israélienne, Israël sera à lui-même son pire ennemi, et les Palestiniens continueront d’en payer le prix du sang.

À moins d’un renversement majeur de la politique intérieure israélienne, Netanyahou, Liberman et leurs successeurs auront pour principale tâche de maintenir l’asservissement de la Palestine, ce qui exclut de la détruire ou de l’occuper totalement. Même quelqu’un comme Avigdor Liberman sait très bien qu’une occupation totale de la bande de Gaza serait impossible sur le long terme. En revanche, l’asservissement de la Palestine permet à la colonisation israélienne de poursuivre son cours. Mais il s’agit d’un jeu dangereux, car Israël ne peut pas indéfiniment jouer la carte de l’autodéfense pour justifier de nouvelles occupations. Tant et aussi longtemps que la droite dominera la politique israélienne, Israël sera à lui-même son pire ennemi, et les Palestiniens continueront d’en payer le prix du sang.

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